Dominique de Villepin et l'Europe
On ne peut que se réjouir de voir Dominique de Villepin s'exprimer à nouveau en réunion et dans les médias sur des questions de politique générale. Même si nous ne partageons pas toutes ses opinions, nous considérons qu'il s'agit d'une grande voix que non seulement la nation mais les autres pays européens ont besoin d'entendre dans les temps critiques qui sont les nôtres.
Peut-être pourrons nous recueillir un jour son point de vue sur l'avenir de l'Europe et le rôle que la France peut y jouer, à l'occasion de débats de fond que nous ne pouvons pas aborder dans cette brève. Bornons nous seulement à mentionner trois points sur lesquels nous pensons que Dominique de Villepin, si nous en croyons ses propos récents, pourrait apporter beaucoup à l'Europe :
- La volonté de voir la France, comme plus généralement l'Europe, se positionner en puissance indépendante face à l'Amérique. Illustrée avec panache par le discours à l'ONU où la France de l'époque, par la voix de son ministre des affaires étrangères, refusait de suivre G.W. Bush dans l'aventure irakienne, cette volonté devrait aujourd'hui se traduire par un retrait militaire du Moyen Orient 1) En cessant d'intervenir militairement, les Européens auraient mille façons, par des négociations avec les grandes puissances régionales, Russie, Chine, Inde voire Pakistan, d'éviter une talibanisation dont ces puissances ne veulent pas. Si Obama ne le comprend pas, tant pis pour lui.
- La volonté de voir la France, seule ou dans le cadre de programmes de coopération avec d'autres pays européens, notamment l'Allemagne, relancer de grands projets industriels et scientifiques qui sont aujourd'hui au point mort alors que nous en aurons plus que jamais besoin.
- La volonté de prendre en compte, dans de tels programmes, la sauvegarde de ce qui reste de ressources naturelles et de biodiversité en Europe. Là encore, une grande voix diplomatique, qui manque encore à l'Europe, devra s'exprimer y compris dans les très prochains sommets, à Copenhague et ailleurs.
De telles positions seraient, pensons nous, parfaitement capables de retenir l'attention des partis de gauche européens ou tout au moins de certains d'entre eux, les moins libéraux et les moins atlantistes. Elles seraient proches par exemple de ce qu'un Jean-Luc Mélenchon s'efforce de dire actuellement.
Inutile d'ajouter, bien que ce soit impensable aujourd'hui, qu'un Dominique de Villepin ferait un président de l'Europe d'une toute autre pointure que Tony Blair, dont la candidature semble plaire tellement à Paris, au risque de heurter Angela Merkel et quelques autres chefs de gouvernement.
1) Si l'histoire retenait quelque chose de cette période, se serait certainement ce discours à l'ONU, dont l'esprit a été malheureusement trahi les années suivantes, avec le retour inconditionnel de la France dans l'Otan.
28/10/2009