Drone d'histoire
26/05/2008 15:56:44 | Par : Alain De Neve
Article à plus d'un titre intéressant. Puis-je suggérer des éléments d'information supplémentaire pour prendre toute la mesure de la domination américaine, d'une part, et pour apprécier l'amorce d'une réelle prolifération dans ce secteur, d'autre part.
Tout d'abord, une réaction sur la domination américaine. Les Etats-Unis investissent depuis plus d'une dizaine d'années dans des systèmes droniques. Ils ont développé un axe important de recherche et de prototypage dans le domaine des drones de combat (dit de 3ème génération, les deux première génération étant les drones ISTAR de reconnaissance, surveillance et les drones de reconnaissance armée, à l'instar du Predator équipé de missiles Hellfire). Le programme JUCAS était le catalyseur de ces efforts de recherche. Axé autour de deux cellules, proposées par les deux compétiteurs industriels participant au programme (Boeing avec son X-45 et Northrop Grumman avec son X-47), le JUCAS souffrait cependant de graves manquements en matière de concepts d'emploi. La boutade qui circulait au sujet du programme était qu'aucun des différents officiers de l'US AIr Force ou de l'US Navy (investie au sein du système X-47) n'aurait été en mesure de donner une appréciation des spécifications opérationnelles de l'appareil qui soit en concordance avec celles de ses confrères. On a beaucoup glosé sur cette lacune doctrinale. C'est pourtant mal connaître la culture technique américaine. En effet, le JUCAS a, dans un premier temps, émergé en tant que programme industriel financé sur fonds propres par les industriels pour ensuite être soumis au DoD. C'est une manière de faire qui s'inscrit dans l'héritage américain des "sociétés savantes" et selon lequel (contrairement aux européens) on ne distingue pas artificiellement les activités de recherche fondamentale et d'ingénieurs.
Actuellement, le JUCAS est officiellement arrêté. Mais les briques technologiques ont été reprises par l'US Navy qui étudie la faisabilité d'une système dronique de combat pouvant être embarqué sur porte-avion avec, par conséquent, une capacité d'apontage. Du côté de l'US Air Force, on réfléchit à un bombardier autonome (le B2 est déjà extrêmement automatisé). Bien sûr, certains experts (tels que le Jane's) pensent qu'un tel projet sera conduit sous le couvert d'un programme-X (ou Black Program). Si l'UAS Roadmap 2007 - 2032 fait peu d'état de ces aspects, ce n'est pas pour autant que les recherches sont abandonées !
Un autre problème est le risque de prolifération. La Russie a dernièrement dévoilé son programme de drone de combat/bombardier (difficile à évaluer pour l'heure). La conformation de l'appareil rappelle étrangement celle du F-117 (la Serbie, soutenue par la Russie, n'en avait-elle pas abattu un lors de la campagne de l'OTAN au Kosovo?...). Il est clair que les Etats-Unis et l'Europe ne seront pas les seuls dans cette course au développement dronique.
Et l'Europe, justement, me direz-vous?... Comme d'habitude, elle part en ordre dispersé. La France à lancé son système Neuron dans un cadre multilatéral. C'est toutefois la DGA qui reste "aux commandes" et coordonne les contributions des industriels européens qui s'y sont joints. Le Royaume-Uni, qui a un temps cherché à s'inscrire dans le programme américain JUCAS au travers de l'accord sur le Project Churchill, a décidé de s'investir dans un programme national, Taranis, géré par BAE Systems. L'industriel tente de retrouver une expertise dans le domaine aéronautique et de la furtivité. Le programme transatlantique F-35 avait, en effet, fait office de véritable entonoir financier empêchant le Royaume-Uni de maintenir son savoir-faire dans ce domaine. Et vu les déboires dans le domaine des transferts de technologies, il est pas sûr que le Royaume-Uni veuille de sitôt rééditer la même expérience... en tous cas pas dans les mêmes conditions.
Mais l'Europe c'est aussi le projet avorté d'EUROMALE, ce sont les faibles investissements consentis pour des sous-ensembles de technologies au bénéfice de l'Agence européenne de défense (qui travaille sur les technologies d'évitement), c'est, enfin, le programme ETAP qui, bien que censé assurer l'avenir de l'industrie aéronautique européenne dans la philosophie de la Letter of Intent, voit des pans entiers des initiatives industrielles européennes lui échapper.
Il est pas sûr que nous volions, dans ce domaine, sous les meilleurs cieux...
Alain De Neve