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Gare aux drones

L'armée américaine fait un très large usage désormais de drones de grande taille, analogues à des avions de combat et lourdement armés d'armes téléguidées. Il s'agit d'engins capables de mener dans une certaine discrétion des opérations militaires ou de déstabilisation politique bien utiles aux Faucons de Washington. Un jour, l'un d'entre eux provoquera une collision avec un avion civil. Nul n'est parfait.


Dans un article précédent (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=31&r_id=) nous présentions le Future Combat Systems américain, aux coûts pharamineux, de plus de 200 milliards de dollars. Mais il ne s'agit là que du système de communication (ou système nerveux) reliant de nombreux systèmes militaires développés dans le cadre de programmes parallèles dont les coûts moins bien connus sont également considérables. Ces systèmes sont déjà utilisés très largement sur tous les théâtres où intervient, officiellement ou de façon clandestine, l'armée américaine. Ils mobilisent  beaucoup de spécialistes civils de très haut niveau, engagent des opérations offensives aux conséquences mal maîtrisées, font courir des risques aux civils que personne n'est en mesure de prévenir vraiment. Bref nous sommes là en présence, une nouvelle fois, de l'unilatéralisme militaire et diplomatique des Etats-Unis, qui agissent comme si le monde entier devait être contrôlé en permanence par eux. Les Européens, qui acceptent de leur déléguer la défense de leurs intérêts stratégiques, font plus que jamais preuve d'une faiblesse inadmissible.

Nous pourrions citer de nombreux exemples où cette volonté américaine de « global dominance » menace nos propres intérêts. L'espace militaire est le plus visible. Mais il est un domaine que l'on connaît beaucoup moins, c'est celui des drones ou avions sans pilotes guidés du sol. Toutes les armées et polices disposent déjà de petits appareils de ce type, affectés principalement à la surveillance. Mais l'armée américaine fait un très large usage désormais, de drones de grande taille, analogues à des avions de combat et lourdement armés d'armes téléguidées. Le plus employé est le Predator (notre image, montrant un Predator larguant un missile répondant au doux nom de Hellfire). Ces engins, pour le moment, ne sont pas capables de s'auto-piloter, ne disposant pas encore des « cognitive systems » qui sont par ailleurs activement étudiés par la Darpa et qui les rendraient en principe pleinement autonomes. Ils dépendent donc de contrôleurs et de pilotes au sol, dont les effectifs sont en constante augmentation. L'armée ou des sociétés sous traitantes en recrutent de grands nombres parmi les anciens pilotes civils (on peut penser que des terroristes finiront par se glisser dans leurs rangs). Le Future Combat Systems améliorera les relations entre ces pilotes, les drones, les missiles embarqués et les cibles. Mais les humains resteront nécessaires partout.  

Dans l'immédiat,  il semble que règne un  certain désordre, qui inquiète les contrôleurs aériens civils. Les drones n'opèrent pas seulement au dessus des zones d'affrontement, mais un peu partout au gré des exigences des militaires et du DoD. Des terrains sont construits dans de nombreux pays censés être des alliés, comme le Pakistan. On en verra sans doute un jour (si ce n'est déjà fait) en Europe. Ils circulent donc dans les couloirs aériens civils ou dans des zones interdites aux trafics. Des fausses manœuvres ou des pannes les feront nécessairement un jour prochain s'écraser au sol ou entrer en collision avec des avions. Des techniques anti-collisions très avancées sont développées pour leur permettre de détecter eux-mêmes des appareils approchant (technologie ADS-B ou Automatic Dependant Surveillance Broadcast), mais rien de cela n'existe encore de façon opérationnel.

Il ne s'agit là que de risques mineurs. Les conséquences politiques majeures, auxquelles les trop confiants Européens semblent totalement insensibles, concernent la façon dont les Faucons américains, en utilisant ces différentes technologies, s'en prennent à tous ceux qui leur déplaisent, y compris dans les pays alliés. Entraînant l'Otan et bientôt la France avec eux,   ils poussent ainsi à une radicalisation des conflits dont ils rendront ensuite responsable Al Qaida ou les Etats qui plus ou moins légitimement s'opposent à leurs intérêts.

Nous ne pouvons développer ici ces divers points. Renvoyons le lecteur à deux articles publiés par Agoravox, qui nous ont paru bien documentés. Contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues, Agoravox présente le plus souvent des informations  sérieuses, certes à prendre avec une nécessaire prudence, comme d'ailleurs les nôtres, mais qu'il serait stupide d'ignorer.

Le premier de ces articles, de Charles Bwele,  Du cockpit au Joystick, développe la question des drones, évoquée ici. Le second article, d'un certain Morice,  éclaire d'une bien utile façon la façon dont la CIA, les drones et Musharaf mènent, les uns légitimant les autres, le combat contre Al Qaida dans les zones tribales...and beyond (et plus loin).
13/04/2008
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Drone d'histoire
26/05/2008 15:56:44 | Par : Alain De Neve
Article à plus d'un titre intéressant. Puis-je suggérer des éléments d'information supplémentaire pour prendre toute la mesure de la domination américaine, d'une part, et pour apprécier l'amorce d'une réelle prolifération dans ce secteur, d'autre part.

Tout d'abord, une réaction sur la domination américaine. Les Etats-Unis investissent depuis plus d'une dizaine d'années dans des systèmes droniques. Ils ont développé un axe important de recherche et de prototypage dans le domaine des drones de combat (dit de 3ème génération, les deux première génération étant les drones ISTAR de reconnaissance, surveillance et les drones de reconnaissance armée, à l'instar du Predator équipé de missiles Hellfire). Le programme JUCAS était le catalyseur de ces efforts de recherche. Axé autour de deux cellules, proposées par les deux compétiteurs industriels participant au programme (Boeing avec son X-45 et Northrop Grumman avec son X-47), le JUCAS souffrait cependant de graves manquements en matière de concepts d'emploi. La boutade qui circulait au sujet du programme était qu'aucun des différents officiers de l'US AIr Force ou de l'US Navy (investie au sein du système X-47) n'aurait été en mesure de donner une appréciation des spécifications opérationnelles de l'appareil qui soit en concordance avec celles de ses confrères. On a beaucoup glosé sur cette lacune doctrinale. C'est pourtant mal connaître la culture technique américaine. En effet, le JUCAS a, dans un premier temps, émergé en tant que programme industriel financé sur fonds propres par les industriels pour ensuite être soumis au DoD. C'est une manière de faire qui s'inscrit dans l'héritage américain des "sociétés savantes" et selon lequel (contrairement aux européens) on ne distingue pas artificiellement les activités de recherche fondamentale et d'ingénieurs.

Actuellement, le JUCAS est officiellement arrêté. Mais les briques technologiques ont été reprises par l'US Navy qui étudie la faisabilité d'une système dronique de combat pouvant être embarqué sur porte-avion avec, par conséquent, une capacité d'apontage. Du côté de l'US Air Force, on réfléchit à un bombardier autonome (le B2 est déjà extrêmement automatisé). Bien sûr, certains experts (tels que le Jane's) pensent qu'un tel projet sera conduit sous le couvert d'un programme-X (ou Black Program). Si l'UAS Roadmap 2007 - 2032 fait peu d'état de ces aspects, ce n'est pas pour autant que les recherches sont abandonées !

Un autre problème est le risque de prolifération. La Russie a dernièrement dévoilé son programme de drone de combat/bombardier (difficile à évaluer pour l'heure). La conformation de l'appareil rappelle étrangement celle du F-117 (la Serbie, soutenue par la Russie, n'en avait-elle pas abattu un lors de la campagne de l'OTAN au Kosovo?...). Il est clair que les Etats-Unis et l'Europe ne seront pas les seuls dans cette course au développement dronique.

Et l'Europe, justement, me direz-vous?... Comme d'habitude, elle part en ordre dispersé. La France à lancé son système Neuron dans un cadre multilatéral. C'est toutefois la DGA qui reste "aux commandes" et coordonne les contributions des industriels européens qui s'y sont joints. Le Royaume-Uni, qui a un temps cherché à s'inscrire dans le programme américain JUCAS au travers de l'accord sur le Project Churchill, a décidé de s'investir dans un programme national, Taranis, géré par BAE Systems. L'industriel tente de retrouver une expertise dans le domaine aéronautique et de la furtivité. Le programme transatlantique F-35 avait, en effet, fait office de véritable entonoir financier empêchant le Royaume-Uni de maintenir son savoir-faire dans ce domaine. Et vu les déboires dans le domaine des transferts de technologies, il est pas sûr que le Royaume-Uni veuille de sitôt rééditer la même expérience... en tous cas pas dans les mêmes conditions.
Mais l'Europe c'est aussi le projet avorté d'EUROMALE, ce sont les faibles investissements consentis pour des sous-ensembles de technologies au bénéfice de l'Agence européenne de défense (qui travaille sur les technologies d'évitement), c'est, enfin, le programme ETAP qui, bien que censé assurer l'avenir de l'industrie aéronautique européenne dans la philosophie de la Letter of Intent, voit des pans entiers des initiatives industrielles européennes lui échapper.

Il est pas sûr que nous volions, dans ce domaine, sous les meilleurs cieux...

Alain De Neve
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