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Ponant/Souveraineté militaire/Europe

L'incident du Ponant, dont on a parlé, cache des centaines d'autres évènements dont on ne parle pas. Surtout, il en fait prévoir des milliers d'autres, de plus en plus graves. Comme quoi, lorsque nous disons que l'Europe doit se doter des moyens militaires et technologiques (satellitaires notamment) capables d'assurer sa souveraineté, que ce soit sur Terre, sur mer ou dans le domaine aérospatial, nous ne le disons pas par goût d'un militarisme désuet.

L'intervention des unités de la Marine Française positionnées à la Corne de l'Afrique et dans le golfe d'Aden, sous mandat de l'ONU, pour protéger de la piraterie les transports de vivres destinés aux ONG a permis de résoudre en beauté la capture du voilier Ponant. Inutile de reprendre les faits ici, dont toute la presse s'est, à juste titre,  félicitée. Non seulement l'équipage mais le navire (pour lequel le rédacteur de cet article avait quelque affection de principe, un navire n'est-il pas une personne?), ont été récupérés sans encombre.  Mais nous pensons utile de souligner quelques faits que l'opinion européenne ferait bien de méditer.

-    Les principales voies  maritimes sont pour l'Europe comme d'ailleurs pour tous les grands pays, qu'ils soient développés ou émergents, d'un intérêt primordial. Laisser la guerre s'y installer  serait compromettre très rapidement la vie économique et l'équilibre politique de ces pays. Cette guerre peut provenir de trois causes principales: le terrorisme international, soutenu ou non par les pays côtiers, le piratage dont les moyens se militarisent eux-mêmes rapidement, des actions armées provenant d'Etats décidés à s'en prendre directement aux grands pays. Cette dernière hypothèse est en principe très peu probable sauf en cas d'affrontement généralisé.

-    Dans la zone Afrique-Asie, les voies maritimes sensibles recouvrent des étendues considérables : le trafic transitant par le Canal de Suez,  susceptible d'être attaqué en mer Rouge et sur la côte orientale de l'Afrique ; le trafic à destination ou provenant  du Golfe persique ; le trafic Afrique-Asie empruntant le détroit de Malacca entre l'Indonésie, d'une part, la Malaisie et Singapour d'autre part.  Ces détroits prolongent des côtes très découpées, comportant parfois de nombreuses îles, peuplées de populations pauvres mais souvent animées de forts sentiments nationalistes et religieux. Elles offrent des abris sûrs aux attaquants. 

-    L'évolution globale du monde laisse présager que si rien n'est fait, les agressions contre les navires marchands et même les unités militaires ne cesseront d'augmenter : rejet des Etats-Unis et par assimilation des Européens considérés comme des envahisseurs, désir de s'approprier une partie des richesses passant à portée, véritable guerre de 4e génération (du faible au fort) étendue au domaine maritime après avoir montré son efficacité en Afghanistan, Irak et Somalie.

-    Lutter contre ces menaces suppose de la part des pays attaqués des moyens aéronavals très importants, opérant à partir de bases à terre ou de véritables escadres en mer comportant notamment des navires porte-hélicoptères ou porte-avions ainsi que leurs appareils et équipages. L'entretien de ces flottes grèvera durablement les budgets des pays qui en assureront la charge et devra impérativement être répercuté sur les coûts du fret maritime. Par ailleurs, en cas d'aggravation de la situation, des mesures disciplinaires telles que la navigation en convois devront être adoptées et respectées.

-    Ces dispositifs ne pourront plus tolérer le laisser-aller des navires et des équipages qui jusqu'ici a permis aux armateurs sous pavillon de complaisance de faire des profits aux dépens de la sécurité en mer. Seuls les armateurs « sérieux » devraient  être autorisés à naviguer dans les eaux protégées, liberté des mers ou non.

-    Les Etats aujourd'hui capables de déployer des unités de protection sont en très petit nombre. On trouve évidemment en premier lieu l'US Navy, très uniformément déployée aux emplacements stratégiques. La France, grâce à la conservation d'une partie de la base de Djibouti et de quelques unités aéronavales, peut intervenir dans le golfe d'Aden (notons que le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc – notre photo - n'est pas basé dans cette zone, où il se trouvait par ce que l'on pourrait appeler un heureux hasard) .  La Royal Navy peut également intervenir, dans des conditions que nous ne pouvons préciser en rédigeant cet éditorial. On peut penser que l'Inde et surtout la Chine, si la situation se dégradait, positionneraient également des forces.

-    Qu'en est-il des autres pays européens ? Refusant de se doter de moyens militaires autonomes, ne pouvant en urgence provoquer l'intervention de l'Otan ou des Etats-Unis, ils ne pourraient, en cas d'attaque contre leurs navires marchands, que demander de l'aide aux Etats maritimes susnommés. Autant dire, pour parler un peu militairement, qu'ils auraient toutes les chances de s'envoyer faire voir. Surtout s'ils s'adressaient  aux Américains qui ne risqueraient  pas un « marine » pour les aider.


Nous n'en dirons pas plus ici, sauf à souligner que l'incident du Ponant, dont on a parlé, cache des centaines d'autres évènements dont on ne parle pas. Surtout, il en fait prévoir  des milliers d'autres, de plus en plus graves. Comme quoi, lorsque nous disons que l'Europe doit se doter des moyens militaires et technologiques (satellitaires notamment) capables d'assurer sa souveraineté, que ce soit sur Terre, sur mer ou dans le domaine aérospatial, c'est-à-dire sa survie, nous ne le disons pas par goût d'un militarisme désuet.

Nous espérons que le président Sarkozy, pour sa part, méditera cet enseignement au moment où il prendra la décision de réduire les budgets de défense et de faire davantage confiance à l'Otan. Féliciter les commandos quand ils réussissent une opération ne suffit pas à garantir l'avenir.  

13/04/2008
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