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Whole Earth Discipline

Le point de vue hérétique d'un pionnier de l'environnementalisme
Steward Brand s'était fait connaître dans les années 1970 comme un pionnier de la défense de l'environnement, de la décroissance, du do-it-yourself. Il avait publié ses idées et ses recettes pour changer de mode de vie dans un ouvrage qui était devenu, comme en France ceux de René Dumont, une sorte de bible, le Whole Earth Catalog

Or aujourd'hui, il vient de publier un nouvel ouvrage, le Whole Earth Discipline, où pour les mêmes raisons, c'est-à-dire la défense de l'environnement, il recommande le génie génétique, l'énergie nucléaire et d'autres technologies encore considérées comme diabolique par les Verts. Cette évolution est assez comparable à celle de James Lovelock, qui a scandalisé ses amis en recommandant récemment de multiplier les centrales atomiques, pour « sauver la planète ».

Dans ce dernier livre, il multiplie les points de vue hétérodoxes, qui méritent tous d'être connus et discutés. Prenons en exemple le  regard très positif qu'il jette sur les favelas et autres urbanisations misérables qui vont bientôt rassembler  2 à 3 milliards d'humains  de par le monde. Loin d'y voir des lieux où prolifèrent la misère, la drogue, la prostitution, les pollutions, il y voit les nouveaux laboratoires où s'élaborent les valeurs et les pratiques de l'humanité de demain. Selon lui, comme les habitants y essaient désespérément de sortir de la pauvreté, ils font montre d'une créativité qui manque désormais aux sociétés  plus favorisées. D'abord, ils ont redécouvert les vertus de la coopération et de l'entraide, disparues dans les grandes villes modernes. De plus ils travaillent sans relâche, initialement pour presque rien puis réussissant progressivement à s'élever un peu dans les échelles sociales et l'économie formelle. Pour les Nations-Unies, les favelas et quartiers de squatters ne sont plus considérés comme le grand problème de notre temps, mais comme les lieux où naissent les principales solutions à la question de la pauvreté.  

Cette urbanisation, aux yeux de Steward Brand, est par ailleurs excellente pour l'environnement. Elle attire des millions de cultivateurs pauvres qui pratiquaient jusqu'à présent une agriculture de subsistance écologiquement dévastatrice. Leur mode de vie encourageait la croissance  démographique, avec des femmes rivées au travail de la terre sans aucune rémunération ni éducation, incapables de pratiquer le contrôle des naissances. En ville elles comprennent qu'elles ont intérêt à n'avoir que peu d'enfants, à les éduquer et à leur trouver des opportunités économiques. Les femmes sont devenues dans les favelas des personnes très puissantes autour desquelles s'organise l'organisation sociale, avec par exemple l'aide de la micro-finance.

Les souffrances sont grandes dans les taudis, et le crime y est partout. Mais les gouvernements ne remédieraient en rien à la situation en les faisant raser par des bulldozers. Il suffirait d'y apporter, à peu de frais, l'électricité, l'eau, les sanitaires et un minimum de police.

Il sera facile de reprocher à Steward Brand un idéalisme naïf. Ses idées changeraient, lui dira-t-on, s'il vivait durablement dans de tels quartiers. Par ailleurs, plus concrètement, ce qu'il dit des mégalopoles misérables du tiers-monde n'est sans doute pas transposable aux quartiers dits défavorisés des grandes villes dans les pays développées. Là le voisinage étroit entre une « richesse » générale et une exclusion marginale crée des tensions sociales que l'on ne retrouve peut-être pas dans les villes du tiers monde où les quartiers riches sont assez isolés et minoritaires au regard des quartiers misérables.

Plus gravement, dans ces quartiers, il reste très difficile d'implanter des PME de haute technologies qui pourraient, à partir de personnels très qualifiés, développer des solutions innovantes apparemment simples, susceptibles d'apporter des remèdes à la misère, mais nécessitant une forte compétence technique. La revue NewScientist du 3 octobre en donne une liste impressionnante, dans sa rubrique Future Earth p. 36 à 39. (voir aussi sur le Net www.newscientist.com/special/blue-print-for-a better-world). De nombreuses techniques permettront de récupérer les déchets, créer de l'énergie, améliorer l'habitat. Elles seraient particulièrement adaptées aux mégalopoles pauvres. Mais pour qu'elles puissent y être acclimatées, il faudrait qu'elles soient inventées et développées sur place, non importées par des multinationales. Les Etats doivent y mettre des crédits. On ne pourra pas compter uniquement sur la micro-finance.
05/10/2009
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