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Nouvelles pénétrations de la charia en France

L'argent n'ayant pas chez nous de conviction religieuse, on comprend que les établissements financiers des grands pays européens se soient efforcés d'ouvrir des départements respectant les principes de la finance islamique et de la charia.

La finance islamique, en accord avec le droit musulman, est basée sur deux principes : l'interdiction de l'intérêt, aussi appelé usure et la responsabilité sociale de l'investissement. Pour éviter les spéculations sur valeurs immatérielles, elle lie étroitement la rentabilité financière d'un investissement aux  résultats du projet concret associé. L'islam interdit les transactions tant civiles que commerciales faisant recours à l'intérêt (ribâ), à la spéculation (gharar) ou au hasard (massir). La finance islamique se chiffre à 1000 milliards de dollars sur le marché mondial.

La finance islamique est relativement récente. Elle repose sur des principes formulés en grande partie par le théologien pakistanais Sayyid Abul Ala Maududi à partir des années 1940. Restés longtemps limitée à quelques établissements notamment égyptien, elle a pris un grand développement avec l'accumulation des profits pétroliers venant du monde arabe, ainsi qu'avec la volonté des grands pays musulmans de se constituer en force de conquête économique et politique, en rassemblant les épargnes des communautés musulmanes de toutes nationalités.

La finance islamique a décrété de nombreuses dispositions la distinguant de la finance capitaliste. Elles sont présentées comme inspirées du Coran et conformes à la loi islamique (charia-compatible). Les principes affichés sont propres à séduire ceux qui s'indignent des dérives de la finance et des bourses capitalistes. Ils prévoient l'interdiction de l'intérêt. Ils imposent une responsabilité sociale aux investisseurs en interdisant un certain nombre d'opérations proscrites par le Coran ou dites immorales. Ainsi les jeux de hasard, les activités en relation avec l'alcool, avec l'élevage porcin,  avec l'armement, avec l'industrie cinématographique réputée comme suscitant la débauche,  constituent des secteurs d'investissement prohibés.

L'encours de la finance islamique dans le monde s'est rapidement développé, de 600 milliards de dollars vers 2008 à sans doute aujourd'hui plus de 1000 milliards. Il est soutenu  par les revenus des pays du golfe Persique et d'Asie du Sud-Est, en fort développement économique,  ainsi que les rapatriements de fonds moyen-orientaux après les attentats du 11 septembre 2001 et la montée de la conscience religieuse islamique. Alors que 25% de la population mondiale est de confession musulmane, on estime que 40 % à 50% de leur épargne sera gérée par les banques islamiques dans les prochaines années.

Les principales banques islamiques dans le monde sont : Al Rajhi Bank (Arabie saoudite), la Kuwait Finance House (Koweït), la Dubai Islamic Bank (Dubaï), l'Abu Dhabi Islamic Bank (Émirats Arabes Unis), et la Bank Al Jazira (Arabie saoudite). En Algérie, Al Baraka Bank est une banque islamique. De même que Meezan Bank au Pakistan.

Le multiconfessionnalisme financier  britannique


L'argent n'ayant pas en Occident de conviction religieuse, on comprend que les établissements financiers des  grands pays capitalistes se soient efforcés d'ouvrir des départements respectant les principes de la finance islamique et de la charia. L'objectif en est soit de drainer des épargnes musulmanes, soit de commercer avec des banques et des entreprises soumises aux obligations  de la finance islamique. C'est en Grande Bretagne que ce qu'il faut bien appeler des compromissions ont été les plus importantes. L'autorité financière britannique FSA (Financial Services authority) a facilité l'intégration de banques islamiques en Grande-Bretagne. Le système bancaire britannique compte, dorénavant plusieurs banques pleinement islamiques : l'Islamic bank of Britain, l'European Islamic Investment Bank et la Bank of London and Middle East. En France, la ministre de l'économie et des fiances Christine Lagarde avait demandé depuis longtemps que, sans modifier en profondeur les bases du droit financier français, des assouplissements soient mis en place pour accueillir certains investissements.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que si les banques islamiques, au moins dans le cadre de leurs conseils d'administrations et comités de supervision (sharia board) s'interdisent les opérations présentées comme contraires à leurs éthiques, les détenteurs musulmans de capitaux privés ou publics n'hésitent pas à investir, ouvertement ou en sous-mains, dans tous les domaines qu'ils estiment profitables, fussent-ils liées à des opérations considérées comme illicites en Occident. Ils connaissent en particulier fort bien le chemin des paradis fiscaux.

On n'oubliera pas non plus que diffuser les principes et les établissements financiers du droit islamique dans les Etats laïcs ou non musulmans fait partie d'une politique de conquête dont l'on constate en Europe des signes de plus en plus manifestes, comme la volonté de faire admettre le port de la burqa, la séparation des sexes et autres pratiques considérées en Europe comme profondément attentatoires aux droits individuels et aux mœurs.

La France imite l'exemple anglais

On ne peut donc que s'indigner de constater que le Parlement français vient d'adopter une proposition de loi qui autorise l'émission d'obligations islamiques "sukuk" ou « soukouk », en dépit des protestations de l'opposition de gauche. Cette disposition, qui propose de modifier le code civil pour permettre l'émission, sur la place de Paris, d'instruments financiers conformes aux principes de la finance islamique, fait partie d'un ensemble de mesures ayant pour objet  de faciliter l'accès des petites et moyennes entreprises au crédit. Les groupes UMP et du Nouveau Centre ont voté pour. La gauche démocrate et républicaine (GDR, PC et Vert) a voté contre. Le groupe socialiste, radical et citoyen (SRC), qui avait voté pour en première lecture, a voté contre. "On introduit le droit islamique dans le droit positif français", a dit Henri Emmanuelli (PS). "Cela nous heurte profondément. C'est inacceptable. Vous faites n'importe quoi."

La mesure qui réforme la règlementation concernant la fiducie, va permettre l'émission de "sukuk" en France. A la différence des obligations classiques, les "sukuk" sont adossées à un actif tangible et ne paient aucun intérêt, les investisseurs recevant des coupons correspondant à une part des profits dégagés par l'actif sous-jacent. Aucune entreprise européenne n'a émis de "sukuk" à ce jour. La première émission d'une obligation islamique jamais lancée en France, initialement prévue avant octobre, a été retardée par des difficultés d'ordre technique, a annoncé Mohammad Farroukh Raza, directeur du cabinet de conseil Islamic Finance Advisory Assurance Services (IFAAS).


19/09/2009
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