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Nouvelle majorité au Japon

Qui en Europe s'est véritablement préoccupé du changement de majorité s'étant produit lors des élections générales au Japon le 30 août dernier? Il n'est pas exclu cependant que le nouveau gouvernement puisse rechercher un rapprochement avec les Européens susceptible de l'aider à affronter les difficultés qui l'attendent

Le Japon avait été pendant plus de 20 ans présenté comme une terreur économique capable de supplanter toutes les entreprises européennes, notamment dans le domaine high-tech. Puis il a paru depuis s'enfoncer dans la crise économique, la dépendance diplomatique à l'égard des Etats-Unis, le vieillissement démographique et le conservatisme culturel. Il n'offrait plus grand-chose donnant à rêver aux jeunesses européennes, à supposer que celles-ci rêvent encore à quelque chose, sinon aux abrutissements proposés par la télé-réalité.

Quoiqu'il en soit, après plus de cinquante années passées au pouvoir, le Parti libéral-démocrate (PLD) a perdu les élections législatives au Japon. Une défaite annoncée qui ouvre la voie du pouvoir au Parti démocrate du Japon (PDJ), lui assurant 308 sièges au Parlement, tandis que le PLD n'en remporte que 119. Il s'agit bien du rejet d'un système qui a mis à mal le corps social, fragilisant notamment les retraités et les jeunes. Mais va-t-on pour autant assister à un tournant d'ampleur (bien qu'une partie des rangs du PDJ soit constituée d'anciens du PLD) ?

Les difficultés que devra affronter le nouveau premier ministre Yukio Hatoyama sont celles de tous les pays développés (le Japon est présenté comme la seconde économie mondiale) mais elles sont renforcées par l'isolement du Japon, qui ne peut comme les pays de l'Union européenne compter sur une certaine coopération régionale.  

Difficultés à surmonter

Il y a d'abord la crise économique, suivie d'un possible redémarrage. Le Japon a émergé au deuxième trimestre 2009 de sa plus longue récession depuis la seconde guerre mondiale. Mais le commerce extérieur a repris, ainsi que la consommation des ménages stimulée par des mesures de relance massives.  Le produit intérieur brut a progressé de 0,9 % par rapport au ler  trimestre, soit une augmentation de 3,7 % en rythme annualisé. Cependant l'investissement des entreprises est resté très faible. L'investissement en capital a encore chuté de 4,3 %.

La crise sociale est présenté, parallèlement, comme très grave.  Elle se manifeste par un accroissement sérieux des disparités sociales et de la pauvreté. Malgré la hausse  du PIB, le taux de chômage a atteint en juin son plus haut niveau en six ans (5,4 %), proche de son record historique. Le nombre de chômeurs a augmenté de plus de 30 % en un an et les offres d'emploi sont en chute brutale, selon des statistiques publiées fin juillet. Le revenu annuel moyen des Japonais s'était réduit d'un million de yens (7 500 euros) au cours des dix dernières années.

M. Hatoyama avait promis de distribuer des allocations aux familles ayant des enfants, de supprimer les péages autoroutiers et de mettre fin à la surtaxe de l'essence. Il  a aussi promis de réduire les gaspillages de l'argent public et de redistribuer le revenu national en direction des zones rurales et au profit des plus pauvres. Le modèle japonais reviendrait ainsi à une plus grande équité, qui avait été un de ses fondements dans l'après-guerre. Mais ceci ne laissera guère de marges budgétaires pour d'éventuelles politiques de grands travaux d'infrastructure, de grands projets scientifiques et techniques (tels que dans le domaine spatial), non plus qu'au renforcement des universités.

La politique extérieure


Que se passera-t-il enfin sur le plan extérieur ? A ce sujet,  il y avait  traditionnellement un désaccord profond entre le PLD au pouvoir et les partis d'opposition. Il portait sur le traité de sécurité nippo-américain qui assure la sécurité de l'archipel par l'appareil militaire des Etats-Unis en échange d'un effort modéré du Japon en matière de défense – le budget militaire est seulement de 1 % du PIB – et du maintien de bases américaines dont les coûts sont en partie supportés par les Japonais. L'accord encore en vigueur concerne aussi l'envoi de troupes japonaises à l'étranger pour des missions de maintien de la paix ainsi que l'utilisation, notamment de la marine pour soutenir l'effort de guerre américain en Irak et Afghanistan.

Le PLD avait repoussé sans cesse les limites imposées par la Constitution pacifiste de 1946. Il avait soutenu  un renforcement des liens et de la coopération militaires avec les Américains. Il recommandait  un effort accru en matière de budget de défense.

La vainqueur d'aujourd'hui, le PDJ,  s'était au contraire toujours opposé à l'engagement du Japon dans ce qu'il appelle "des guerres américaines", en Irak et en Afghanistan. De même, le traité de sécurité avec les Etats-Unis et la présence de nombreuses bases américaines sur le sol nippon ont longtemps été critiqués.   Dans les derniers mois cependant, le PDJ avait assoupli ses positions et retiré de son programme toute référence à une révision profonde de ce traité ainsi qu'à une réduction du nombre de bases américaines.

Dans l'immédiat, le PDJ se portera garant de la Constitution pacifiste japonaise, un sujet que le PLD avait plutôt cherché à remettre en question ces dernières années et sur lequel il a été désavoué. Il devrait améliorer ses relations avec Pékin et rompre avec un certain suivisme de la politique américaine.

Concernant les relations avec l'Europe, on notera avec intérêt que certains leaders du PDJ voudraient renforcer les relations diplomatiques et de coopération technico-économiques avec les pays de ce continent. Mais les Japonais rechercheront-ils un minimum de réciprocité ou feront-ils comme les Chinois, s'efforcer principalement de reconquérir les consommateurs européens à coups de produits  fabriqués à bas coûts et fortement protégés sur leur marché intérieur ?  En tous cas, la question des relations de toutes sortes entre l' Union européenne et Japon devrait être posée à nouveau, car elle pourrait être riche d'avantages pour les deux partenaires, si elle était bien conduite,

Le nouveau Premier ministre

Selon des informations publiées par Le Monde, Yukio Hatoyama n'a rien d'un leader populaire, non plus que populiste.  : « Yukio Hatoyama est l'héritier de l'une des deux grandes "dynasties" politiques du Japon moderne, souvent comparée à celle des Kennedy aux Etats-Unis par sa richesse et son poids dans la vie politique nationale. Alter ego en quelque sorte du premier ministre sortant, Taro Aso, descendant de l'autre grande dynastie politique. Contrairement à ce samouraï, président de la Chambre basse à l'époque Meiji (seconde partie du XIXe siècle), petit-fils du premier ministre Ichiro Hatoyama, l'un des fondateurs du Parti libéral-démocrate (PLD), il est le fils d'un ministre des affaires étrangères de la fin des années 1970.

Yukio Hatoyama a pour frère un autre homme politique, Kunio, membre du PLD, qui fut ministre de la justice dans l'avant-dernier cabinet Aso. Son grand-père maternel, Shojiro Ishibashi, est le fondateur du groupe de pneumatiques Bridgestone, l'un des plus importants du monde. Grâce à la fortune familiale (évaluée à 11 millions d'euros), Yukio Hatoyama est aussi l'homme politique le plus riche du Japon. Une ascendance qui lui vaut le surnom de "prince" du monde politique.

Après des études à l'école Gakushuin, institution privée fréquentée par les enfants de l'ancienne aristocratie et de la famille impériale, il fait des études scientifiques à la prestigieuse université de Tokyo, puis à Stanford, aux Etats-Unis. Contrairement à son frère cadet élu à 28 ans, il fit d'abord une carrière universitaire avant de devenir secrétaire de son père. Il sera élu à la Chambre basse en 1986, "parachuté" dans une circonscription d'Hokkaido pour profiter du désistement du député libéral démocrate sortant, ami de son père. Il quittera le PLD en 1993 à la faveur d'une scission et rejoint un des petits partis de la mouvance conservatrice, le Nouveau Parti pionnier. Il sera secrétaire adjoint du cabinet dans l'éphémère gouvernement de coalition de Morihiro Hosokawa.

Avec son frère Kunio - et la fortune familiale -, il fonde, en 1996, en compagnie de Naoto Kan, ancien militant des mouvements civiques, le premier Parti démocrate - rapidement surnommé le "parti des frères Hatoyama". A la faveur de nouveaux réalignements, le Parti démocrate absorbe d'anciens sociaux-démocrates et devient en avril 1998 le Parti démocrate du Japon (PDJ) qui fusionne avec le Parti libéral d'Ichiro Ozawa. Yukio Hatoyama en assumera la présidence en alternance avec ce dernier et Naoto Kan, au fil de l'évolution des rapports de force internes au parti.
Les rivalités, plus ou moins feutrées, entre les trois hommes ont fait évoluer Yukio Hatoyama vers un centre gauche dans la veine du New Labor de Tony Blair. Dans l'ombre d'Ichiro Ozawa, il a contribué à l'émergence du PDJ comme force d'alternance en mettant en avant la notion de "fraternité" et de "politique au service de la vie de la population".

Le poids de Yukio Hatoyama dans son parti tient pour une bonne part aux ressources financières et au prestige de sa famille. Comme dans le cas de son frère cadet, sa mère joua un rôle déterminant dans sa carrière politique, rappelle Mayumi Itoh dans The Hatoyama Dynasty : Japanese Political Leadership through the Generations (2003).

Indifférent aux conventions sociales, il a épousé une divorcée, Miyuki, qui fut actrice dans la célèbre compagnie théâtrale Takarazuka composée uniquement de femmes. Le "prince" a un charme mondain, mais ce n'est pas un flamboyant "communiquant" et il n'a pas fait preuve dans sa carrière de la fermeté, sinon de la rudesse, d'une "bête politique", passant aux yeux de certains commentateurs pour un "poids léger".

01/09/2009
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