Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Le grand emprunt français. Faux semblant autour d'un vrai besoin

Comme il nous en a donné l'habitude, Nicolas Sarkozy, en installant le 26 août la commission des experts chargés de définir le domaine des investissements à long terme susceptibles de bénéficier du prétendu grand emprunt national (5 milliards ?) qu'il a décidé de lancer, se limite à une opération symbolique. Il peut ainsi éviter la réforme de fond du crédit aux entreprises qui serait indispensable.

Nous avons plusieurs fois rappelé sur ce site que la relance des économies européennes ne pouvait se faire sainement qu'autour d'investissements susceptibles d'assurer des retours à long terme, dans une perspective de désengagement à l'égard des nombreuses dépendances qui pénalisent les Européens. Ces investissements  viseraient en priorité les énergies renouvelables, les nouveaux matériaux, les équipements immobiliers et moyens de transport « verts », les réseaux intelligents divers et variés, etc..  Des cahiers des charges des besoins collectifs devraient donc être établis, après des discussions publiques voire des conférences de consensus.

Comme les investissements correspondants, étant en quelque sorte des paris sur l'avenir,  comporteraient par définition un certain risque et ne seraient pas immédiatement rentables, ils devraient être financés par des banques publiques spécialisées ou par des prêts garantis par les Etats. En contrepartie, les prêts ne seraient accordés qu'au vu de dossiers justifiant l'intérêt général des projets au regard, d'une part de leur conformité globale aux besoins précédemment définis et d'autre part, de la crédibilité des demandeurs. On ne prêterait évidemment pas à n'importe qui, mais en contrepartie, on ne refuserait pas des prises de risques apparemment justifiées. Les titres ne devraient pas faire l'objet  d'opérations spéculatives.

L'objectif de l'ensemble serait en premier lieu de collecter les épargnes des particuliers et des entreprises en leur offrant des emplois à faible taux d'intérêt mais sans risques, les risques éventuels étant pris en charge par les Etats. A priori, tous les  acteurs économiques devraient pouvoir en bénéficier, dès lors qu'ils présenteraient de bons dossiers : grosses et petites entreprises publiques et privées, coopératives et pourquoi pas particuliers innovants. Il s'agirait en d'autres termes d'en revenir au rôle traditionnel des banques de dépôt et des caisses d'épargne. Ce rôle, dans le cadre de la financiarisation mondialisée des économies, a été  perverti par la volonté des établissements de  procéder à des spéculations sur marchés virtuels ne profitant qu'à leurs cadres et actionnaires, en détournant pour cela le produit des  dépôts.  

Nous décrivons là un mécanisme très général qui ne pourrait être appliqué concrètement qu'au niveau des Etats européens voire des collectivités régionales. Mais l'ensemble du dispositif n'aurait de sens que s'il était conçu d'une façon pyramidale, les sommets se trouvant autour d'instruments de pilotage à mettre en place autour de la BCE et des organismes de gouvernance  économiques et politiques de la zone euro. Les cahiers des charges des besoins locaux devraient être cohérents avec un recensement global des besoins réalisé au niveau européen. De même, les dispositifs locaux de prêts devraient être adossés sur les garanties offertes par un organisme européen de crédit à l'économie n'existant pas encore. Au total, à l'échelle européenne, ce serait au moins mille milliards de crédits qui pourraient être ainsi mobilisés et réinvestis dans des filières industrielles saines.

Mais l'intervention appelant l'intervention, une protection des investissements réalisés en Europe par des acteurs européens s'imposerait. Nous reviendrons sur cette question à propos des investissements chinois aux Etats-Unis et en Europe dans le domaine de l'énergie solaire. Abusivement protégés par l'Etat chinois, ils risquent de ruiner les perspectives d'entreprises européennes telles que l'allemand Q.Cells (voir l'article du New York Times http://www.nytimes.com/2009/08/25/business/energy-environment/25solar.html?_r= 1 ).  Ces détournements de concurrence  devraient évidemment être portées par l'Union européenne devant l'OMC, en attendant d'être traitées sur le plan de la réciprocité à un niveau politique européen plus responsable que l'actuel comité des ministres des finances de la zone euro.

Tout ce qui précède vise à expliciter le titre de cet article. L'emprunt français que les distingués Michel Rocard et Alain Juppé  vont proposer d'affecter à des investissements prioritaires sera pratiquement inopérant. Son montant sera trop faible. Il coûtera trop cher à l'économie car il visera à collecter les fonds de riches épargnants français et étrangers et non du tout-venant des déposants du système bancaire. Il évitera enfin – c'est sans doute là son but principal – de poser la question de la réforme du système banque-assurance européen, laquelle réforme supposerait, comme nous l'avons précédemment expliqué, une véritable nationalisation. Bref on restera loin des solutions susceptibles de permettre à l'Europe de faire face à des concurrences extérieures qui loin de s'atténuer, vont se renforcer avec l'aggravation de la crise. Nous ne disons pas que l'exercice d'évaluation des besoins prioritaires auquel va se livrer la commission Rocard-Juppé pendant 2 mois sera inutile. Il s'agira si le travail est bien fait d'un catalogue réutilisable, y compris pour évaluer les besoins en matière de recherche fondamentale et de recherche/développement. Nous le commenterons le moment venu. Mais un catalogue ne sera qu'un catalogue, si rien n'est fait derrière pour modifier en profondeur les procédures de promotion des grandes innovations qui s'imposent.

Observons cependant que lorsque le PS français (tel Michel Sapin ce jour) se borne à reprocher à l'emprunt Sarkozy d'ajouter "de la dette à la dette", il évite lui aussi, par démagogie ou par incompétence, d'aborder la question du crédit au niveau où elle se pose. C'est bien là le problème de la gauche européenne toute entière.
26/08/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire