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Réveil Populaire National

Cet article est de Luc Brunet, editeur de Lettre d'Opinion (www.lbs-letter.com) en Français et anglais, membre de notre Comité de Rédaction. Il nous autorise à le publier ci-dessous, ce dont nous le remercions. Il exprime parfaitement le point de vue de la plupart d'entre nous.

Après 2 mois d'action des Gilets Jaunes (GJ), il est temps pour moi d'écrire quelques lignes sur ce qui se passe en France. J'ai attendu ces quelques semaines pour mieux appréhender la situation et parler avec un nombre suffisant de personnes.

Le premier point important à noter est un phénomène nouveau, pas vu depuis des décennies, que j'appellerai le RÉVEIL POPULAIRE NATIONAL.

Ce que j'entends par RÉVEIL POPULAIRE NATIONAL est le résultat des  multiples rassemblements locaux, souvent autour des fameux rond-points, jouant le rôle des comités de quartier pendant la révolution de 1789, et ou les gens ont passé des jours et des nuits a parler, manger, débattre, discuter. Les gens se sont retrouvés, loin de leur téléviseur, et dans des groupes incluant toutes sortes de professions, niveaux éducatifs et situations financières. Alors que beaucoup de protestations sociales au cours des années passées étaient limitées a une certaines catégorie sociale (les infirmiers, les routiers les cheminots etc), et étaient également très limitées dans le temps, le mouvement GJ a créé une plate-forme de communication entre groupes sociaux, prolongée par les échanges sur les réseaux sociaux, et ceci sur une longue durée. Les gens ont realisé qu'ils n'étaient plus seuls ni isolés, et que, ensemble, ils pouvaient créer une dynamique suffisante pour changer le destin du pays. Les GJ proviennent également de toutes origines ethniques, comme les noms des récentes victimes de tirs rapprochés le prouvent.

Ce que j'appelle donc le RÉVEIL POPULAIRE NATIONAL a été généré par plusieurs facteurs:

- les GJ ont pu constater que leur problèmes n'étaient pas limités à leur catégorie sociale ou professionnelle. Des artisans ont pu parler à des infirmières, des salariés du privé, des chômeurs, des fonctionnaires, des médecins, des cadres, des retraités, des agriculteurs. Ils ont appris beaucoup sur la vie et les difficultés de leurs voisins GJ. Les plus éveillés politiquement ou économiquement ont pu éclairer la lanterne de ceux qui ont vécu très loin de ces questions depuis des années. Des différences sont bien sur apparues, vu que les GJ viennent de tous les horizons politiques, même si la majorité fait partie des millions de gens qui se sont désintéressés de la politique depuis longtemps.

Le spectre  politique des GJ a toutes les couleurs, depuis des royalistes jusqu'à des nostalgiques du communisme. Mais tous se sont rendu compte que les causes de leur difficultés étaient les mêmes, venant du système libéral et mondialiste qui dirige une partie du monde depuis quelques décennies.

- les GJ et une grande partie de la population on commencé a se détourner des médias traditionnels. Alors que peu de gens jusqu'ici avaient décidé de s'informer essentiellement par des canaux non officiels, la grande majorité était restée fidèle aux sources médiatiques classiques, jugées sérieuses et fiables. Cette évolution a été largement renforcée par le gouvernement et les médias officiels eux mêmes, qui depuis le début du mouvement des GJ ont systématiquement cherché a minimiser le phénomène, souvent d'une manière infantile et idiote. Tout récemment, et après les manifestations du 5 janvier, le message officiel était "le mouvement des GJ s'essouffle et est au bout du rouleau". Or quelques jours plus tard, ils annoncent une mobilisation énorme de policiers pour le 12 janvier, se prenant les pieds dans le tapis a l'occasion! 

Ce changement de consommation médiatique est un des facteurs faisant du mouvement des GJ un mouvement irréversible, j'y reviendrai plus loin.

- Durant ces quelques semaines, les GJ ont pu identifier qui les soutenait et qui les méprisait. Le corps politique dans son ensemble est resté très prudent, prouvant depuis le FN jusqu'à Melenchon qu'ils font bien partie du système et ne pourrons pas faire partie du nouveau paysage politique français si les GJ gagnent. A part de rares exceptions, la réserve très froide de la plupart des vedettes des médias (artistes, chanteurs et bien sur journalistes) a aussi éclairé les GJ et illustre la fracture désormais énorme et visible entre les bobos parisiens et le reste de la population. Ces mêmes GJ, ainsi que la population en son entier ont aussi pu comprendre que l'usage de la force est légitimée pour contrer les GJ, mais pas légitime contre les voyous des banlieues et des "zone de non droit". Cela ne pourra être ni oublié ni pardonné.

Encore une fois, ce RÉVEIL POPULAIRE NATIONAL est là pour rester, et les revendications initiales du mouvement (pour mémoire, le prix des carburants) sont pratiquement oubliées, remplacées par des demandes de reformes bien plus profondes, signifiant en fait la fin du système libéral mondialiste. 

- comme tout mouvement de fond, les GJ sont en constante discussion, menant a une grande dynamique dans le mouvement, capable de se transformer efficacement selon les réactions du système. Je dis bien du système, pas du gouvernement, qui en fait ne compte plus vraiment au yeux des GJ. Ce dynamisme est une force majeure en face du système, statique par sa nature.

Que signifient ces demandes de changements, et ou nous mèneront-elles? La liste est très longue, mais je pense que les points suivants sont les plus importants.

- L'Union Européenne

Le projet européen était applaudi par beaucoup dès ses débuts, bien que De Gaulle ait eu une vision plus critique. Mais le malaise a commencé à se developper dans les années 90, avec un signe clair en 2005, ou plusieurs pays, dont la France, ont voté non au référendum sur la constitution européenne, au grand désarrois des leaders de l'époque. Or un traité a été signé sans consultation 2 ans plus tard, reprenant les grands points soumis et repoussés lors du référendum. La nature non démocratique de l'UE ne s'est que renforcée depuis. Les décisions de l'UE vont systématiquement dans le sens de la mondialisation de l'économie, de l'ultra-libéralisme, et depuis peu dans le sens de l'émigration à tout vent. Comme l'a écrit récemment un commentateur, une des origines des GJ est la blessure non cicatrisée de 2005.

L'apparition publique de la force anti-émeute de l'UE, l'EUROGENDFOR, créée en 2004 a l'initiative de la France (!), contribue aussi à diaboliser l'UE, bien que cette organisation de dépende en fait pas de l'UE, mais seulement des pays qui la soutiennent. 

- le mondialisme

La constante perte de pouvoir des gouvernements nationaux au profit de l'UE et surtout des différentes puissances économiques (en simplifiant - les grandes multi-nationales et les banques) est une tendance dénoncée depuis longtemps par les acteurs des médias parallèles sur Internet (dont votre serviteur). Mais jusqu'ici, cet état de fait était largement ignoré ou mis en doute par une majorité de personnes, même parmi ceux qui en sont les premières victimes. Le débat rendu possible avec le mouvement des GJ a permis à beaucoup de gens de prendre conscience de ce phénomène et de réaliser qu'il n'était pas le fruit de l'imagination de quelques blogueurs complotistes. De nombreux GJ articulent désormais si bien cette critique du mondialisme qu'ils peuvent tenir tete à  bien des commentateurs médiatiques et à certains ministres de Macron!

- L'Euro

L'Euro, lui aussi considéré comme un bien sacré par la plupart des Français (malgré la perte de pouvoir d'achat qu'il a généré!) commence à perdre de son pouvoir émotionnel et sentimental. Le fait que n'importe quel gouvernement, même dirigé par des GJ, ne peut plus réellement contrôler l'économie car il ne contrôle plus la monnaie, est une idée qui fait son chemin rapidement. La sortie de l'Euro est au programme des GJ et celà ne choque plus! 

- Les revendications salariales sont également importantes, et ne peuvent d'ailleurs être satisfaites qu'après une sortie de l'Euro. A mon avis, les GJ doivent aussi comprendre que s'offusquer d'un niveau de vie trop bas avec un SMIC est justifié, mais s'offusquer des salaires à 5,000 ou même 15,000 Euros n'est pas productif. Les cadres, et autres entrepreneurs (de loin pas tous d'ailleurs, avec de nombreux chefs de petites entreprises gagnant un net plus près du SMIC que du salaire d'un ministre, sans parler des agriculteurs!), ont des salaires correspondant à leurs compétences et sont nécessaires pour faire tourner l'économie. Du reste ces cadres devraient objectivement rejoindre de plus en plus les GJ, car ils sont menacés eux aussi, et je prendrai l'exemple du Canada. Dans ce pays, l'immigration a été encouragée au niveau des étudiants et une grande partie des étudiants du supérieur (gratuit ou presque au Canada) viennent d'Asie. Le résultat ne s'est pas fait attendre, et les nouveaux migrants éduqués sont prêts a travailler à des salaires bien inférieurs au marché. Depuis quelques années, il est plus rentable d'obtenir une éducation spécialisée et devenir mécanicien ou menuisier, avec un salaire plus élevé qu'un juriste ou un ingénieur. Quant aux jeunes canadiens, ils ont eux l'option d'aller travailler aux US, ou ce phénomène n'existe pas. Comme quoi le mondialisme ne s'attaque pas seulement aux bas salaires, mais aussi aux classes moyennes supérieures. On notera au passage que cette fuite des cerveaux ruine également le futur des pays d'Asie concernés, mais cela est une autre histoire.

- la société de consommation

Il est clair que personne ne prône un retour a la vie du 19eme siècle, mais un des sujets discutés parmi les GJ est une critique de la société dite de consommation, ou les modes, la publicité dirige la consommation et tend a transformer l'homme en pur homo-consumerus, le tout dans le cadre d'une "croissance" à tout prix. Les sujets devenus populaires sont ceux liés à une consommation plus libre, de produits plus locaux (on rejoint ici l'aspect anti-mondialiste), et en dehors de la grande distribution, qui tout comme les grandes multi-nationales, est considérée comme un mal a combattre. Le rêve des élites de réduire les populations à des consommateurs avides de nouveaux plaisirs et indifférents à la politique et à la vie de la cité, risque de rester un rêve, et c'est tant mieux!

Autant de sujets jusqu'ici discutés sur les blogs internet marginaux, maintenant discutés aux rond-points de la France la plus provinciale, et avec de plus en plus de compétence et d'assurance. Il faut aussi noter que toutes les réactions du gouvernement et des élites renforcent les arguments soutenant ces idées. Sans doute la plus belle réalisation du Macronisme sera d'avoir aidé à enterrer le système qui lui a donné naissance. Il y a un an, je comparais ici Trump a Gorbachev, comme celui qui a détruit le système qui l'a mené au pouvoir, mais cette comparaison peut désormais s'appliquer a Macron.

Où tout cela nous mène-t-il?

Je tiens à le souligner encore une fois, Macron et ses sbires ne sont rien. Ils ne sont, comme Hollande ou Sarkozy, que les avatars du système mondialiste ultra-libéral qui nous a conduit à cette situation. Une démission de Macron et une dissolution de l'assemblée ne résoudront rien, car ce sont les institutions et le système eux mêmes qui doivent être changés.

Au moment où j'écris celà, toutes les options sont sur la table. Un ex-ministre vient même de dire que cela suffit et que la police doit tirer. 

Croire que le système et ses soutiens se laisseront détruire sans résistance est évidemment très naïf. La force a déjà été utilisée de manière limitée mais cependant sanglante. Plus de dix morts, de multiple infirmes, un bilan qui, si il se passait en Russie entraînerait une énorme vague d'indignation en Europe, où l'on parlerait à la TV de "Putine le boucher". Mais en l'occurrence il s'agit de "Macron le boucher".

Une guerre civile n'est pas à exclure, surtout si Macron continue à jouer avec le feu. Mais d'autres options sont aussi envisageables, et comme nous l'apprend l'histoire dans les cas de blocage extrême, la mise est généralement remportée par le coté qui a le plus de soutien de l'armée. Quelques options pour la route:

- un enlisement progressif du mouvement, face à la violence des forces de l'ordre, comme celà s'est passé en Grèce. Il semble que ce soit la carte jouée par Macron, mais la France n'est pas la Grèce (nombre de GJ, couverture géographique, mentalités), et je doute que cela fonctionne. De plus, les incompétences et le mépris des élites rendent le mouvement de plus en plus populaire.

- une répression meurtrière avec tire nourri dans des rassemblements de GJ, des centaines de morts et blessés. Si l'armée reste dans ses casernes et la majorité de la Police soutient des telles actions, cela veut dire la mise en place d'une dictature répressive en Europe, vu que ce type d'action entraînerait de larges protestations dans beaucoup de pays. Les suites seraient également très imprévisibles, et l'ordre du monde serait de toute manière changé en profondeur. Je pense cependant que l'armée et une bonne partie des forces de police se retourneraient contre Macron et il s'ensuivrait un court affrontement entre forces pro et anti système, avec une victoire presque assurée des anti-systèmes. L'épuration qui suivrait serait a la hauteur de la répression initiale, et de nombreuses tètes de bobos risquent alors de se retrouver au bout d'une pique. Cette option est bien sur la pire au niveau du coût humain.

- un autre scénario me semble plus probable, qui est celui d'un coup d'état militaire en anticipation du scénario sanglant précédant. Les suites seraient bien sur le départ de l'équipe Macron et des élections anticipées. La vague d'épuration serait plus limitée et sans écoulement de sang, mais le résultat final de ce scénario dépendrait essentiellement des plans des chefs militaires ayant pris une telle initiative. 

- si le gouvernement part de lui même et de nouvelles élections se font, le résultat ultime dépendra essentiellement de la capacité des GJ à organiser et présenter un programme cohérent, et également à trouver un moyen pour contourner ou changer les médias les plus dominants, afin d'avoir une couverture médiatique neutre au minimum.

- alors qu'un essoufflement du mouvement me semble peu probable, un élargissement a d'autres pays européens (déjà commencé) est envisageable, et sera inévitable si les GJ gagnent. L'UE et l'Euro perdront une grande partie de leur signification après un FREXIT, et les frémissements jaunes déjà visibles en Europe risquent de se développer. 

En fait personne ne sait vraiment comment sortir de cette crise, mais une chose au moins est certaine. Le peuple Français est revenu au centre de l'arène politique et ne le quittera pas de si tôt.

Le RÉVEIL POPULAIRE NATIONAL a eu lieu et personne ne peut l'ignorer maintenant!

12/01/2019

Luc Brunet

 

 

 

12/01/2019
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