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Chute de la natalité dans les pays développés.

Nous publions ce texte de Frédéric Beaugeard, qui s'éloigne un peu de nos thèmes habituels, mais qui intéressera certainement nos lecteurs. Artiste de formation , enseignant dans divers pays, notamment aux Etats-unis, il est le signataire d'essais et d'analyses de prospectives géopolitiques ou sociétales (Monde Anglo-saxon, Europe, Québec, Balkans). Il collabore aussi avec le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique (LEAP/Europe2020).

Chute de la natalité dans les pays développés.
Pour un nouveau paradigme sociétal.

Depuis l'adoption des moyens de contraception moderne, les pays développés, de l'Europe à l'Asie (1), font face à un déclin démographique sans précédent. L'accroissement de l'espérance de vie a été un temps, trompeur. Mais, rien ne semble pouvoir enrayer une disparition programmée des pays concernés, qui ne garderait de leur identité propre que leur nom. Et cela pour un temps seulement.

Certes l'apport de l'immigration a permis de relancer un moment une natalité à bout de souffle, mais au prix d'un remplacement de population inévitable (2). L'arrivée de plus en plus massive de ressortissants de cultures parfois diamétralement différentes, et de moins en moins intégrables, opéreront un génocide culturel progressif des sociétés d'accueil (aux USA compris). D'ici là, des guerres civiles ethniques et religieuses, ou un néofascisme, pourrait rapidement déstabiliser une zone mondiale prospère et stable comme l'Europe. Ce qui ne profiterait à personne.

L'anthropologiste anglais J.D. Unwin accuse le féminisme et la Libération sexuelle d'entraîner le déclin inévitable des sociétés occidentales (3). Mais, Il semble oublier que l'Asie, pourtant avec des sociétés très patriarcales et où prévaut une forte misogynie, la natalité ne s'y porte pas mieux. Voire même pire.

Dans les pays musulmans riches, elle commence aussi à se tasser. Ce qui laisse craindre un retour conservateur drastique contre l'éducation féminine pour le retour à un assujettissement total (4). C'est pour cette raison qu'un retour aux valeurs religieuses quelles qu'elles soient en Occident, ou ailleurs, ne correspondrait pas au niveau civilisationnel déjà atteint. Surtout, concernant les enjeux mondiaux dont fait face l'humanité pour sa future survie. Quoi qu'il en soit, autre manifestation de la perte de vitesse du Modèle occidental actuellement, même l'Inde et la Chine tentent de renvoyer les femmes au foyer (5).

En vain. Car, le problème est aussi économique.

Par exemple, la natalité ne remonte un peu, que maintenant en Europe de l'est, depuis l'effondrement économique de la fin de l'Union-soviétique. Quand bien même une mère de famille désirerait avoir beaucoup d'enfants, il est dorénavant difficile, de par le monde, pour une famille d'accéder au statut de classe moyenne, avec un seul salaire. Famille nombreuse ou vie décente, il faut choisir.

Certains couples préférant même n'avoir qu'un animal domestique.

L'on peut y voir l'influence accru du néolibéralisme des 40 dernières années, mouvements d'immigration et délocalisations inclus, facteur au final d'une précarité généralisée. Les inégalités s'accroissent malgré une création de richesse sans précédente dû à la robotisation et au numérique. La polygamie, la possibilité d'une famille nombreuse sur des valeurs conservatrices, ou l'entretien d'une maîtresse généralement avec un enfant (Asie), par seulement les hommes les plus riches ne résolvant pas la situation.

Si la situation est meilleure en France par rapport à l'Allemagne ou au Japon, cela est dû à sa politique nataliste préservant les valeurs féministes conquises, adaptées aux contraintes économiques actuelles. Elle subventionne grâce à son modèle social les crèches, la santé et l'éducation. Elle facilite pour les femmes qui le désirent, la transition du travail à la situation de mère au foyer et inversement, financièrement en aidant les familles (aides directes et réductions d'impôts), et par la loi en forçant l'employeur à reprendre celles-ci après leur absence. Les mères-seules sont aussi aidées, ce qui atténue la stigmatisation moralisatrice qui prévalait auparavant. Il faut aussi se rappeler les avortements non-médicalisés entraînant morts et mutilations, et tous ces enfants illégitimes et/ou orphelins. Une femme a moins à choisir entre une vie de pauvreté avec un statut de fille-mère et un avortement. Bien sûr, la famille traditionnelle a fait ses preuves, mais chacun ses choix. En tout cas, l'honnêteté doit primer dans n'importe qu'elle relation pour que cela fonctionne.

L'imposition du modèle patriarcal (sous couvert aussi de classisme, voire d'eugénisme), a malheureusement par hypocrisie laissé se développer la prostitution (vu comme un "mal nécessaire" par l'Église), l'adultère bourgeois, et une réprobation moraliste pesante (allant jusqu'à certaines perversions, ou des sectes sexuelles coercitives). Sans oublier l'usage de l'hôpital psychiatrique pour les femmes récalcitrantes (filles-mères et "hystériques"). Les mentalités changent, et la banalisation des divorces, des unions libres, des grossesses tardives, et des familles recomposées (stabilisant psychiquement la situation des enfants), des agences matrimoniales, et l'immigration en diversifiant l'offre, renouvelle le désir d'enfant. Une dernière avancée a été faite en revalorisant l'image des pères-seuls, et avec l'octroi a ceux-ci des congés maternité. Ainsi qu'avec la possibilité d'adoption pour les femmes homosexuelles, et le développement de la procréation assistée (6) (7).

L'on peut déplorer l'égoïsme, le consumérisme, et un hédonisme débridé, mais l'individualisme, comprenant la liberté féminine, est une valeur non négociable.

Tout cela a été une bonne chose, même si pour certains hommes cela a été déstabilisant, il faut le rappeler.

Néanmoins, ces accommodements et aides ne sont pas, plus suffisants.

Il faut un changement de société vers un modèle matriarcal.

L'on parle du revenu universel, mais moins du revenu parental complémentaire pour le parent désirant travailler à temps partiel (famille nombreuse), ou rester au foyer pour s'occuper de/des enfants en bas âge avant la maternelle (8).

Le féminisme à la française, tout autant symétrique qu'asymétrique, allie égalité des droits et séduction, et refusant l'impasse du politiquement correct ou la rigueur idéologique, aussi une compréhension d'un certain "ordre naturel" des choses. Si les femmes gagnent en sécurité économique avec des avantages financiers conséquents libérant leur rôle de mère, ce serait bon pour la natalité.

Dans un premier temps la structure familiale monogame en sortirait matériellement renforcée.

Avec un réel pouvoir économique, les mentalités changeront, et elles pourront même au besoin s'organiser elles-mêmes en structures de soutien commun indépendantes des hommes (polyandrie de fait).

Que ce soit avec une option "kibboutz", ou la version nouvelle économie collaborative basée sur l'échange et le partage par réseau (9), ce changement de paradigme sociétal s'organisant en un système parallèle, est nécessaire.

C'est du point de vue anthropologique un modèle familial comme un autre. Déjà pratiquer d'une manière informelle dans nos sociétés depuis toujours, non seulement durant des périodes déstructurées.

Ce basculement doit être soutenu en amont au niveau gouvernemental par cette nouvelle aide financière.

Il est l'aboutissement naturel de la libération de la femme, suivant celle de l'émancipation individuelle.

Ou son retour aux origines (10).

Il semblerait qu'avant l'essor de la civilisation, les sociétés étaient moins hiérarchiques et leur religion animiste semi-matriarcale. L'ethnographie des peuplades isolées semble aussi le prouver.

La polyandrie répond aussi à des ressources futures limitées.

De réunir plus de ressources permettrait ainsi une procréation dans de meilleures conditions.

Le sentiment de filiation et de transmission du patrimoine en serait radicalement différent. Et celui des relations, principalement de compétition machiste et d'assujettissement, sans doute certainement plus apaisé (11).

Bien que les hommes devraient assumer d'être jugés dorénavant sur leur seule propre valeur, et auraient à développer de nouveaux talents ou ils devront exceller.

Cela répondrait aussi au problème de la dé-responsabilité croissante des hommes vis à vis de la procréation (par certains issu de l'immigration aussi). Une femme qui a plusieurs hommes peut les "occuper" sans qu'ils procréent. Ces conjoints participeront marginalement ou le feront beaucoup plus, en étant présent au sein de ces nouvelles cellules familiale étendue à plein temps pour un temps donné ou non, selon l'aide ponctuelle dont elle/ elles auront besoin. Cet aspect matériel inclurait une aide financière obligatoire minimale par la filiation (en rapport aux droits du père/ des pères), et accessoirement des contributions volontaires.

Il est bien entendu que les structures d'aides sociales, surtout concernant l'accès à l'éducation, doivent être préservées pour éviter la situation férale des jeunes hommes "sans pères" de la communauté afro-américaine résultant de ce type d'unions (welfare Queen/ terme péjoratif ; gangs), dépendant d'une aide globale insuffisante.

Côté féminin, comme au niveau de la société dans son ensemble, une sorte d'autogestion solidaire des enfants en commun (patrimoine/ richesse commune), deviendrait possible, même si, en même temps, grâce maintenant aux tests d'ADN la parenté serait plus claire.

L'on peut alors imaginer une période initiatique de passage à l'âge adulte pour les jeunes adolescents se rapprochant de leur père naturel.

En tout cas, l'avenir des possibilités peut nous réserver des surprises adaptatives. Ainsi qu'une certaine "joie de vivre", loin du pessimisme d'une annihilation démographique sur fond d'une tentation rétrograde, ou la soumission à un modèle étranger liberticide.

Ce qui serait une totale négation du cheminement complexe effectué par notre civilisation moderne.

Sinon, il ne nous reste plus que la soumission (sauf un sursaut identitaire pour le meilleur et pour le pire), et a réassujettir les femmes et nos filles, car c'est cela dont il est question (Houellebecq, un autre auteur prospectif). La jalousie est un fondement de l'islam (en plus de la honte provenant des religions judéo-chrétiennes).

Une optique/ hypodermique diamétralement différente est préconisée.

La civilisation occidentale se caractérise par un goût du changement, non forcément par juste une, tant décriée, perte des valeurs. Cette notion propre à notre identité culturelle de "destruction créatrice" est une marque innovante devant se déterminer en dehors de toutes pressions extérieures et sans préjugés. Nous devons être fiers des progrès accomplis et en perpétuer le modèle de manière viable.

Beaugeard F.
Tokyo, Japan
Dec 2018

30/12/2018
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