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Obama joue son image et peut-être son avenir à propos du projet d'assurance maladie publique

Au moment où les Démocrates de gauche et les gens sensés attendaient d'Obama qu'il tienne tête à l'opposition irresponsable, sinon quasi criminelle, des lobbies contre son projet de réforme de l'assurance maladie, le Président semble donner des signes de faiblesse.

Nous avons déjà indiqué que plusieurs des prétendus grands changements de politique,  annoncés par Barack Obama lors de sa prise de pouvoir, étaient en train de mal tourner. Il s'agit notamment de la stratégie au Moyen Orient, de la moralisation du secteur bancaire, de la relance économique, de la guerre en Afghanistan. Concernant cette dernière, on verra ce que donneront les prochaines élections, mais tout laisse penser que cette guerre, élections réussies ou pas, est désormais perdue sous sa forme militaire. Cependant la réforme des réformes annoncée par Barack Obama et ses soutiens Démocrates était celle du système d'assurance maladie.

Celui-ci, sous sa forme actuelle, confié à des sociétés d'assurances privées, est la honte de l'Amérique. C'est aussi la honte de la doctrine libérale selon laquelle seul le secteur privé peut gérer efficacement les responsabilités d'un Etat. On a montré sans mal qu'il coûtait comparativement bien plus cher que les systèmes européens d'assurances publiques si décriés, notamment la sécurité sociale française et le National Health Service  britannique. En contrepartie la qualité des soins est infiniment moins bonne, même en ce qui concerne les patients fortunés, tandis que 50 millions de citoyens à faibles revenus restent sans aucune protection. On ajoutera, ce que l'on mesure mal en Europe, que les compagnies d'assurances ont mis en place un système généralisé de corruption des parlementaires et des administrations, dont elles assurent les élections. Obama lui-même a été très aidé par elles dans sa campagne.  La corruption s'adressant au personnel politique ne se limite pas à celle payée par les sociétés d'assurances, mais dans un secteur aussi vital, elle marque mal.

On sait que Barack Obama avait repris à peu de choses près le plan que Hillary Clinton n'avait pas réussi à faire passer : créer un secteur public d'assurances maladies financé principalement par l'Etat et qui aurait pris en charge, notamment, tous les exclus du secteur privé, y compris ceux déjà couvert par les systèmes publics dédiés aux personnes âgées et aux plus pauvres, Medicare et Medicaid. Ceci n'aurait pas asséché  le business des assurances mais aurait introduit un élément de concurrence les obligeant à baisser leurs tarifs et comprimer leurs coûts.  On sait que face à cette menace, un lobbying déshonorant s'est déclenché, accusant notamment les Démocrates soutenant la réforme et Obama lui-même d'être des staliniens et des  tueurs d'enfants. On a même craint un attentat contre le président. Pour les compagnies d'assurance, un organisme public avec des millions de cotisants, exonéré de la nécessité de réaliser des bénéfices et profitant des fonds publics pour s'endetter, bénéficierait d'un avantage concurrentiel qui viderait le secteur privé de son marché. Or, loin de susciter le sens critique des citoyens américains, le lobbying des compagnies a très bien réussi, puisqu'une majorité de l'opinion est désormais hostile à la réforme, de même semble-t-il  qu'une petite majorité de représentants et sénateurs. Ceci illustre bien le caractère profondément conservateur de la société américaine profonde.

Malheureusement, au moment où les Démocrates de gauche  et les gens sensés attendaient d'Obama qu'il tienne tête à cette opposition irresponsable, sinon quasi criminelle, celui-ci semble donner des signes de faiblesse. Il vient de laisser entendre le 16 août que la création du système d'assurances publiques n'était peut-être pas le volet essentiel de la réforme de la protection sociale qu'il avait défendue. Une  incitation à la mise en place de systèmes coopératifs non lucratifs, reposant sur la libre décision des particuliers, pourrait prendre le relais.  Ce projet ne convainc personnes. Certes les coopératives (co-ops) sont très répandues dans tous les secteurs relevant des « public utilities » aux Etats-Unis. Mais en l'espèce il leur faudrait plusieurs années pour recruter les cotisants nécessaires et mettre en place les professionnels de santé adhérents. L'Etat devrait alors sans doute les aider au démarrage, ce qui, disent les Républicains, finirait par coûter aussi cher que les $1.000 milliards sur 10 ans imputés au projet public.

On ne sait encore ce que fera Obama. Mais son hésitation actuelle, sa reculade envisagée, ternisse fortement son image. Ceux qui avaient déjà critiqué son irrésolution face à ses opposants, sa volonté de rechercher d'illusoires consensus, s'en attristent. Le rêve d'un Obama, « chevalier blanc » pour l'Amérique, s'estompe de plus en plus. Ce à quoi les Européens atlantistes, qui en faisaient jusqu'alors leur modèle, devraient  plus que jamais réfléchir.  Nicolas Sarkozy se consolera peut-être de n'avoir pas reçu d'Obama toute la considération qu'il en attendait voici encore quelques semaines
 

18/08/2009
Vos réactions
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Nombre de réaction(s) : 1
Obama's trust problem
26/08/2009 23:04:01 | Par : John Wilson
You're wright. Mr Obama lost the trust of progressives. I am afraid he can't win it back. See Krugman
http://www.nytimes.com/2009/08/21/opinion/21krugman.html?ex=1266897600&en=2df06f869fc0c3ff&ei=5087&WT.mc_id=NYT-E-I-NYT-E-AT-0826-L12
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