Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Sur les environnements fictifs hautement immersifs

Dans un article du 13 novembre publié par The Conversation intitulé "Immersions à haut risques dans la fausse-vraie réalité du monde" et dont l'auteur est Thierry Berthier, bien connu de nos lecteurs, celui-ci présente ce que l'on appelle aujourd'hui les environnements fictifs hautement immersifs (EFHI).« Ils commenceront à apparaître maintenant, grâce notamment à la montée en puissance de l'intelligence artificielle".

Voir https://theconversation.com/immersions-a-haut-risques-dans-la-fausse-vraie-realite-du-monde-105914,

Thierry Berthier indique qu' « idéalement, un EFHI est un système physique fermé dans lequel un individu interagit avec un dispositif technique embarquant de l'intelligence artificielle et qui doit se faire « oublier » de l'utilisateur tout en recréant au mieux les conditions réelles. Moteur des EFHI, l'intelligence artificielle dirige la simulation en s'adaptant aux réactions de l'expérimentateur via des processus d'apprentissage. Elle garantit le niveau de réalisme des scénarios mis en œuvre et la non-contradiction des informations diffusées lors de la simulation ».

Un exemple déjà ancien d' EFHI est celui utilisé pour la formation des pilotes de chasse. Placé dans un petit studio et doté des équipements nécessaires, ils trouvent les images, les bruits et les mouvements qui seraient ceux d'un combat réel. Ils doivent réagir sur des commandes fictives simulant celles d'un appareil réel. Thierry Berthier donne de nombreux exemples d'EFHI désormais utilisés dans le domaine du spectacle, de la formation et de l'industrie.

Ceci conduit à poser une nouvelle fois la question des rapports de l'image avec la réalité, autrement dit avec le monde extérieur au sujet. Mais dans ce cas, l'on retrouve un problème qui a été à la base de toutes les civilisations. Celles-ci s'appuient, bien avant l'Antiquité, sur un monde imaginaire qu'elles ont conçu et transmis par les cultures, sans lequel l'humain aurait eu beaucoup de mal à se distinguer d'animaux dits supérieurs qui, semble-t-il, ne génèrent pas ou n'utilisent pas de telles images pour survivre. Encore que l'on pourrait sans doute en trouver quelques exemples rudimentaire, tel que simuler la mort pour échapper à un prédateur.

Si l'on prend l'exemple des religions et liturgies par lesquelles un petite minorité de dominants ont réussi à s'imposer à des générations entières, il s'agit d'environnements fictifs immersifs dans lesquels les individus sont plongés dès leur enfance. Les religions n'utilisaient pas l'intelligence artificielle, mais elles disposaient de moyens très puissants pour mettre en condition les cerveaux, par l'image, le son et le discours notamment.

Pourrait-on d'ailleurs ne pas évoquer les faits de société les plus simples qui, à travers les civilisations, n'aient pas reposé sur de telles simulations. Ceci pose évidemment une question plus générale. Le cerveau humain pourrait-il fonctionner sans créer ces images et quelles sont les zones du cerveau et du système nerveux central et sensoriel qui sont impliquées dans ces processus ?

Il est évident qu'apporter ne fut-ce qu'un début de solution à ces questions entraînera la tentation d'utiliser des implants neurologiques ou toutes autres solutions permettant d'agir sur ces zones. Les neuropsychiatres auront vite le désir de s'en servir pour guérir les individus s'en plaignant de diverses hallucinations ou troubles compulsifs obsessionnels . Mais où s'arrêtera la démarche?

On ne voit pas pourquoi ceux qui aujourd'hui développent des EFHI à titre scientifique expérimental ou dans le domaine de la création audiovisuelle à prétention artistique ne s'en serviraient pas prochainement pour dominer culturellement et politiquement la grande majorité de leurs concitoyens obligés de les subir sans disposer des moyens de se dégager de l'immersion. .

Note. Thierry Berthier est Maitre de conférences en mathématiques, cybersécurité et cyberdéfense, chaire de cyberdéfense Saint-Cyr, Université de Limoges, 

Image. Gargouille à Notre Dame

 

14/11/2018
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire