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Sommet Washington-Pékin des 27 et 28 juillet 2009

150 hauts responsables chinois ont participé à ce sommet présenté comme s'inscrivant dans le « dialogue stratégique et économique » s'imposant à la première et à la troisième puissances du monde, Etats-Unis et Chine. Selon l'exposé introductif de Barack Obama, « leurs relations façonneront le 21e siècle ». On ne voit pas bien cependant sur quels résultats concrets le sommet a pu déboucher.

Il vaut mieux se rencontrer que s'affronter, fut-ce seulement devant les institutions internationales. Mais dès avant le sommet, le gouvernement chinois avait refusé l'idée de gouvernance mondiale à deux,  caressée par certains responsables américains, à la suite d'un livre du conseiller d'Obama Zbigniew Brzezinski ( No worry : ce nom s'écrit comme il se prononce). Les Chinois, avait-il été répondu, veulent jouer totalement la carte du multilatéralisme, qui correspond tant à leurs traditions politiques qu'à leurs intérêts.

Malgré cela, les thèmes de discussion  ne manquaient  pas : lutte contre la crise économique, taux de change yuan-dollar, lutte contre la crise climatique, questions de sécurité face au « terrorisme » et à la menace nucléaire (Corée du Nord, Iran)... Par contre, implicitement, il avait été convenu que la question dite en Occident des Droits de l'homme ne serait pas abordée, chaque gouvernement se bornant à afficher ses valeurs. Il faut dire qu'après la crise tibétaine, commenter les affrontements dont on découvre chaque jour l'ampleur entre Ouïghours (à ne pas confondre avec les Yoghourts, nationalité qui semble hanter notre éminent ministre des affaires étrangères) et Hans dans le Xinjiang  aurait pu faire capoter le sommet 1)

Ceci dit, force est de constater que sur les quatre thèmes résumés ci-dessus, en dehors de quelques louables résolutions de principes, il n'y eut guère d'accord de fond. C'est que l'on ne voit pas exactement sur quelles bases de tels accords auraient pu se réaliser. Si on laisse de côté la question de la sécurité, la divergence profonde et momentanément impossible à combler séparant Etats-Unis et Chine tient à l'inégalité profonde de leurs niveaux de développement. La Chine encore très en retard sur tous les plans, ne peut pas accepter des restrictions de croissance que de leur coté les Etats-Unis refusent encore de s'appliquer à eux-mêmes.  

La Chine n'entend pas freiner ses investissements y compris en industries particulièrement polluantes. La tension qu'elle fait peser sur les cours internationaux, notamment de matières premières et d'énergies fossiles,  ne diminuera pas. Adieu donc aux normes destinées à lutter contre la pollution et le réchauffement climatique.  Elle se refuse encore à produire pour le marché intérieur, car les consommateurs chinois de la Chine profonde n'ont pas les moyens de financer leurs achats comme le font actuellement ceux des pays développés, asiatiques et occidentaux. Elle continuera donc à doper ses exportations par tous moyens, y compris en maintenant artificiellement bas le taux de change du yuan par rapport au dollar et à l'euro.

De leur côté, les Américains et dans une moindre mesure les Européens n'ont que peu de moyens de pressions. S'ils prennent des sanctions commerciales, ils se privent de leurs propres débouchés en Chine et surtout transforment la diaspora chinoise en un vaste réseau de contrebande. Quant au dollar, on sait depuis longtemps que les Américains sont pris au piège puisqu'ils dépendent des prêts chinois pour financer les 2 ou 3 trillions de déficit qui les attendent.  

Il s'agit, quand on y réfléchit, d'une situation ubuesque qui ne pourrait se résoudre que par une espèce de fusion économique et civilisationelle des deux pays. Pourtant aucun des deux n'en voudrait, à moins d'en être le leader, même si cette fusion est dans certains domaines déjà réalisée de fait. Si cependant, comme tout le laisse prévoir, la crise économique et environnementale s'aggravait dans les prochaines années, les Etats-Unis pourraient  difficilement éviter une sorte d'invasion plus ou moins conflictuelle provenant des Chinois, s'ajoutant à celle des latino-américains. Il est vrai que les Chinois envahiront aussi d'autres régions du monde, à commencer par l'Afrique – dans la mesure où celle-ci échappera au désastre climatique.
 
1) D'autant plus que les affrontements d'origine nationaliste pourraient se multiplier en Chine dans les prochaines années. Plusieurs dizaines de régions, selon certains observateurs, nourriraient des revendications autonomistes auxquelles le pouvoir central risque de continuer à répondre par la force. Ce serait un des talons d'Achille pour la Chine de demain, s'il n'est pas convenablement traité, c'est-à-dire par la négociation et non en faisant appel à l'armée.  
29/07/2009
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