Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Retrait de l'INF. Les Etats-Unis préparent une guerre nucléaire

Les Etats-Unis sont de plus en plus dépassés par la Chine dans le domaine civil mais aussi militaire. Dans le premier domaine, IA, robotique, biotechnologies, Très Haut Débit, comme l'a récemment reconnu le vice-président américain Mike Pence, il leur est préférable de renoncer à assurer la domination américaine. Selon ce même Mike Pence ils doivent au contraire réaffirmer leur domination dans le domaine militaire.

Mais comment faire, alors que la Russie et même la Chine sont en train de développer des armes nouvelles, missiles hypersoniques notamment, dans lesquelles le Pentagone n'a aucune chance de récupérer le retard pris. Il faut donc en revenir à une méthode éprouvée depuis le guerre froide, menacer l'adversaire, en l'espèce la Chine mais aussi la Russie, d'une première frappe nucléaire, c'est-à-dire d'une frappe n'étant pas seulement conçue comme venant en riposte à une première frappe de l'adversaire.

Du fait que toutes les grandes puissances se sont dotés de Missiles balistiques intercontinentaux ICBM porteurs de têtes nucléaires susceptibles d'assurer une seconde frappe en retour qui serait catastrophique pour les Etats-Unis même, c'est dorénavant dans le domaine des Missiles à portée intermédiaire, entre 500 et 5.500 km qu'ils veulent faire porter leur effort. Ceux-ci seront dotés de têtes nucléaires de faible intensité, dite tactique, ayant des effets destructeurs sur la cible adverse mais n'entraînant pas en principe le risque d'une contamination atomique de grande ampleur.

Certes la Chine ou la Russie ainsi frappées pourront toujours riposter avec des ICBM nucléaires, mais le pari américain est qu'elles ne le feraient pas pour ne pas comme indiqué déclencher une guerre nucléaire mondiale. C'est un pari extrêmement dangereux pour l'espèce humaine toute entière, mais comme nous l'avions indiqué dans un article précédent concernant la guerre en Syrie, Vladimir Poutine avait clairement signifié qu'il ne voulait pas courir le risque d'une guerre nucléaire, ce qui l'a fait accuser de faiblesse, y compris en Russie même. Washington compte sur la même prudence du côté chinois.

Les stratèges américains ont déjà prévu un certain nombre de plate formes à partir desquelles lancer des missiles de portée intermédiaire, autour de la frontière russe, mais aussi dans le Pacifique, chez leurs « alliés » bien obligés le Japon, la Corée du Sud et même l'Australie. Mais manque encore l'essentiel, c'est-à-dire des missiles modernes, susceptibles d'emporter des charges nucléaires tactiques. Pour pouvoir moderniser et tester de tels missiles à partir de ceux dont dispose le Pentagone, il fallait dénoncer le traité dit  INF, Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, signé dès 1987 par le président américain et son homologue soviétique. Ce traité est toujours en vigueur.

Se retirer de l'INF

C'est ce que vient de faire Donald Trump. Le 20 octobre, il a fait savoir que les États-Unis allaient se retirer de l'INF, accusant Moscou de le violer "depuis de nombreuses années".

"La Russie n'a pas respecté le traité. Nous allons donc mettre fin à l'accord et développer ces armes", a-t-il fait savoir lors d'une visite à Elko, dans le Nevada. "Nous n'allons pas laisser les Russes violer l'accord et fabriquer des armes alors que nous n'y sommes pas autorisés".

Donald Trump a fait cette annonce alors que son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, connu pour un ferme soutien à la stratégie agressive américaine évoquée ci-dessus s'apprêtait à se rendre à Moscou pour y rencontrer le ministre russe de Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev. A Moscou le 23 octobre, John Bolton a confirmé le retrait américain. A quoi bon un tel accord, a-t-il dit, puisqu'il s'agit d'un traité bilatéral de la guerre froide alors que le monde est devenu multipolaire. Il a fait allusion à la possibilité que la Chine, non signataire du traité, puisse mettre au point ses propres missiles.

C'est John Bolton, selon le Guardian,qui a fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF. C'est aussi lui qui bloque toute négociation pour une extension du traité New Start sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021 et que Moscou cherche à prolonger.

Le prétexte au retrait, évoqué par Donald Trump, est que la Russie met au point un nouveau missile dit 9M729. Ce dernier point est exact. La Russie ne s'en cache pas. Mais toutes les données concernant ce missile avait été transmises aux Etats-Unis, selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov. Il ne s'agit pas d'un missile de portée suffisante pour atteindre les Etats-Unis. Tout au plus pourrait-il être employé contre des bases américaines autour de la frontière russe, en retour de l'utilisation d'une de ces bases contre la Russie.

Il paraît donc clair que les Etats-Unis préparent une guerre nucléaire contre la Chine et nécessairement aussi contre la Russie, son alliée. L'opinion européenne ne semble pas s'en rendre compte.

Référence

* L' INF ou traité sur Forces nucléaires à portée intermédiaire.https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_les_forces_nucl%C3%A9aires_%C3%A0_port%C3%A9e_interm%C3%A9diaire

* Vladimir Poutine vient de mettre en garde les Etats-Unis contre une nouvellle course aux armements en cas de retrait
http://www.spacewar.com/reports/Putin_warns_of_a_new_arms_race_with_America_999.html

Pour information. Différentes catégories de missiles

- les missiles balistiques à courte portée pour champ de bataille  BRBM"tactical ballistic missile" (TBM) ou également "battlefield range ballistic missile" 

- les missiles balistiques de courte portée  SRBM : portée maximale de 1 000 km selon le Missile Defense Agency (en) des États-Unis)

- les missiles balistiques de portée moyenne MRBM : portée entre 1 000 et 3 000 km selon la Missile Defense Agency des États-Unis) ;

- les missiles balistiques de portée intermédiaire  IRBM : portée entre 3 000 et 5 500 km selon la Missile Defense Agency des États-Unis).

- les ICBM.  En 2017, tous les membres permanents du Conseil de sécurité disposent de systèmes opérationnels permettant de lancer des ICBM, soit à partir de sous-marins nucléaires, soit de bases fixes. La Russie met au point des bases mobiles

25/10/2018
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire