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Difficultés et erreurs de Barack Obama

Cette fin de mois de juillet 2009 permet de constater que les 100 jours de grâce de Barack Obama sont bien terminés. Il est en train d'affronter une série de difficultés, que les uns imputeront à sa naïveté bien pensante, les autres à la révélation d'une duplicité désormais difficile à cacher, d'autres plus généralement à la crise globale du système américain, que ni le président prétendu charismatique ni personne ne peuvent enrayer.

Rappelons rapidement de quoi il s'agit, bien que ces sujets soient dorénavant dans tous les esprits :

-    Le plan de relance

Ce plan de 787 milliards de dollars, malgré son nom, n'a pas relancé l'économie réelle, puisqu'il n'a pas enrayé la baisse du chômage prévu à 10% des emplois pour la fin 2009. Par contre, il a permis aux banques de liquider leurs positions douteuses, au détriment des créanciers les plus faibles, et surtout de recommencer à spéculer de façon incontrôlable par les autorités. L'exemple emblématique de Goldman Sachs qui a provisionné des sommes considérables pour rémunérer les résultats de ses traders et de ses dirigeants a été depuis suivi par pratiquement tous les établissements du secteur banque-assurance. On en conclut à juste titre que Barack Obama a capitulé devant Wall Street. C'était prévisible (d'où les soupçons de duplicité à son égard, car  les collaborateurs dont il s'était dès le début entouré provenaient de ce secteur, y compris des banques les plus irresponsables.

Inutile d'ajouter qu'aucune mesure n'a été prise à l'égard des paradis fiscaux où les opérateurs financiers américains recyclent des milliards de dollars d'argent gris ou noir. L'ampleur de la dette externe empêche par ailleurs d'envisager de nouvelles relances ni sans doute même de conduire à bien le grand programme d'investissements publics un moment envisagé.

Mais à supposer que Barack Obama ait voulu en faire davantage, il se serait heurté à l'opinion publique toujours traditionnellement hostile à l'intervention de l'Etat, y compris chez les démocrates. Pour réussir à contrer ces résistances, il aurait du sans doute dramatiser la situation générale et agiter le pavillon rouge de la réforme sociale. Mais ce n'était évidemment ni dans ses intentions ni dans son tempérament.

-    La réforme du système d'assurances médicales

Barack Obama a eu le mérite de présenter, conformément à ses promesses électorales, un plan assez ambitieux en ce domaine. Mais la dépense dépassera le trillion de dollars. Nul ne sait comment elle sera financée. Politiquement, l'idée même de sécurité sociale soulève les oppositions, non seulement chez les républicains mais, là encore, chez les démocrates. Beaucoup comptent sur le Congrès pour rejeter le plan. Barack Obama sera sans doute en ce cas obligé de s'incliner, signant ainsi une capitulation en rase campagne dont ses adversaires voudraient faire un Waterloo. L'industrie pharmaceutique, les compagnies d'assurances, les établissements de soins privés hostiles à une couverture généralisée déversent des millions de dollars en lobbying contre le plan. On reprochera à Barack Obama de ne pas s'être assez engagé dans ce dossier, dont il aurait du faire  le symbole d'un changement de régime politique en faveur d'une social démocratie à l'européenne. Mais le président n'a pas osé. Le voulait-il vraiment ? Il paiera sûrement très cher son indécision.

-    La limitation des émissions de C02

Barack Obama a favorablement impressionné l'opinion mondiale, notamment européenne, en s'engageant nettement dans ce sens. La Chambre a voté son projet de loi. Mais les sénateurs s'y refusent, tant que les pays émergents ne se seront pas engagés eux aussi. Or ceux-ci, Chine et Inde en particulier, ne veulent pour le moment accepter aucune contrainte chiffrée en dehors de négociations globales avec l'ensemble des pays en développement, refusées par les Etats Unis. Barack Obama s'est ainsi mis par une nouvelle imprudence dans la main de régimes qui ne veulent pas nécessairement lui faciliter la tâche. Si le Sénat repoussait le projet de texte, il s'agirait d'un second Waterloo pour le président. Là encore, on accusera son inexpérience ou sa duplicité.

-    L'Iran

Barack Obama, selon l'opinion de nombreux observateurs, opinion que nous partageons, a eu raison de ne pas prendre fait et cause pour les manifestations dénonçant, en Iran comme à l'étranger, les fraudes électorales et les répressions. Cela aurait rassemblé contre l'Amérique non seulement les foules iraniennes et arabes, mais sans doute aussi les gouvernements arabes modérés. Nous l'avons dit précédemment, désormais  tout ce que dans ce vaste monde touche l'Amérique,  d'or se transforme en plomb.  Ceci dit, contradictoirement à cette  première attitude réservée, , Barack Obama persiste à vouloir obtenir de l'Iran le renoncement à la bombe nucléaire. Or à l'évidence, en Iran, ni les conservateurs ni les modérés n'accepteront de perdre cette occasion de faire monter les enchères. Que fera Obama, compte tenu de l'inutilité absolue d'un renforcement des sanctions ? S'il capitule, quelles conclusions en tireront les gouvernements arabes et les autres ?  Cette question nous conduit immédiatement au point le plus noir de la politique extérieure américaine, celui des relations avec Israël.

-    Israël

Là aussi, Barack Obama a montré une naïveté (peut-être doublée de duplicité) parfaitement exemplaire de son attitude en général. Il s'est précipité dans un piège géant qui s'ajoutant aux autres menace de se refermer sur lui et sur tous ses alliés, que ce soit au Proche et Moyen Orient ou en Europe. On attendait en général de lui, à juste titre, qu'il oblige Israël à reprendre avec sincérité le processus de paix initialisé par ses prédécesseurs. Mais ceux qui le poussaient à cette attitude apparemment légitime sous-estimaient les résistances qu'elle allait provoquer aux Etats-Unis même, de la part du lobby juif très puissant et très lié au lobby militaro-industriel (que Barack Obama avait commencé à malmener par ailleurs sur le chapitre des réductions de commandes militaires). Ces deux lobbies, autant que l'on devine, ont évidemment conseillé au premier ministre israélien Netanyahu de refuser sèchement les injonctions de la Maison Blanche, notamment en matière de gel des implantations. Ce qui a été fait.

Barack Obama aurait du le prévoir et négocier plus finement. Ceci dit, aujourd'hui, comment va -t-il réagir  face à ce bras de fer ? L'opinion n'acceptera pas qu'il sanctionne Israël. Il sera donc condamné à revenir sur ses exigences, ce que ne manqueront pas d'exploiter les médias et les gouvernements arabes. Mais il y a bien pire. Comme nous l'avons vu, il ne pourra pas empêcher l'Iran de développer sa bombe et comme celle-ci est ressentie, sans doute à tort (mais qui sait ?), comme une menace mortelle pour Israël, celui-ci prétendra se sentir autorisé à mener prochainement des opérations militaires contre l'Iran. Qu'elles réussissent ou échouent, les conséquences sur la paix du monde en seront désastreuses.  Que fera Obama, quand il sera averti (car il le sera) d'opérations imminentes contre l'Iran ? Menacer de détruire les avions et navires israéliens ? Certainement pas. Couvrir le coup en s'affichant devant le monde entier comme le chef d'une superpuissance qui a capitulé devant un minuscule Etat ? Bel exemple pour les autres...

-    L'Afghanistan


Le surge décidé au début du mandat de Barack Obama n'a eu aucun résultat militaire, au contraire. Il a radicalisé les Talibans et commence à irriter sérieusement le Pakistan, du fait des incursions répétées dans ses zones frontalières. Le gouvernement pakistanais, il est vrai, a paru s'incliner devant les objurgations américaines lui demandant de stopper l'extension talibane dans ces mêmes provinces. Mais les opérations, qui ont provoqué beaucoup d'exodes et dégâts, semble s'enliser actuellement. Islamabad est en tous cas soucieux de se démarquer dorénavant  de l'Amérique.  Il en résulte que celle-ci n'est pas près de pouvoir se désengager de guerres ingagnables, entraînant avec elle dans le bourbier de l'Afpak ses alliés de l'Otan, dont la France.  

-    La Russie

Les collaborateurs de Barack Obama présentent ses démarches réputées conciliantes à l'égard de la Russie comme le vrai et seul succès de la politique internationale de l'Amérique. Vue d'Europe, la chose est difficile à juger. Barack Obama multiplie les affirmations immédiatement contredites. Ainsi il prétend ne pas vouloir développer d'armements balistiques aux frontières de la Russie mais il ne renonce pas officiellement au BMDE. Il  affirme vouloir respecter la souveraineté de cette même Russie mais Joe Biden est immédiatement ensuite dépêché en Ukraine et Georgie pour confirmer aux gouvernements vacillants de ces Etats que l'Amérique continue à soutenir leur entrée dans l'Otan – ceci au mépris de ce que peuvent penser les Européens à ce sujet...Encore que dans le même temps des voix bien informées précisent que Joe Biden était venu pour signifier aux Russes que les relations avec eux étaient plus importantes que celles avec la Georgie et l'Ukraine. Qu'en penser ? Sans doute qu'une guerre froide larvée continue, nourrie par la crise économique mondiale ?

Conclusion

Nous arrêterons là cette liste, sur laquelle ne figure pas pourtant la question importante des relations avec la Chine et l'Amérique Centrale, non plus que de nombreuses autres plus mineures. Nous éviterons aussi d'évoquer les démêlés tous récents de Barack Obama avec la communauté blanche, suivis de ses plates excuses à un policier (blanc) présenté aujourd'hui comme exemplaire.

Demandons nous par contre comment nous devrions ressentir les  difficultés grandissantes de Barack Obama : nous en réjouir, l' Amérique montrant ainsi au lobby atlantiste européen qu'elle sera toujours aussi  dominante et dangereuse que les Européens authentiques l'avait dépeinte, ce qui pourrait pousser l'Europe à s'en rendre enfin indépendante – ou nous en effrayer, partant de l'idée que si le bouclier américain, pourtant de plus en plus lointain,  nous faisait défaut, nous n'aurions plus aucun recours dans ce monde dangereux. ...

Je vous laisse deviner en tous cas ce qu'est le sentiment personnel du rédacteur de cet article.

25/07/2009
Vos réactions
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Nombre de réaction(s) : 1
Difficultés et erreurs de Barack Obama
09/08/2009 13:32:43 | Par : Senec
Tout cela n'était-il pas prévisible ? Personnellement, rien qu'en regardant Obama faire sa campagne électorale, je l'ai, immédiatement, trouvé un simple beau parleur et rien d'autre ! Pas de sincérité, pas de personnalité, un simple élève récitant un texte qu'il savait bon à dire ! Comment se fait-il qu'il y ait aussi peu de gens capables de voir ça ? Suis-je extralucide ? Non, mais je vois la personnalité des gens très facilement. Je ne me trompe pratiquement jamais. Et pour cela, je n'ai pas dû suivre toute sa campagne. Je n'aurais pas pu, tellement le personnage me semblait inapproprié pour la fonction telle que je l'imaginais. Quand il m'arrive d'avoir tort, cela me fait du bien. Je me dis : "Ouf, ce type est bien pour le pays. Il n'est pas aussi con que je le craignais". Malheureusement, c'est rare. Mes appréhensions se confirment toujours !
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