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L'Italie va-t-elle s'opposer durablement à l'Union Européenne ?

Actuellement de plus en plus de mouvements politiques en Europe préconisent une sortie de leur pays de l'Union Européenne, UE, voire de l'Union Monétaire. La raison principale évoquée par eux tient au fait que l'UE impose des limites draconiennes au déficit du PIB des Etats membres, calculées Etat par Etat, au prétexte de lutter contre l'inflation.

Or respecter ces limites conduit les gouvernements à renoncer à toute politique audacieuse de dépenses sociales et d'investissements publics. Ceux-ci dont les bénéfices sociaux et économiques seraient considérables sont considérés par l'oligarchie néo-libérale internationale, dont le centre est Wall Street et dont Bruxelles est le relais, comme susceptibles de remettre en cause le pouvoir qu'exercent en Europe les puissances financières internationales, pouvoir qu'elles ne veulent partager avec personne.

L'influence de ces puissances financières sur les gouvernements européens est considérable. C'est grâce à leurs appuis et les sommes versées que la plupart des chefs d'Etat et de gouvernement, comme Emmanuel Macron en France, ont pu accéder au pouvoir. Ceci fait qu'aucun gouvernement n'ose encore affirmer sa volonté de s'affranchir des règles économiques et budgétaires imposées par les traités européens , règles dont la limitation du déficit budgétaire à 3% est l'élément le plus visible. Cette obligation oblige aujourd'hui Emmanuel Macron à renoncer à toute politique économique visant à répondre aux demandes de plus en plus pressantes de son électorat.

Seul le gouvernement italien issu de l'alliance entre la Ligue du Nord et le Mouvement Cinq Etoiles ose aujourd'hui annoncer qu'en tant que de besoin, il dépassera un déficit de 3% du PIB.

Promesses à honorer

Dans les faits, cela signifie qu'environ 24 milliards d'euros devraient être utilisés pour tenir les promesses électorales de la majorité. Sur cette somme, 12,4 milliards seront utilisés pour réduire la TVA, 1,5 milliard d'euros devraient être affectés à la restructuration bancaire afin de compenser les pertes des épargnant et 8 milliards d'euro pour permettre des départs à la retraites plus précoces pour 400 000 travailleurs environ. Le gouvernement aura par ailleurs probablement à financer des investissements publics initialement inattendus, comme la restructuration des voies de communication dont l'effondrement du viaduc de Gènes a été un premier symptôme. Ces dépenses là aussi contribueront à l'augmentation du déficit.

 D'ici le 15 octobre, le gouvernement devra envoyer le projet de loi budgétaire à Bruxelles, mentionnant les déficits prévus. Le 22 octobre, la Commission enverra une première lettre au gouvernement italien dans lequel elle se dira probablement préoccupée par l'évolution de la situation et lui demandera de procéder aux ajustements nécessaires puis soumettre à nouveau le projet. Si comme probable le gouvernement maintenait son projet, le conflit sera inévitable, car son budget sera officiellement rejeté par la Commission.

L'Italie sera donc soumise à une forte pression, tant des autorités de l'UE qu'en interne de la part de nombreux intérêts économiques et en provenance des marchés financiers. Mais le gouvernement italien semble décidé à y résister. Il pourra s'appuyer sur les présidents des deux commissions économiques de l'Assemblée et du Sénat (Claudio Borghi et Alberto Bagnai) dont les convictions eurosceptiques sont bien connues, mais aussi sur des des soutiens extérieurs et, plus important encore, sur une majorité des Italiens.

Il est inutile de dire que ce que décidera de faire en dernier ressort le gouvernement de Rome sera suivi attentivement dans d'autres capitales européennes, mais aussi à Washington.

Notes

1) Sur ce sujet, voir Jacques Sapir

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-budget-italien-le-bras-de-fer-avec-lunion-europeenne-est-engage-par-jacques-sapir/

2) Je reçois ce texte de Philippe Léger

Ce pays, bien qu'à l'origine de la construction européenne, aurait pu décider de ne pas ratifier le traité de Maastricht et de ne pas adhérer à la zone euro. 
L'Italie s'est engagée vis à vis des États membres pour les nombreux avantages qu'elle retire de son adhésion à l'Union. Il y a aussi un inconvénient : en respecter les règles.
Les populistes voudraient vivre à crédit sur le compte des autres, surtout des Allemands qui, par leur balance commerciale excédentaire, notamment avec la Chine, assurent la crédibilité et la stabilité de l'euro... et de notre pouvoir d'achat.
Se dégager de ses engagements pour un pays comme l'Italie ne paraît pas très raisonnable. Sauf à renverser la table... mais pour quel résultat ?  Truquer la comptabilité nationale italienne, de A à Z, comme à la fin des années 80 et début des années 90... ?
Les électeurs italiens ne sont pas dupes. Ils aiment ridiculiser leurs "grands" de la politique, qui ne tiennent que rarement leurs promesses, qui trichent très souvent...  
Ils les font et défont avec un enthousiasme ravageur, en découpant leurs programmes en tranches napolitaines, en les mélangeant... Dans un passé pas si lointain, ils nous  ont servi des cocktails électoraux "tutti frutti" étonnants... la Ciciolina, Berlusconi... Aujourd'hui, reBerlusconi et des populistes, comme du poivre et des olives dans le Martini.
Le peuple italien aime la comédie. Et nous aimons le peuple italien. Et nous l'aimerons encore plus quand il chassera les populistes et Berlusconi... encore fois ! avec un coup de pied aux fesses digne de la commedia dell'arte.
Il existe aussi un autre visage de l'Italie. Celle d'un pays aux fondamentaux économiques solides. Sur bien des points, ses entreprises pourraient nous en remontrer... et nous en remontent !
Les entreprises italiennes sont très imbriquées dans l'économie européenne et l'excellence de leurs productions n'est plus à démontrer. Elles sont souvent copiées. 
Dans l'agroalimentaire, la vente des produits à consonance italienne ("Italian sounding"), fabriqués et vendus à l'étranger, représente plus de 150% du chiffre d'affaires que les Italiens réalisent à l'exportation avec la vente de leurs propres produits ! Dans le monde, on achète plus de produits alimentaires italiens imités que de produits italiens authentiques !
À y regarder de plus près, l'agroalimentaire constitue en Italie l'un des plus importants secteurs de l'économie. En 2015, il a généré un chiffre d'affaires total d'environ 135 milliards d'euros, les exportations atteignant cette année-là une valeur record de 36,9 milliards d'euros. 
Le marché européen est sa première destination... 
Face aux entrepreneurs et aux industriels de la péninsule, les populistes vont rabaisser leur prétention à réinterpréter le traité de Maastricht et réécrire le règlement de la zone euro. Si si... vous verrez. 
Il aurait été plus judicieux de poser la question : les populistes vont-ils s'opposer durablement aux intérêts de l'économie italienne ? 


Je réponds

Très intéressant, merci. Mais vous reprenez un peu le défaut de ceux qui s'opposent aux "populistes", sans voir les racine d'un mouvement qui correspond à une défense contre l'international des intérêts financiers américains. De plus s'éloigner de l'UE n'empêcherait pas les industriels et agriculteurs italiens compétitifs d'exporter en Europe, comme ils le font ailleurs dans le monde, notamment aux USA. Mais le sujet est complexe, j'en conviens.

13/10/2018
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