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L'Arabie saoudite, partagée entre Washington et l'alliance Iran-Russie

L'Arabie saoudite, capitale Riyad, a longtemps été considérée comme la puissance majeure au Moyen Orient, celle avec laquelle il était prudent d'être en bon terme.

Elle le tenait à sa position géographique, commandant le passage maritime par la Mer Rouge, au fait que La Mecque est la capitale religieuse de tout le monde musulman, sunnite mais aussi chiite, ainsi qu'aujourd'hui à ses importantes réserves de pétrole, lui donnant la possibilité de faire varier le prix mondial du pétrole selon les quantités qu'elle jugeait bon de mettre sur le marché.

Aujourd'hui dans ce rôle de grande puissance au Moyen-Orient, elle sera progressivement concurrencée par la montée de l'Iran chiite, dite République Islamique d'Iran, dont les réserves de pétrole semblent devoir être plus importantes à terme que celles de l'Arabie, et à qui la position géographique sur les rives du golfe Persique et de la mer Caspienne donne également une grande importance stratégique.

L'Arabie saoudite a toujours été courtisée, non seulement par les puissances européennes, mais par Washington, qui voulait s'en faire une alliée docile, non seulement au Proche-Orient, face notamment à la Russie et à l'Inde, mais aussi sur le marché du pétrole. Ceci en dépit du fait que l'Arabie saoudite est le pire des pays dits développés, du fait de l'oppression dont les femmes continuent à y souffrir et des exactions de sa police et de ses services secrets. Malgré le visage que certains disent séduisant du jeune prince héritier Mohammed bin Salman al Souad (MBS), elle devrait en bonne logique être mise au ban des pays civilisés, ce qui n'est évidemment pas le cas. Les chefs d'état américain, européens et plus récemment russe s'obligent à faire le voyage à Riyad ou d'inviter ledit MBS avec tous les honneurs.

Aujourd'hui cependant les relations entre Riyad et Washington, et plus précisément avec Donald Trump, semblent, sans avoir été jamais excellentes, semblent s'être brutalement détériorées. On attribue cela à la disparition de Jamal Khashoggi (image ci-dessus) présenté comme un dissident. Il s'agit d'un journaliste saoudien réputé proche de certains dirigeants et princes saoudiens éliminés par MBS en 2015, devenu correspondant du Washington Post et de la BBC, ainsi évidemment que des services secrets anglais et américain.

Jamal Khashoggi était entré pour y accomplir une formalité administrative dans le consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre et n'en est plus ressorti. On soupçonne qu'il y a été arrêté, torturé puis assassiné par des agents saoudiens sur ordre de MBS. Ceci avait dans un premier temps irrité le leader turc Erdogan, puis très vite les capitales occidentales, à commencer par Washington.

Le résultat de cet épisode tragique s'ajoute aux tensions qui se sont établies entre Washington et Riyad à la suite de l'évolution du cours du pétrole. Dans un premier temps, Washington avait estimé que Riyad ne faisait pas assez d'efforts pour favoriser en augmentant sa production la politique américaine visant à pousser à la baisse les cours du pétrole, ceci pour diminuer les bénéfices attendus par l'Iran de l'exportation de son propre pétrole. Très récemment, Donald Trump avait accusé à l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre, l'Opep, incluant l'Arabie, «d'escroquer le reste du monde». «Nous défendons bon nombre de ces pays pour rien ; ils profitent de nous pour nous faire payer le pétrole à des prix élevés. Ce n'est pas bon. Nous voulons qu'ils cessent d'augmenter les prix. Nous voulons qu'ils commencent à baisser les prix et qu'ils contribuent désormais de manière substantielle à leur protection militaire»

Réticent avant le dernier coup de pression du président américain à se plier à ces exigences, l'Arabie saoudite a finalement été sensible aux arguments de Washington.. Le 3 octobre Riyad a annoncé avoir augmenté de façon significative sa production de pétrole brut, pour l'amener à 10,7 millions de barils par jour. 

En dehors de cette question du pétrole et du gaz, concernant l'Iran, Washington et plus particulièrement aujourd'hui Donald Trump, qui s'est déclaré adversaire définitif de ce pays  sans oser encore  y procéder à des offensives militaires, voudraient tout faire pour empêcher un rapprochement, fut-il momentané, entre Téhéran et Riyad. Derrière Téhéran, l'Amérique voit se profiler l'influence maudite de la Russie. Ces derniers événements pourraient confirmer le rôle majeur de Moscou dans une région où jusqu'à présent Washington se pensait un maître incontesté.

Donald Trump, toujours loin de l'habituelle prudence diplomatique, vient d'émettre une série de tweeds promettant à l'Arabie de s'effondrer « comme un château de carte » s'il lui retirait son appui. Mais le complexe militaro-industriel américain ne devrait jamais le laisser mettre en difficulté l'alliance avec l'Arabie saoudite, qui demeure pour lui essentielle face à la Russie et à l'Iran. Aussi bien, on ne sache pas que le Pentagone ait renoncé à soutenir militairement MBS dans sa désastreuse campagne militaire au Yémen, où il s'enlise face à l'opposition déterminée des Houtis du Nord, très proches de l'Iran et probablement bien vus à Moscou.


 

09/10/2018
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