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Europe de la défense ou défense de l'Europe

Le sommet de l'Otan du 11/12 juillet 2018 a vu une nouvelles fois les Etats européens capituler devant les Etats-Unis. Malgré quelques protestations et sans s'engager sur des chiffres précis, les Européens ont donné satisfaction aux exigences de Donald Trump.

Ils augmenteront considérablement leurs contributions à l'Otan, afin de diminuer la part financée par Washington. Ceci est présenté comme contribuant à la défense de l'Europe. Mais défense contre qui ?

L'augmentation des budgets militaires européens au sein de l'Otan ne signifie pas que les Etats-Unis accepteront une diminution de leur rôle directeur au sein de cette organisation. Cette-ci a été imposée par eux aux Européens dans les années 1960 afin de s'assurer qu'ils mettront tous leurs moyens disponibles pour seconder l'Amérique dans sa lutte à mort contre la Russie. Le terme de lutte à mort n'est pas disproportionné puisqu'il s'agit essentiellement de mettre en place aux frontières de la Russie des moyens militaires capables de s'opposer à une éventuelle offensive russe visant à conquérir tout ou partie de l'Europe.

Cette offensive aujourd'hui paraît parfaitement improbable. Les Russes ont d'autres défis à relever que s'épuiser tenter de coloniser l'Europe de la même façon que les Etats-Unis la colonisent. Mais le risque d'une offensive russe n'est pas cependant à exclure, d'où la nécessité de mettre en Europe des moyens militaires suffisants pour qu'elle assure par ses propres moyens sa défense. On peut parler à cette égard d'une Europe de la Défense.

Mais si les Européens avaient eu le désir de se doter de forces suffisantes pour assurer leur défense, ils auraient eu la volonté de préparer une défense, non seulement à l'égard des Etats-Unis mais de toutes les menaces potentielles venant d'Etats ou d'organisations, notamment terroristes islamiques, qui voudraient mettre l'Europe à leur service. Bien que celle-ci soit elle-aussi parfaitement improbable, il ne faudrait pas exclure une menace militaire chinoise. On pourra parler à cet égard d'une Europe de la défense.

A ce titre la menace militaire américaine devrait être mise au premier rang. Vu la dépendance des Européens à l'égard des Etats-Unis, on dira que ceux-ci ne s'attaqueront jamais aux Etats européens. Mais si certains d'entre eux exprimaient le désir de se doter d'une défense autonome, les choses changeraient. Le général de Gaulle en son temps en avait fait les frais avec sa volonté de doter la France d'une force de frappe nucléaire qui n'aurait rien du aux Etats-Unis. Par conséquent celle-ci n'aurait pas été dirigée exclusivement contre la Russie, autrement dit l'URSS de l'époque, mais contre toute menace, venant éventuellement d'outre atlantique.

Aussi bien Washington n'avait eu de cesse à l'époque d'abattre le gaullisme afin de le remplacer par une France dévouée à ses ordres. Mai 1968, on le sait aujourd'hui, quand on veut bien l'admettre, avait été largement financé par la CIA pour rendre De Gaulle inoffensif . Ce qui fut réussi.

Par ailleurs, une Europe de la défense ferait appel à des armements principalement conçus, développés et financés par les Etats européens. Autrement dit elle n'aurait pas constitué comme actuellement un marché réservé aux industriels de l'armement américains. Là encore, cette perspective a été et demeure toujours refusée par le Pentagone et le complexe militaro-industriel (CMI) américain. Ce qu'avait partiellement réussi la France, en se dotant d'une industrie militaire principalement utilisatrice de ses propres ressources, ne sera jamais possible au sein d'une Otan qui est et restera soumise à Washington.

C'est d'ailleurs pourquoi Donald Trump impose à l'Europe d'augmenter considérablement ses budgets militaires. Il s'agira d'autant d'argent supplémentaire qui financera rapidement le CMI américain, augmentant ainsi ses budgets globaux.

Précisions au 15/07

Le Gal JFL qui fait partie de notre comité de rédaction, envoie les précisions suivantes. Nous l'en remercions

Il ne faut pas confondre  le budget de fonctionnement de l'OTAN avec les budgets de défense de chacun des Etats membres de l'Alliance:

1/ Le budget de l'Otan assume les frais de fonctionnement de la structure Otanienne qui comporte le siège à Bruxelles, les 2 grands commandements de Mons  et de Norfolk, les états-majors qui en découlent et les agences en charge de la normalisation et de l'acquisition d'armements.

Ce budget  est de 2,2 milliards de dollars par an , ce qui est en fait relativement  modeste. Il est abondé par les Etats membres de l'Alliance selon une clé de répartition qui, sauf changement récent, comporte  22% pour les Etats-Unis, 14,6% pour l'Allemagne, 10,6% pour la France, 9,8% pour la Grande-Bretagne ( cet excellent élève de l'OTAN cotise moins que d'autres, cela n'étonnera que les naïfs......!), certains pays d'Europe centrale ou Balte n'ayant une participation financière que symbolique( Estonie 0,1%), ce qui avait conduit le Prdt Obama à parler de”passagers clandestins” à bord de l'Otan!

2/ Chacun des pays membres de l'Alliance Atlantique dispose d'un budget de défense plus ou moins conséquent . Son niveau est significatif de l'importance que le pays attache à sa défense, que cela soit au niveau national ou dans le cadre des organisations internationales, notamment dans celui de l'Alliance Atlantique   ou dans celui de l'Union Européenne.

Depuis près de 25 ans tous les pays Européens ont régulièrement et drastiquement baissé le montant de leur effort de défense(hors pensions, il est important de le préciser), tous passant désormais en dessous  de 2% du PIB, seuil qui est considéré comme étant  celui du décrochage en matière d'efficacité et de cohérence opérationnelle. En revanche les Etats-Unis ont maintenu pendant ces  3 décennies leur budget entre 3,5 et 4,5% de leur PIB.

Quand on cumule au sein de l'Alliance Atlantique les efforts de défense de chacun , on constate depuis de nombreuses années que l'effort de défense des Etats-Unis est 3 fois plus élevé que la totalité des efforts de défense des Etats  Européens membres de l'Alliance. On peut en conclure, peut-être un peu trop rapidement , que la défense de l'Europe dans le cadre de l'OTAN est assumée à 75% par les Etats-Unis et il est bien vrai qu'au sein de l'Alliance, les forces américaines, et notamment les plus performantes, sont absolument prépondérantes. Mais il faut également constater que les objectifs  des Etats-Unis  en matière de politique étrangère et de défense sont significativement plus ambitieux que ceux des Pays Européens de l'Alliance. Ces derniers sont tenus de respecter la solidarité  entre membres de l'Alliance découlant de l'article 5 du Traité de Washington, alors que jusqu'à présent et sans présumer de l'avenir, les Etats-unis estiment que, outre ces mêmes obligations au sein de l'OTAN, ils ont vocation à intervenir  partout dans  le monde.

Il n'en reste pas moins que la totalité des efforts de défense des 22 pays européens appartenant à  l'Alliance Atlantique, soit environ 200 milliards d'Euros, est loin d'être optimisée  et  que la part européenne dans la défense collective  n'est pas réellement significative. Cet état de fait est du reste dénoncé depuis longtemps par les Etat-Unis qui demandent instamment que ceux-ci prennent leur part dans la charge du ”fardeau”( selon le terme consacré...).

Le Président Trump , avec son style excentrique et pour le moins provocateur, n'a fait lors de la réunion du 12 juillet que reprendre la requête de ses prédécesseurs, requête à vrai dire parfaitement justifiée .

Il se targue d'avoir réussi à imposer à ses partenaires  le retour à un effort de défense  correspondant à 2% de leur  PIB . En fait cet objectif de remontée des budgets de défense des pays de l'Union Européenne avait  déjà été actée par l'Union Européenne lors du Conseil Européen du 13 décembre 2017, qui a décidé de mettre en oeuvre une disposition du Traité de Lisbonne, jusque là inusitée,  la “Coopération Structurée Permanente”. La France pour sa part  vient d'adopter une loi de programmation militaire qui devrait permettre de disposer en 2025 d'un budget de la défense hors pensions  à hauteur de 2% du PIB . L'Allemagne pour sa part  a lancé depuis 2017 une augmentation très sensible de son effort de défense, d'autres suivent et d'autres suivront , mais la route sera longue ...

Au final,  en admettant que tous les pays de l'Alliance atteignent le seuil des 2% du PIB à l'horizon  2024-25, le Budget de la défense américain restera nettement supérieur à la totalité des budgets européens et l'Alliance Atlantique restera dominée par la puissance militaire- et donc politique des Etats-Unis. C'est bien pourquoi il est absolument nécessaire pour l'Union Européenne d'atteindre l'objectif d'autonomie stratégique qu'elle s'est officiellement fixé, mais qui reste encore bien théorique. On ne se défait pas en quelques mois d'une culture de la dépendance remontant à la 2ème guerre mondiale et renforcée par 40 années de guerre froide où le sort de l'Europe reposait sur  les Etats-Unis...Mais Trump et Brexit  constituent, chacun à sa façon, un puissant facteur de prise de conscience des responsabilités pour l'Union Européenne.

12/07/2018
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