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Le Future Combat Systems américain

Le dispositif sera extraordinairement coûteux. Un tel programme devrait peser, selon le secrétaire à la défense, 160 milliards de dollars. Des experts indépendants l'évaluent à 230 milliards.

L'armée américaine est à la veille de développer le programme d'armements le plus coûteux de son histoire. Cependant cette entreprise est d'ores et déjà menacée d'échec car elle dépend de trois programmes préalables qui ont été viciés par des dépassements de coûts et de délais, ainsi que par l'appel à des technologies immatures. Il s'agit du programme dit Future Combat Systems, que l'armée qualifie de  démarche de modernisation la plus ambitieuse engagée  depuis la 2e guerre mondiale. Il comporte de nouvelles générations d'armes à feu, de véhicules de combat,  de robots et de capteurs reliés par à un réseau sans fil. Avec ces techniques, le soldat sur le champ de bataille pourra par exemple utiliser des dispositifs de commande à distance pour positionner des drones d'observation au dessus d'une position ennemie afin d'obtenir des coordonnées précises. Celles-ci déclencheront des missiles capables d'atteindre une cible en mouvement, quelle que soit sa taille.

Le dispositif sera extraordinairement coûteux. Un tel programme devrait peser, selon le secrétaire à la défense, 160 milliards de dollars. Des experts indépendants l'évaluent à 230 milliards. Mais ce devis ne prend pas en compte les éléments critiques à développer dans le domaine des télécommunications radio et satellitaires, pouvant s'élever à une trentaine de milliards supplémentaires. Leur réalisation avait pris du retard ces derniers mois, mais le maître d'œuvre contractuel, Boeing, estime que celui-ci devrait être facilement rattrapable. Certains militaires ayant l'expérience du terrain ne sont pas de cet avis. Ils estiment qu'une nouvelle génération de satellites beaucoup plus rapide sera nécessaire. Le Government Accountability Office a émis récemment deux rapports mettant en doute la faisabilité globale du système. Mais ces doutes n'ont pas impressionné le Chef d'Etat major général George W. Casey Jr., qui a déclaré la prise de risques légitime  lorsque des systèmes d'armes aussi avancés sont en cause.

Le JTRS


La base du nouveau système de communication militaire repose sur le Joint Tactical Radio System, ou JTRS, dont le concept avait été proposé en 1997. Il s'agissait d'obtenir un réseau à très haut débit capable de transmettre des données, incluant photos et cartes, ainsi que de la vidéo destinées aux véhicules en mouvement, bien plus efficacement que les réseaux existants. Mais les difficultés rencontrées furent telles qu'en 2005 la maîtrise d'ouvrage du projet fut retiré à l'Armée et confiée au département de la défense lui-même. Il s'agissait en fait de se séparer du maître d'œuvre Boeing. Mais ceci ne fut pas fait. Le directeur du programme JTRS pour Boeing, Ralph Moslener, affirme aujourd'hui que les retards ont été rattrapés et que les performances attendues seront obtenues. Il reste que pour le moment, ce sont les systèmes de communications militaires précédents qui sont utilisés en Irak et en Afghanistan. Le coût du JTRS, après révision, devrait être de 37 milliards de dollars, s'ajoutant comme indiqué ci-dessus aux 230 milliards, n'incluant pas l'inflation, représentant la dépense globale à consentir pour le seul Future Combat Systems.

Il faut s'arrêter sur ce montant, en le comparant au trillion de dollars qu'aurait jusqu'à ce jour coûté, estimée au plus bas (2 trillions vraisemblablement),  la guerre en Irak. Poussée par le lobby militaro-industriel (MICC), l'armée américaine est sur le point de financer un nouveau système d'armes qui s'ajouterait à tous ceux, incluant le JSF et le bombardier furtif, qui ont montré leur incapacité à lutter contre les insurgents irakiens menant une guerre des pauvres ou guerre de 4e génération. On ne peut pas penser que des hommes politiques conscients et organisés, ni même que des militaires raisonnables, puissent engager la nation dans de telles opérations, alors que des exigences de dépense bien plus urgentes sont partout ailleurs. Ce sont en fait, dans de tels cas,  les industriels qui décident, dont le plus emblématique, dans le cas du Future Combat Systems, est Boeing – lequel Boeing pousse par ailleurs  l'Etat américain à contester devant l'OMC les avances sur recettes que recevrait Airbus de la part des gouvernements européens. Seul compte pour ces industriels les contrats dont ils bénéficieront, quel qu'en soit le coût et l'inutilité finale.

Le Système ABM

Nous voudrions à cet égard citer un article de Philippe Grasset, dans Dedefensa.org,  à propos des dépenses inutiles que le lobby militaro-industriel impose dans un autre domaine, celui de la défense anti-missiles ABM.  Les coûts  futurs probables de l'ABM seront de l'ordre de ceux évoqués pour le Future Combat Systems, sinon supérieurs. Son inefficacité sera certainement aussi grande.  Le MICC,  après les Etats-Unis,  est pourtant en train de réussir à imposer ce concept à l'Otan, Otan que le mouton français, un moment éloigné du bercail, vient de rejoindre. 

« D'où il ressort que l'ennemi central dans ces temps eschatologiques, c'est la corruption. Entendons-nous aussitôt, il s'agit de la corruption psychologique et nullement de la corruption vénale. L'argent a sa place, certes, comme elle l'a toujours eu. Mais aujourd'hui, elle est là pour renforcer la corruption psychologique, une corruption presque inconsciente, presque automatique, qui évite tout sentiment de culpabilité en détournant l'esprit de l'auto-critique.  La plupart des fonctionnaires et hommes politiques qui exécutent cette politique, à part quelques rares esprits éclairés capables de saisir l'absurdité de la situation ou quelques cyniques qui la saisissent mais la poursuivent par intérêt, agissent d'abord par des automatismes psychologiques qu'ils tentent de justifier individuellement avec des arguments rationnels.

Cette corruption psychologique est par définition inconsciente. Le conformisme se forme aujourd'hui dans l'inconscient des automatismes de la psychologie, par le moyen de la contrainte de la communication aboutissant notamment au “Groupthinking” . C'est  l'outil de l'intelligence qui est corrompu, et non l'intelligence. Il y a là, effectivement, une agression systémique contre l'intelligence, ou l'intelligence se trouve enfermée dans le système. Sans aucun doute, l'Otan en est un bel exemple, parce que c'est un organisme  privé de toutes les références fondamentales de la politique, notamment la légitimité, la souveraineté. Le Groupthinking y règne en maître. Tout homme politique plongé dans le bain de l'Otan y est investi d'une irresponsabilité plus ou moins grande. Certains projets actuels de l'Otan montrent sans la moindre dissimulation, avec une crudité égale à celle du langage qu'il faut employer pour les attaquer, leur totale absence de sens politique (leur nihilisme politique). Le réseau anti-missiles américain objet de tant de vains débats soi-disant stratégiques est aujourd'hui ouvertement qualifié par des officiers généraux en fonction, au sein de cercles bureaucratiques internes aux administrations nationales européennes ou même à  l'Otan, comme «une entreprise du complexe militaro-industriel américain  pour accroître son emprise commerciale et ses revenus». «Pourquoi personne ne dit cela en Europe et à l'Otan?», – voilà une interrogation que nous entendons souvent et que nous nous faisons éventuellement à nous-mêmes, – mais la réponse nous paraît très vite évidente.
L'unanimité de l'Otan sur cette question est une unanimité par abdication intellectuelle complète, produit direct de la corruption psychologique que nous décrivons ici. Les effets en sont la perte du sens individuel de la responsabilité collective, facilité notamment par la perte des références courantes de la responsabilité politique ».

Philippe Grasset espère que la crudité d'un langage d'opposition à de tels projets sera seule capable de forcer la pensée à réagir contre les automatismes imposés par la corruption psychologique qu'il dénonce. Nous en sommes moins convaincus car les intérêts matériels et politiques en jeu sont trop forts pour se laisser facilement désarmer. Cependant, comme nous n'avons pas d'autres armes, à notre modeste place, que la crudité de ce langage, nous sommes obligés de conclure que les programme militaires américains sont des con...  monstrueuses et que les hommes politiques et diplomates européens qui acceptent de se les faire enf...(imposer) sont ...de grands naïfs. 
Les notes :
10/04/2008
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