6 juin, opération américaine de Public Relations relayée platement par la France
Beaucoup de nos correspondants, dont de nombreux gaullistes, se sont indignés de voir la façon dont le gouvernement français a relayé, avec un incroyable mépris pour le projet européen, l'opération de public relations que Washington avait orchestré de bout en bout à « Obama Beach ». Ils nous demandent de faire passer ici leur protestation. Nous nous y associons pleinement.
Qu'un président américain honore ses morts sur les plages normandes, c'est son affaire. Tous ses prédécesseurs ou presque l'ont d'ailleurs fait. Mais qu'un gouvernement français lui serve uniquement de faire-valoir en une telle occasion ne s'était jamais vu à un tel degré. C'est bien pourtant ce qui s'est passé hier 6 juin. Après avoir vainement tenté de se positionner comme l'interlocuteur privilégié de Barack Obama, le président français a fait montre d'une maladresse diplomatique qui n'était certainement pas fortuite. Il a mis en valeur uniquement les Américains et les Canadiens. Ceux-ci, quoi que l'on ai dit depuis, ne se préoccupaient pas beaucoup à l'époque du sort des Européens mais obéissaient – comme normal – aux ordres de leur commandant en chef.
Les Anglais, premiers et plus importants acteurs dans la guerre contre les nazis, n'avaient été invités qu'in extremis, après une incroyable insulte à l'égard de la Reine. Les Russes, quant à eux, n'ont été ni invités ni mentionnés. Pourquoi Dmitri Medvedev n'était-il pas là, alors que son pays, plus qu'aucun autre, a subi la charge nazie puis a, sur le front de l'est, au moins autant que tous les autres, contribué à la capitulation du 8 Mai 1945 ? La résistance française, par ailleurs, a été passée sous silence. Elle avait pourtant beaucoup donné.
Enfin les Allemands ont été traités par le mépris, comme s'ils étaient encore des ennemis. En 2005 Jacques Chirac avait convié le Chancelier Schroeder et avait ainsi témoigné, par cette invitation fortement symbolique, qu'une page de l'histoire était tournée et qu'une nouvelle ère, porteuse de paix et d'amitié, était désormais ouverte. C'est dire combien l'absence d'Angela Merkel en Normandie a été regrettable, d'autant plus que la veille à Buchenwald elle avait tenu à accompagner le Président américain.
Comment dans ces conditions vouloir que les citoyens français s'intéressent beaucoup à l'Europe? Plus que jamais c'est l'Europe américaine qui est mise en vedette par le pouvoir actuel. Il ne faut pas en chercher les raisons bien loin.
07/06/2009