Ségolène Royal plaide pour une Constituante européenne
Ségolène Royal a proclamé le 27 mai, lors d'un meeting à Rezé commun avec Martine Aubry, que le moment était venu de créer les États-Unis d'Europe. La candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007 montre ainsi aux partis socialistes européens que ce ne sera pas la timidité qui permettra de renouer avec le fédéralisme des pères fondateurs.
Dans un discours très offensif, elle a invité le Parlement européen à se transformer en Constituante : « n'écoutez pas ceux vous dirons que ce n'est pas votre mandat : les délégués des États généraux n'avaient pas non plus reçu mandat de déclarer les Droits de l'Homme, pourtant ils l'ont fait. N'hésitez pas, députés socialistes, à faire entrer l'Europe dans l'histoire. Appelez les parlements nationaux en renfort (...), appelez les peuples en soutien ». « Nous voulons plus d'Europe, nous voulons une Europe de plus. Vous devez faire l'Europe unie, l'Europe unie des peuples d'Europe ».
Pour elle, si les citoyens s'éloignent de l'Europe, c'est parce que « nous restons en deçà des désirs des peuples ». Si elle n'a pas détaillé la constitution qu'elle voulait, elle a néanmoins indiqué qu'elle souhaitait l'élection au suffrage universel d'un « Président de l'Europe » et des « listes transnationales » pour les prochaines élections européennes. Pour elle, l'alternative est simple : « ou l'Europe marche vers l'unité politique, ou elle se disloque dans les nationalismes. Et comme l'a dit François Mitterrand, le nationalisme c'est la guerre ».
Ce discours courageux a été accueilli avec scepticisme, sinon avec ironie, non seulement par les socialistes français, mais par l'ensemble des média (hormis l'excellent Bernard Guetta dans sa chronique sur France Inter le 29 au matin). Le discours de Ségolène Royal avait pour but de lancer un vrai débat sur le projet européen : faut-il revenir à l'État nation, s'en tenir à l'existant ou accélérer le mouvement, face aux crises qui menacent le monde ? Même si personne ne semble s'intéresser à un tel débat, il est bon que des personnalités de premier plan ose le lancer. Souhaitons que l'exemple donné ne reste pas isolé. Pour nous, même si l'hirondelle Ségolène ne fait pas encore le printemps, elle offre un signal encourageant. Nous ne manquerons pas à notre petite place de donner de l'écho aux propositions iconoclastes de cette trempe.
01/06/2009