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La Chine remplacera-t-elle définitivement les Etats-Unis comme hyper-puissance mondiale ?

Dans un article très documenté publié par Mediapart (cf. lien ci-dessous) l'auteure revient sur le sujet du vaste projet chinois de Nouvelle Route de la Soie (OBOR). Nous en avons souvent discuté ici. Inutile d'en donner une nouvelle analyse.

L'article attire néanmoins l'attention sur un point dont l'importance n'échappera à personne. Si la Chine réussit à mener ce projet à bien, elle supplantera définitivement les Etats-Unis dans le rôle d'hyper-puissance mondiale.

Contrairement aux Etats-Unis qui, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, avaient conquis ce titre principalement par un déploiement de moyens militaires dans une grande partie du monde, la Chine est en train de le faire en consacrant des ressources équivalentes à des investissements d'infrastructures qui seront très bien accueillis par les pays que traversera l'OBOR. Ceux-ci pourront en effet y greffer de nombreux projets de développement, très diversifiés, répondant à des besoins urgents auxquels seuls ils ne peuvent pas répondre.

Ce faisant la Chine constituera autour d'elle une alliance internationale qui ne sera pas aussi formalisée que l'Alliance Atlantique, mais qui aura une influence bien supérieure, car elle couvrira une partie du monde beaucoup plus vaste. Certes bien des obstacles peuvent empêcher l'OBOR de réaliser ses objectifs, à commencer par de nouvelles interventions militaires des Etats-Unis à l'égard de certains des pays intéressés. Cependant, d'ores et déjà, on peut penser que Washington ne sera pas capable de s'opposer aux projets de la Chine, sauf à entreprendre une guerre ouverte, nécessairement rapidement nucléaire, contre ce pays.

Un régime restant fondamentalement communiste

Ceci conduit à se demander sur quels atouts la Chine s'appuiera pour prendre la place des Etats-Unis comme puissance hyper-dominante. On citera le facteur  démographique. On rappellera  aussi que la Chine a très vite compris le rôle que l'enseignement supérieur scientifique et les diverses technologies associés aux sciences émergentes ont joué pour faire des Etats-Unis une puissance encore dominante, notamment dans l'Intelligence Artificielle et le spatial. La Chine travaille activement pour récupérer son retard.

Mais nous pensons pour notre part que la Chine est demeurée, malgré son ouverture au monde du néolibéralisme et de la finance, un pouvoir d'inspiration communiste – ce que la Russie demeure encore malgré ses efforts pour le faire oublier.

Un pouvoir d'inspiration communiste privilégie l'intervention de l'Etat pour réaliser les investissements stratégiques. En général, et notamment dans les domaines considérés comme essentiels, il n'accepte pas de les confier à des entreprises dites privées  mues par la recherche du profit immédiat au seul  bénéfice des actionnaires. Dans le recueil des financements nécessaires aux investissements, il n'hésite pas à imposer à la population les contributions nécessaires, fussent-elles aux dépends des exigences de consommation. Il ne compte pas pour ce faire sur des manipulations boursières ne profitant qu'à quelques uns.

Plus généralement, s'appuyant sur ces outils et ces processus, un pouvoir d'inspiration communiste se donne des plans de développement s'étendant si besoin est sur plusieurs décennies. C'est ce que vient de faire Xi Jinping lors de la dernière session du PC chinois. Même si ces objectifs restent soumis à des difficultés et des aléas que les citoyens bien informés n'ignorent pas, ils ont un effet mobilisateur que l'on cherchera en vain dans les prévisions de Wall Street et des journaux financiers occidentaux.

On fera valoir que le pouvoir chinois tolère, voire favorise, le développement d'une classe de super-riches qui entretiennent avec les responsables politiques des liens de corruption de plus en plus dommageables. Mais dans l'ensemble l'importance politique de la Chine n'en souffre pas dans sa compétition avec les Etats-Unis.

Faut-il rappeler que c'est sur certains de ces atouts que s'est appuyée la France d'après-guerre. Le parti communiste puis les mouvements socialistes interventionnistes y ont mis en place des Plans de modernisation et de développement privilégiant des investissements publics dans les secteurs jugés stratégiques. Certaines des structures de décisions instaurées à cette époque ont conservé de l'influence dans les premières années du Gaullisme. C'est à elle que la France a du des réalisations qui l'ont longtemps distinguée des autres pays européens.

Si l'Union européenne, se débarrassant de la tutelle américaine, voulait s'engager dans une compétition pacifique avec la Chine, en ayant recours à des solutions de même nature, elle pourrait peut-être sortir d'un sous-développement prévisible. Elle pourrait aussi coopérer utilement avec la Chine, sans se laisser progressivement acheter par elle. Mais rien aujourd'hui ne le laisse espérer. En tous cas, ce ne sera pas la France, sous la présidence Macron, qui l'incitera à s'inspirer de l'exemple chinois.


Référence

https://www.mediapart.fr/journal/international/310318/avec-la-route-de-la-soie-la-chine-veut-conquerir-leconomie-monde?onglet=full

 

01/04/2018
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