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Pakistan-Afghanistan : que devrait être la politique européenne ?

Le message qui ressortait implicitement des propos sur France Culture, le 14 mai, du journaliste pakistanais Ahmed Rashid, était clair: les Américains sont de plus en plus haïs par les populations locales. Le moins ils en feront, que ce soit sur le plan militaire ou diplomatique, le mieux ce sera. Il serait temps que la diplomatie européenne soit réorientée pour tenir compte de cette réalité.

France Culture, dans sa matinale du 14 mai, a donné la parole à Ahmed Rashid,  journaliste pakistanais. Spécialiste des talibans, il est consultant auprès de l'administration Obama pour tout ce qui concerne la géopolitique de la région pakistanaise et afghane (Afpak). Son dernier livre, bien que nécessairement un peu en retard sur l'actualité, paru en français sous le titre « Le Retour des talibans », met en évidence l'échec stratégique, diplomatique et politique des « Occidentaux », et en premier lieu des Etats-Unis,  dans cette zone.

Certes, Barack Obama semble aujourd'hui vouloir revenir sur certaines erreurs de la précédente administration. Le secrétaire à  la Défense, Robert Gates, vient par exemple de nommer le général Stanley McChrystal à la tête des forces américaines en Afghanistan, en remplacement de David McKiernan, à qui il était reproché de mener une guerre trop conventionnelle. Le Pentagone estime que la situation dans la région exige une "nouvelle approche", supposant vraisemblablement une plus grande pratique de la Guerre de 4e génération que mènent depuis longtemps les talibans  Dans le même temps, le gouvernement pakistanais, apparemment secondé pour une fois par l'armée et l'ISI (renseignements), conduit  actuellement une vaste offensive dans les zones tribales où s'étaient déployées récemment des forces talibanes pakistano-afghanes, suite à l'autorisation d'y appliquer la charia donnée précédemment et bien imprudemment par le gouvernement. La menace sur la capitale se précisait, ce qui avait beaucoup inquiété les Etats-Unis et d'autres Etats de la région, notamment l'Inde.

Peut-on penser pour autant que la supposée nouvelle politique  américaine soit la bonne ? Mais surtout, pour ce qui nous intéresse plus directement, peut-on penser que la diplomatie européenne prenne un bon chemin en continuant à suivre passivement les orientations définies à Washington. En ce qui concerne la France, Bernard Kouchner se rend le 14 mai  en Afghanistan pour une visite de trois jours, accompagné de Pierre Lelouche,  au cours de laquelle il sera reçu par le président Hamid Karzaï et par le président de l'Assemblée nationale Yunus Qanooni. Mais il est déjà évident que la France ne proposera aucun changement substantiel de stratégie.

Dans ces conditions, pouvait-on trouver dans les propos d' Ahmed Rashid sur France Culture l'amorce de conseils pertinents sur la politique que devraient suivre tant l'Amérique que l'Europe dans la zone Afpak pour renverser le rapport de forces actuellement très en faveur, sur le terrain, des talibans, anciens ou nouveaux ? Nous devons avouer que nous n'avons rien entendu de tel, de la part d'Ahmed  Rashid,  au moins prononcé explicitement. Le message qui ressortait implicitement de ses propos était tout autre : les Américains sont de plus en plus haïs par les populations locales. Leur présence et les bavures collatérales en découlant attisent le feu. Le moins ils en feront, que ce soit sur le plan militaire ou diplomatique, le mieux ce sera.  Nous doutons que Barack Obama puisse entendre, et moins encore appliquer un tel message. Pour ce qui concerne la diplomatie européenne (à supposer qu'il existe quelque chose de tel qui ne soit pas entièrement pénétré d'atlantisme),  nous pensons au contraire qu'il serait temps de le comprendre et le traduire par un programme explicite. Que pourrait être ce programme ?

Un programme européen en trois points

1. Si les interventions diplomatiques et militaires américaines, officielles ou souterraines, n'ont qu'un seul résultat aujourd'hui, favoriser l'islamisme et la guérilla, sous toutes leurs formes, il faudrait exiger que ces interventions cessent complètement. En bref, que les Américains se retirent militairement et autrement, non seulement de l'Afpak mais sans doute aussi de tout le Moyen-Orient.  L'Europe devrait évidemment faire de même, notamment en refusant sa participation à une Otan entièrement américanisée.

2. On dira qu'un tel retrait (à supposer qu'il soit techniquement réalisable) serait catastrophique en termes politiques, car il laisserait le champ libre aux « islamistes » et aux « terroristes ».  Nous affirmons au contraire que si les Américano-européens se retiraient, les Etats et forces politiques menacés par ces islamistes et terroristes se ressaisiraient et assureraient seuls leur défense, pour leur compte et avec leurs moyens propres. Ce serait d'abord le gouvernement d'Islamabad, mais aussi l'Inde, la Chine, les Etats arabes modérés et la Russie (sans mentionner l'Iran), qui ne veulent ni de la talibanisation ni de l'américanisation.  Le risque d'affrontement, y compris nucléaire, deviendrait fort, prétendraient nos experts « occidentaux ». Et alors ? Un conflit localisé contribuerait beaucoup à calmer les esprits, chez des gouvernements et populations qui en principe ne sont pas suicidaires. L'Amérique, en prétendant protéger ces peuples contre eux-mêmes, leur rend le même mauvais service que des parents qui maintiennent en tutelle un enfant majeur pour l'empêcher de céder à ses prétendus mauvais penchants. Ceci d'autant plus que l'on suspecte à juste titre l'Amérique de vouloir en priorité  protéger leurs intérêts dans la région.

3. Mais alors, à supposer que momentanément les islamistes et terroristes acquièrent des positions fortes, par exemple en submergeant un Pakistan doté de l'arme nucléaire, ne serait-ce pas tout le reste du monde qui serait menacé ? Nous pensons que cet argument, manié volontiers par un Pierre Lelouche profondément atlantisé, est une plaisanterie. Les Etats dits « occidentaux », Etats européens compris,  sont assez forts, assez bien armés, assez dotés en services de renseignements efficaces, pour se protéger contre de telles éventuelles menaces. Au  lieu de s'épuiser à se battre, prétendument pour les autres, en dehors de leurs frontières, ils feraient mieux de défendre leurs propres frontières. Si dans une telle démarche, les Européens se démarquaient clairement des Américains, autrement dit s'ils cessaient de susciter par procuration la haine que suscite encore l'Amérique, ils seraient alors encore mieux armés pour se défendre...notamment vis-à-vis de mouvements terroristes éventuels pouvant s'implanter sur leur sol.

On voit que la politique européenne préconisée ici serait assez différente de l'actuelle. Mais faudra-t-il attendre que l'Amérique mette la région Afpak à feu et à sang pour s'y résoudre ? Nous sommes trop près du centre des conflits (comme d'ailleurs la Russie) pour s'aligner sur des gens (les Américians) qui, en cas d'aggravation brutale de la situation, pourraient toujours se retirer chez eux, à l'abri de deux océans. Nous devons enfin penser et agir par nous-mêmes.

14/05/2009
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