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Protéger le système bancaire ou le nationaliser ?

La bonne circulation de la monnaie est indispensable à la santé de l'économie. C'est le réseau des banques de dépôts qui en est responsable. Aujourd'hui, face à la crise, il faut réformer ce réseau de fond en comble, dans le monde entier. Ceci, pour nous, signifie le nationaliser.

Jean Peyrelevade, dans un article du 7 mai 2009 (Le Monde, p.19), invite à l'abandon des diagnostics sommaires sur la crise du capitalisme.  Plus importante pour lui que la crise du capitalisme est la crise de l'économie, menacée dans l'une de ses fonctions essentielles, la fonction monétaire. La monnaie sous ses diverses formes a toujours été indispensable aux échanges. Aujourd'hui, avec la dématérialisation, sa création est sous la responsabilité du système bancaire. Le crédit bancaire crée la monnaie. Il s'agit d'un bien public. Tout crédit non remboursé et a fortiori toute défaillance bancaire, mettent en cause la confiance dans la monnaie. La banque est donc un service public qui doit être géré comme tel. Toutes les mesures de régulation envisagées actuellement (agences de notation, fonds spéculatifs, fonds d'investissements, rémunérations, transparence, etc.) ne sont pas inutiles mais sont accessoires au regard de la nécessité de protéger le système bancaire. La création d'une banque centrale ne suffit pas.

Pour protéger le système bancaire, il faut le ramener à sa fonction originelle. Son métier n'est pas de prendre des risques, mais au contraire de créer de la monnaie sans risques, autrement dit de se borner à anticiper de quelques semaines ou mois des règlements dont le caractère est certain. Ceci signifie utiliser les dépôts qui lui sont faits à financer le fonds de roulement de l'économie. A cela et à rien d'autre. Le risque long, entrepreneurial ou d'investissement, relève des fonds propres des épargnants, des entreprises ou des Etats. Les risques spéculatifs doivent lui être purement et simplement interdits.

Pour ramener le périmètre de la banque de dépôts à cette mission, afin de réguler le risque bancaire, les Etats doivent accroître fortement les exigences de fonds propres des banques 1). Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. En France, le total des passifs des banques, qui ne sont pas les pires, est de 17 fois leurs fonds propres. Il s'agit de ratios d'endettement, acceptés par la puissance publique, que les banques elles-mêmes interdisent à toute entreprise. Quand tout va bien, les rentabilités sont excellentes. Les crédits octroyés rapportent et les directions s'enrichissent. Mais quant tout va mal (ou moins bien) les banques ne peuvent plus prêter.

Ce n'est donc pas le capitalisme qu'il faut moraliser, mais les conditions de la création monétaire, y compris aux Etats-Unis. Il faut en fait revoir le système de fond en comble.

***
A première vue, on ne peut qu'être d'accord avec Jean Peyrelevade.  Les Etats devraient accroître fortement les exigences de fonds propres des banques de dépôt. Mais nous pensons que cela ne suffira pas. Il sera toujours possible de tourner ces exigences de différentes façons, surtout si la conjoncture se rétablit. Nous défendons ici la thèse selon laquelle il faudrait mettre à la tête des banques des représentants des Etats, eux-mêmes obligés de respecter des normes strictes. Mais ceci serait inefficace si les capitaux propres des banques restaient privés. Autrement dit, il faudrait nationaliser l'ensemble des banques de dépôt dans le monde, en dédommageant évidemment les possesseurs de ces capitaux par l'octroi de titres non négociables. L'Europe pourrait très bien donner l'exemple en adoptant une telle mesure pour les établissements opérant dans son orbite réglementaire et économique.

Rappelons que les prêts à long terme relèvent d'une toute autre logique. Mais comme en période de crise, aucun capitaliste privé ne se lancera dans de telles opérations, on conclura que là encore les organismes en charge de tels prêts devront nécessairement relever de la tutelle des Etats, seuls capables de procéder à de tels prêts à long terme en « créant » le temps nécessaire les sommes nécessaires, avant d'encaisser les retours sur investissements. 

1)   Les capitaux propres ou fonds propres d'une entreprise sont l'ensemble des ressources couvrant son risque, c'est-à-dire celles qui ne seront en principe remboursées qu'avec la liquidation de l'entreprise (fonds propres), ou celles qui ne doivent être remboursées qu'à très longue échéance (quasi-fonds propres). Ces fonds sont en général apportés par les actionnaires.

Pour une banque, les dettes sont essentiellement constituées des dépôts à vue. Les actifs financiers sont constitués des crédits octroyés. C'est en effet la finalité d'une banque de distribuer du crédit !

La solvabilité d'une banque est donc sa capacité à faire face aux demandes de retrait de ses déposants. Et cela fait partie de la responsabilité des autorités de tutelle, de s'assurer que les banques sont bien aptes à faire face à leurs obligations. Il y va en effet de la stabilité de l'économie tout entière d'un pays.

On  voit que pour pouvoir distribuer davantage de crédit, la banque doit soit collecter davantage de dépôts, au risque de ne pas pouvoir rembourser ceux-ci, soit renforcer ses capitaux propres.

Or une entreprise se trouve davantage en sécurité si une partie de son actif circulant n'est pas financée par des ressources qui viendront à échéance dans l'année. L'actif présente toujours un caractère aléatoire et donc risqué (en particulier quand il est constitué essentiellement de créances comme pour les banques!), alors que les dettes, elles, sont inéluctables ! C'est pourquoi il faut qu'une partie de l'actif soit financé non pas par des dettes mais par du capital.

D'autre part si on impose à une banque d'augmenter ses fonds propres elle a plus à perdre en cas de faillite et aura donc tendance à adopter des activités moins risquées.

Le niveau de fonds propres est garant de la solidité financière de l'entreprise. Les fonds propres sont donc garants de la solvabilité de la banque face aux pertes que les risques pris à l'actif sont susceptibles d'engendrer.

Pour toutes ces raisons, le ratio de solvabilité, dans le cas des banques, s'exprimait initialement par le rapport du montant des fonds propres au montant des crédits distribués, ceux-ci étant pondérés par leur caractère plus ou moins risqué. Dans sa nouvelle version, le ratio prend en compte d'autres catégories de risque que le risque de crédit, à savoir le risque de marché et le risque opérationnel (source http://www.fimarkets.com/pages/ratio_solvabilite_mcdonough_cooke.htm#banque)

13/05/2009
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Des engagements hors bilan irraisonnables
14/05/2009 22:28:56 | Par : Joseph Leddet
A vrai dire, je pense toujours davantage que notre secteur « bancassurance » est totalement mité et au bord de l'effondrement, à cause notamment de ses engagements hors bilan tout à fait irraisonnables ; je crois qu'il serait bon que toutes les entreprises de banque et d'assurance françaises et internationales produisent sans tarder la liste nominative de leurs contreparties en matière de CDS (Credit Default Swaps), change à terme, swaps « classiques ou modernes», et tout ce qui concerne le reste de leur « hors-bilan », et aussi le « in-bilan » dangereux ( montant des prêts à AIG, Lehman Brothers, Ford, GM, Etat hongrois ou islandais….).
Mais on peut craindre que les dirigeants des organismes fassent pression sur les hommes politiques afin d'avoir l'argent sans prendre aucun engagement, en arguant du risque d'explosion populaire.


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