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Google en France. Merci Google.

Nous suivons ici depuis quelques années la volonté de ceux qui dirigent Google pour faire de ce groupe la tête pensante du cerveau global devant maîtriser selon eux le monde dans 20 à 30 ans. Ray Kurzweil, désormais l'un des inspirateurs de Google, l'avait clairement affirmé il y a quelques années.

Ceci doit se faire notamment par l'achat systématique de toutes les start-up et entreprises investissant dans ce domaine, que ce soit au sein de la Silicon Valley ou dans d'autres grands et petits pays. Ce projet rencontre généralement l'accord de tous les gouvernements où Google installe ses laboratoires. Ils en escomptent la création d'emplois hautement qualifiés, susceptible d'irriguer les autres secteurs de l'économie, confrontés à la révolution numérique.

Mais l'expérience a montré qu'il n'en était rien. Sauf quelques exceptions, les ingénieurs recrutés et formés par Google y restent. Ce faisant ils renoncent à servir les intérêts du pays dont ils proviennent. Ils ne servent que les intérêts de Google, qui lui-même s'est mis dans une symbiose complexe à déchiffrer, au service des stratégies civiles et militaires de l'Etat profond américain.

Comme toujours dans une situation d'inégalité, les pays dominants mettent en concurrence les pays dominés pour obtenir de celui qu'ils choisissent les meilleures conditions d'accueil, y compris sous forme d'une aide financière gouvernementale destinée à convaincre le dominant de le préférer aux concurrents.

Cette vieille histoire vient de se répéter en France. A l'occasion d'une rencontre de son PDG Sundar Pichai avec le président français Emmanuel Macron à Versailles le 22 janvier 2018, il a été annoncé que Google allait ouvrir en France un centre de recherche fondamentale dévolue à l'intelligence artificielle.

Ce centre de recherche devrait être le troisième du groupe après Mountain View (Californie) et Zürich (Suisse). Sundar Pichar pour justifier ce choix a expliqué que « Les différentes réalisations de la France dans les domaines de la science, de l'art ou encore dans le domaine académique en font un lieu idéal pour la création d'un centre de recherche fondamentale sur l'intelligence artificielle ». En parallèle, Google va augmenter le nombre de ses salariés en France pour le faire passer de 700 à 1 000 personnes.

Google a par ailleurs annoncé l'ouverture de quatre centres répartis sur l'Hexagone qui proposeront des formations gratuites avec pour objectif de former 100 000 personnes chaque année au numérique. Cette formation visera, bien que cela n'ait pas été dit, à former des utilisateurs de Google afin qu'ensuite ils contribuent à la santé financière de la firme 1).

Facebook avait déjà annoncé plus tôt ce jour son intention de doubler le nombre de chercheurs de son centre sur l'intelligence artificielle créé en 2015 à Paris, qui passera de 30 à 60. Ce centre, le « FAIR Paris », est l'un des quatre sites mondiaux de Facebook sur l'intelligence artificielle où il mène des recherches fondamentales.

Ces annonces des deux groupes américains sont du « registre de l'emblématique », souligne-t-on à l'Élysée, c'est « très important pour nous car un signal de la compétitivité de la France dans l'intelligence artificielle ».

Quel jeu joue Emmanuel Macron?

Emmanuel Macron, formé aux stratégies de Wall Street, ne peut pas ignorer qu'en attirant Google ou Facebok, il met les compétences françaises au service de ces stratégies. Mais aux critiques éventuellement faites à ce sujet, il aura beau jeu de demander à ces critiques s'ils préféreraient voir Google ou Facebook s'installer, par exemple, en Allemagne. 

Si Emmanuel Macron voulait vraiment développer l'intelligence artificielle, la robotique et autres technologies émergentes en France, il devrait y mettre un peu de crédits budgétaires au service de projets équivalents à ceux que financent pour leur part la Russie et la Chine. Ces puissances ont la volonté de s'affranchir de la domination américaine en matière de numérique. Les premiers résultats montrent qu'ils sont en bonne voie pour le faire. A supposer que la France seule ne puisse entretenir une telle ambition, l'Allemagne et d'autres pays européens accepteraient certainement de s'unir, comme ils l'avaient fait précédemment dans le domaine du spatial avec l'Agence spatiale européenne.

Encore faudrait-il avoir assez de vision pour leur proposer de le faire. Quant aux crédits nécessaires, plutôt que financer directement ou indirectement Google et les autres GAFA, ils pourraient provenir des impôts que ce secteur se refuse encore à payer en France.

1) Rappelons que Google comme Facebook font partie des 1% d'ultra riches qui accaparent 70% ou plus des ressources mondiales. Faut-il les aider à en accaparer quelques % supplémentaires? Sur ce sujet, on lira le dernier rapport de l'Oxfam
https://www.oxfamfrance.org/actualites/justice-fiscale/contre-inegalites-pesons-tout-notre-poids

PS. 

On peut ajouter à la liste Netflix, qui est en train de cannibaliser la production et la diffusion audiovisuelle dans le monde entier. Le contrôle est total. C'est la guerre de conquête moderne dans les pays civilisés : elle ne dit pas son nom, il n'y a pas de morts directs, on paye pour se faire occuper, et on en redemande encore.

23/01/2018
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