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Questions sur l'efficacité des anti-missiles américains

Rappelons que ces anti-missiles sont censés protéger contre des missiles de courte à moyenne portée, soit 800 km maximum environ. La protection contre les missiles à longue portée, dits intercontinentaux ou ICBM, relèvent de techniques bien plus sophistiquées.

Les missiles à courte portée, que nous désignerons ici simplement par le terme de missiles, sont fabriqués ou achetés dorénavant par la plupart des pays en conflits. Les soviétiques en avaient développés une version avancée pour l'époque, dite Scud, dérivée du V2 allemand. Il a été progressivement modernisé. Il a été utilisé des centaines de fois par divers pays. Ceux-ci, même quand ils n'en fabriquent pas, peuvent facilement en importer (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Scud )

Leur système de transport et de tir, dit système tracteur-érecteur-lanceur peut être utilisé sur tous terrains. Ils peuvent aussi être montés sur des vedettes maritimes. Ils sont relativement discrets, en ce sens que leur détection par voie aérienne ou par satellite, n'est pas aisée. Cependant, leur maniement n'est pas à la portée de personnels non formés (voir image).

Les Américains ont développé en défense contre de tels missiles, des systèmes anti-missiles, dits ABM (anti-ballistic-missil. Le modèle le plus répandu est le Patriot dans sa version MIM 104 (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/MIM-104_Patriot)

Le Patriot est beaucoup plus complexe que le Scud. Il conjugue un système avancé de missile d'interception anti-aérienne et l'un des radars les plus performants du monde pour la détection et la poursuite des cibles. Outre en ce qui concerne leur usage propre, les Etats-Unis ont installé un certain nombre de systèmes Patriot dans les pays alliés, ceci pour les protéger de tirs de missiles provenant de pays supposés adverses, principalement de Russie. Ils en ont vendu notamment à l'Arabie saoudite. La Pologne est en cours de négociations pour en acquérir (voir note 1 ci dessous). Aujourd'hui, les Etats-Unis exercent une pression considérable sur l'Otan pour qu'elle se dote d'anti-missiles THAAD, Terminal High Altitude Area Defense, version modernisée du Patriot (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Terminal_High_Altitude_Area_Defense)

L'installation de systèmes anti-missiles de type Patriot dans un pays allié suppose que celui-ci accepte l'implantation permanente de spécialistes militaires américains, qui gardent la responsabilité de la mise en oeuvre du système. Autrement dit, ces pays perdent tout ou partie de leur indépendance militaire ou diplomatique, sans mentionner le fait qu'en achetant des Patriot, ils contribuent à couvrir le déficit du budget militaire américain.

Beaucoup d'alliés des Etats-Unis, convaincus par leur partenaire américain de la menace que selon lui représenterait la Russie avec ses missiles, se sont décidés à acquérir des anti-missiles Patriot. C"est le cas des Saoudiens. Encore faudrait-il que ces anti-missiles soient efficaces.

La flèche et la cuirasse

Or on retrouve en ce domaine la vieille question de l'efficacité de la flèche contre la cuirasse. Cette dernière dans l'histoire s'est trouvée incapable de protéger ceux qui s'alourdissaient pour en porter. On peut penser qu'il en sera de même avec les contre-missiles opposés aux missiles. Sans entrer dans des discussions techniques, il suffit de considérer qu'un agresseur pourra toujours saturer d'essaims de missiles faciles à fabriquer ou acquérir des systèmes anti-missiles lourds à déployer et à mettre en œuvre, que ce soit sur terre ou sur mer,

La preuve de cette faiblesse des Patriot vient d'être donnée par un évènement qui n'a pas eu beaucoup d'échos sauf chez les stratèges militaires. L'annonce avait été faite que le 4 novembre dernier, des Patriot saoudiens avaient abattu un Scud sans doute d'origine iranienne, tiré par les « rebelles » Houthis du Yémen, et qui visait l'aéroport de Ryad. Les Saoudiens, relayés par Donald Trump, en avaient profité pour vanter l'efficacité de leur défense anti-missiles.

Or très vite, il est apparu aux experts américains ayant examiné plus en profondeur les circonstances de cet événement, que le Patriot saoudien avait bien intercepté le Scud houthi et l'avait coupé en deux. Malheureusement, l'ogive armée du missile s'était détachée du corps – ce qui sans doute avait être prévu en ce sens – et avait frappé l'aéroport international de Ryad. Elle n'avait pas fait de victimes mais à quelques centaines de mètres près, ce n'aurait pas été le cas.

Un article très détaillé du New York Times décrit les éléments de l'enquête (voir note 2). Il est facile de comprendre que si les Houthis relativement mal équipés avaient pu se procurer un Scud, ils pourraient en avoir et en utiliser d'autres à l'avenir. De plus, si ce Scud venait d'Iran, ce pays pourrait en fournir de nombreux autres à ses alliés de l' « axe chiite ». Ce faisant, l'Iran conforterait son importance d'arbitre dans la région, au détriment du rôle que voulait jusqu'ici se donner l'Arabie saoudite.

Inutile d'ajouter que Washington et Moscou, qui se disputent l'influence au Moyen-Orient, avec avantage semble-t-il définitif à la Russie, ne sont pas restés indifférents à l'aventure révélatrice du Scud houthi.

La Russie et la Chine étant en train de développer des générations de missiles bien plus efficaces que le Scud, le Pentagone ne manquera pas d'y réfléchir. Ainsi ces missiles, employés simultanément à plusieurs exemplaires, seraient parfaitement capables d'envoyer par le fond les orgueilleux porte-avions américains, que ne défendraient pas suffisamment leurs propres missiles anti-balistiques ou ceux de leur groupes navals d'accompagnement.

Notes

  1. http://www.zerohedge.com/news/2017-11-27/polands-patriot-missile-purchase-paid-bribe-america
    Aux dernières nouvelles (11/12/2017), les Polonais s'interrogeraient...

  2. https://www.nytimes.com/interactive/2017/12/04/world/middleeast/saudi-missile-defense.html?smid=tw-share

  3. On lira sur ce sujet une étude complète sur les deux systèmes, publiée à la date du 11/12/2017
    http://theduran.com/matchup-s400-patriot-missile-system/

07/12/2017
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