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Yémen. Ce que la France semble ignorer.

Ce sont les séculaires oppositions entre religions chiite et sunnite qui ont toujours servi de support aux conflits entre puissances musulmanes au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Ce sont elles aussi qui continuent à justifier les massacres de populations résultant de ces conflits.

Il ne faut pas cependant perdre de vue que, derrière ces oppositions et les attisant, se trouvent les rivalités entre Etats ou provinces visant à s'attribuer la souveraineté sur les territoires et leurs ressources. Sans ces rivalités, dégénérant le plus souvent en guerres plus ou moins étendues, les oppositions religieuses pourraient perdre un partie de leur virulence. L'Europe avait connu cela il y a 500 ans du temps des guerres de religions. Le protestantisme était dans l'ensemble soutenu par les Etats du nord et le catholicisme par ceux du sud. La volonté de ces Etats et des intérêts économiques européens pour s'approprier le pouvoir sur l'ensemble de l'Europe avait justifié les massacres commis au nom de ces religions.

Il en est de même, à une bien plus petite échelle, de ce que l'on appelle aujourd'hui la guerre au Yémen. Celle-ci oppose les houthistes, qui adhèrent à une branche du chiisme (le zaïdisme) ayant gouverné le nord du pays pendant près de 1.000 ans jusqu'en 1962, et les sunnites, fortement imprégnés de salafisme, qui ont toujours été majoritaires au sud. Or l'Arabie saoudite, qui voit son influence au Moyen Orient se rétrécir progressivement, a jugé bon d'encourager avec des moyens militaires de plus en plus puissants les sunnites du sud à éliminer les houthistes au nord.

Mais derrière ces deux adversaires, il faut bien voir qu'attisant le conflit se trouvent les Etats-Unis, d'une part, l'Iran, la Russie et de plus en plus la Chine d'autre part. Les Etats-Unis, qui voient leur puissance au Moyen-Orient décroitre rapidement du fait de leurs erreurs stratégiques, ne veulent pas voir celle-ci disparaitre à la corne de l'Afrique, et notamment au Yémen. Iran et Russie, à l'opposé, ne veulent pas voir l'Amérique dominer militairement un pays dont la neutralité est essentielle pour la liberté de la navigation dans les détroits et l'accès au port de Hodeida sur la mer Rouge.

Il conviendrait  de reconnaître que c'est l'Arabie saoudite qui a en quelques mois rendu la guerre au Yémen aussi meurtrière pour les populations civiles qu'elle l'est actuellement. Le roi Salman et aujourd'hui son prochain successeur Mohammed bin Salman veulent absolument réussir « leur » guerre au Yémen, alors que partout ailleurs ils n'enregistrent que des échecs. Dotés d'une armée de mercenaires équipée de matériels lourds, ils espéraient rapidement venir à bout de l'insurrection houthie. Cela n'a pas été le cas.

Retour en arrière

Rappelons qu'en 2011, une insurrection « populaire » largement soutenue par l'Amérique avait poussé au départ le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978, jugé entre autres trop proche de Moscou. Celui-ci avait démissionné au profit de son vice-président Abd Rabbo Mansour, « démocratiquement» élu début 2012 grâce aux pétro-dollars des pays du Golfe et favorable à l'Arabie saoudienne sunnite. Les houthistes chiites ont refusé de reconnaître l'autorité du nouveau président et se sont ralliés à l'ancien président, qui n'avait pas perdu tout espoir de reconquérir son pouvoir.

En 2014, les désormais « rebelles » houthistes ont refusé la formation d'un Etat fédéral. A la suite d'une offensive éclair, ils se sont emparés de la capitale Saana et du palais présidentiel, puis du port de Hodeida.

En 2015, le président avait fui Aden, la capitale provisoire où il s'était réfugié, et s'était exilé en Arabie Saoudite. C'en était trop pour cette dernière qui se voyait éliminée de son influence dans la région. A la tête d'une coalition regroupant 9 pays arabes, Ryad a lancé alors l'opération aérienne « Tempête décisive » destinée à déloger les rebelles et à éviter que l'Iran puisse s'implanter sur son flanc sud via un pouvoir chiite. En riposte, les Houthistes sont entrés à Aden. Malgré ses efforts et ses bombardements, la coalition s'est, depuis, totalement enlisée. Le pays est désormais coupé en deux : les houtistes au nord, et les partisans de Hadi au sud.

Le bilan humain chez les populations civiles est désormais jugé insupportable par la communauté internationale. Mais celle-ci ne fait rien pour arrêter les bombardements incessants provenant de la coalition arabe. Dans la mesure où cette communauté reste largement dominée, notamment dans les institutions internationales, par les Etats-Unis et dans une large mesure par Israël, elle ne veut pas voir l'influence iranienne prendre un pied solide dans la Corne de l'Afrique. Sinon, une intervention plus que ferme auprès de Ryad pourrait les calmer

On lira ci-dessous un article publié par le site américain libéral Counterpunch qui, entre autres données, essaie de chiffrer les pertes humaines déjà enregistrées et évaluent celles qui ne manqueront pas de se produire si la coalition arabe ou mieux américano-arabe anti-Houtistes continue à sévir.

https://www.counterpunch.org/2017/11/27/a-less-than-modest-proposal-to-end-the-war-in-yemen/

* Voir aussi un article français avec lequel nous sommes pleinement d'accord
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-france-complice-d-un-crime-de-199081

 

27/11/2017
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