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Elections européennes et démission du politique

Nous ne pouvons dire exactement ce qu'il en est des autres pays européens. Mais pour la France, ce terme de démission du politique, à l'approche des prochaines élections au Parlement de Strasbourg, s'impose.

On aurait pu penser qu'avec la montée de la crise économique et à plus long terme de la crise climatique, les partis et les hommes politiques français ressentiraient le besoin de se rapprocher de ceux des autres pays européens pour définir des politiques de sauvegarde et de développement communes. Les élections au Parlement européen auraient du être l'occasion d'en discuter avec les citoyens. Il n'en sera manifestement rien, cette année encore.

Les traités européens actuels, qui n'ont pas été réformés dans le sens de la mise en place d'une entité constitutionnelle européenne cohérente, contribuent évidemment au phénomène.  Il aurait fallu faire de la désignation du Parlement une opération qui ne soit pas liée aux enjeux politiques nationaux. Si tous les citoyens européens avaient voté le même jour pour des listes communes, l'affaire aurait pris une toute autre tournure. Mais, même dans le cadre juridique actuelle, il aurait été possible de faire émerger des objectifs communs et de long terme pour l'Union, si quelques personnalités fortes, fussent-elles en petit nombre, avaient décidé de se faire les porteurs d'une dynamique européenne adaptée aux enjeux de ce siècle.

Que ce ne soit pas le cas en France, pays réputé, sans doute à tort,  pour son goût des grandes idées et des grands programmes, est particulièrement scandaleux. Les deux partis susceptibles de rassembler la majorité des suffrages, UMP et PS,  n'ont qu'une envie, minimiser l'enjeu des élections voire en éloigner les électeurs, afin de ne pas rendre évident le rejet que leur attire leur incapacité à proposer, au simple plan français, des politiques audacieuses. Les autres, nous pensons plus particulièrement au Modem et aux Verts (malgré les efforts héroïques de Daniel Cohn Bendit) ne savent que faire de l'anti-sarkozysme (d'ailleurs pleinement justifié, mais qu'il vaudrait mieux réserver aux débats intérieurs).  

Revenons aux cas particuliers de l'UMP et du PS. Nous pouvons considérer que l'UMP, pour sa part, est un corps sans tête, notamment dans le domaine des affaires européennes. L'alignement inconditionnel sur Nicolas Sarkozy prive ses représentants de toute initiative. Le cas douloureux de Rachida Dati n'en est qu'une illustration accentuée. Or Nicolas Sarkozy lui-même ne conçoit l'Europe que comme l'occasion de sa mise en valeur personnelle. Il l'a fait avec un certain succès, en jouant cependant comme toujours très solo, lors de la présidence française de l'Union en 2008. Mais maintenant, il se trouve devant les problèmes européens comme une poule devant un ver, si nous pouvons utiliser cette comparaison. Il ne sait pas quel bout les prendre pour se redonner un rôle visible. Les arguments sur lesquels il compte pour récupérer de la popularité en France même : lutte contre l'insécurité et l'immigration, n'intéressent pas les électeurs car ils savent bien que ces questions, à supposer qu'elles soient importantes pour les Européens, ne se traiteront pas dans les termes simplistes hérités d'un Sarkozy ancien ministre de l'Intérieur – et dont les résultats d'ailleurs, même sur ces plans, sont plus que discutables.

Quant aux « réformes » qu'il persiste à incarner, elles sont moins encore transposables eu Europe. Là encore les électeurs français le sentent très bien. Prôner le démantèlement des services publics et un modèle libéral de l'économie au moment où la crise imposerait de relancer des politiques publiques à long terme financées par l'impôt ne marchera pas en France et auraient encore moins de succès chez nos voisins. Ceux-ci au contraire commencent tous à trouver bien des mérites à l'ancien modèle social et colbertiste français.  Plus grave encore, ces « réformes » initialisées dans le désordre par le président ces derniers mois échouent toutes, généralisant un détestable climat social dont les futurs membres UMP du Parlement européen n'auront aucune envie de se vanter.

Le cas du PS est plus difficile à analyser. Ce parti a présenté, concernant l'Europe, en liaison avec d'autres partis sociaux-démocrates et des syndicats européens, un programme axé non sur ce que le PS a fait ou voudrait faire en France, mais sur ce que serait les perspectives d'une social-démocratie européenne. Beaucoup de bonnes choses y figurent, y compris dans le cadre de ce qui avait été nommé le pôle écologique. Mais les bonnes choses ne suffisent pas à soulever l'enthousiasme des électeurs. Aucune des grandes politiques (comportant les moyens budgétaires et de gestion administrative associés) dont nous nous sommes fait sur ce site les échos n'y figurent vraiment. Ne pas envisager la création d'Agences pour l'Energie, pour l'Environnement, pour la Santé, pour les transports publics, pour l'automobile verte, au-delà des pouvoirs embryonnaires qui sont ceux de l'actuelle Commission européenne, retire toutes portée aux propositions du PS. Pourquoi aussi éviter le thème des politiques spatiales et de défense européenne, ainsi que bien d'autres sujets pour lesquels la tradition régalienne du socialisme français, reprise en partie après la guerre par le Gaullisme, aurait tant de choses à faire valoir ? Pourquoi enfin ne pas endosser complètement les propositions d'un Nicholas Stern et du GIEC autour de la lutte contre les conséquences du réchauffement climatique ? Il est à craindre, paradoxe, que le PS se fasse dépasser sur sa gauche, dans ce  domaine particulier, par d'autres dirigeants  européens pourtant bien timides, Gordon Brown et Jose Luis Zapatero notamment.

Mais là encore, comme à l'UMP, le PS, au-delà des débats sur les propositions, est handicapé par la lutte des chefs, en vue non seulement de la direction du parti mais de la future présidentielle. Aucune personnalité d'envergure, incontestable, (mais si, mais si, il y en a...) ne veut sacrifier ses chances en s'envoyant si l'on peut dire en exil à Strasbourg. C'est absolument lamentable et d'ailleurs à courte vue. Nous sommes persuadés que des hommes et femmes de grande autorité et compétence, libérées par leur statut de parlementaire européen des luttes d'appareil, pourraient se faire reconnaître en Europe toute entière par l'audace et le bien fondé de leurs propositions. Elles se donneraient ainsi des chances de revenir ornées de lauriers briguer en France des mandats nationaux, y compris le plus élevé.

Arrêtons là ce constat pessimiste. Un mot supplémentaire s'impose cependant. Nous sommes de par nos activités actuelles très branchées sur ce que les média, classiques ou Internet, proposent concernant l'avenir de l'Union européenne. Beaucoup de bonnes choses pertinentes s'y écrivent et s'y disent. Mais le thème n'est pas encore aussi dominant qu'il devrait l'être. C'est pourtant, pour reprendre le mot de Gorbatchev, ce grand homme méconnu, notre maison commune qui est en cause.

25/04/2009
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Les Etats doivent prendre d'urgence le contrôle du secteur banque-assurance
25/04/2009 19:18:54 | Par : Joseph Leddet
Les Etats doivent prendre d'urgence le contrôle du secteur banque-asurance
25/04/2009 19:14:24 | Par : Joseph Leddet
je pense que tel que c'est parti le chaos social est proche, en Europe comme en France. C'est à mon avis une très bonne chose, tant ce monde est devenu injuste, pourri, matérialiste et borné.
Dernier exemple en France : 1.5 Milliard pour l'emploi des jeunes, à comparer aux 100 Milliards donnés au système bancaire sans aucune contrepartie, et sans savoir à quoi ça sert : bel exemple d'arbitrage de priorités !
Il est important de renvoyer d'urgence tous ces financiers nocifs incapables, et que les Etats reprennent le contrôle du secteur « banque/assurance », faute de quoi il sera indispensable dans un proche avenir d'être armés pour se protéger, dans un contexte de guerre civile de type « Mad Max », une fois que les banques auront fait faillite et que l'argent classique (comptes bancaires) n'existera plus.
Malheureusement, les dirigeants politiques semblent aujourd'hui complètement dépassés : ils ne comprennent rien à la situation….
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