Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Changement de cap en Arabie Saoudite?

Le Royaume est connu dans le monde entier par la dictature de droit et de fait qui exerce la famille royale et ses nombreux princes. Cette dictature est permise par les revenus pétroliers provenant des abondantes réserves dont dispose encore le pays et que s'approprie une étroite minorité d' « élites » toutes dépendant par de multiples liens de la famille royale.

Il s'agit aussi d'une dictature religieuse puisque l'Arabie abrite le site de la Mecque, dans lequel chaque croyant est tenu de faire un pèlerinage dans sa vie, et qu'enrichit cette forme très prolifique de tourisme. L'islam professé en Arabie est du type le plus conservateur, dit parfois Wahhabite, auquel se réfère tous les terroristes islamiques de par le monde.

Il s'agit enfin d'une source de financement dans laquelle l'Etat islamique et les divers djihadismes s'y référant peuvent se financer à guichets ouverts. Jusqu'ici, le Royaume n'avait rien fait pour décourager l'appui ainsi donné au terrorisme islamique qui dans une certaine mesure sert ses intérêts au plan international.

Ajoutons que l 'Arabie est un pays sunnite, rassemblant autour d'elle les principaux représentants de cette confession. Celle-ci dans une certaine mesure s'oppose au sein du monde arabe à celle des chiites. dont l'Iran est le chef de file et à laquelle se rattachent la Syrie et une partie de l'Irak.

Faut-il enfin rappeler que l'Amérique, dans sa lutte multi-décennale contre la Russie, a toujours trouvé l'appui de l'Arabie pour empêcher que l'influence russe ne se substitue à la sienne au Moyen-Orient. Ces derniers mois, un certain froid s'était glissé entre les Etats-Unis et les Saoudiens, du fait notamment que le gaz et le pétrole de schiste américains avaient permis à Washington de ne plus importer de pétrole saoudien. Les Saoudiens s'étaient en conséquence rapprochés dans une certaine mesure de la Russie. Celle-ci, sans remettre en cause son alliance avec l'Iran, ne pouvait trouver que des avantages à avancer quelques pions à Ryad, pour y affaiblir l'influence américaine.

L'évolution géopolitique ide l'Arabie saoudite est donc un élément important pour l'avenir du Moyen-Orient et des grands enjeux qui s'y affrontent. Les choses vont-elles changer, Riyad cessant enfin d'être l'abri de tous les conservatismes qui s'y réfugient?

Opération anti-corruption

A cet égard, on ne peut ignorer le rôle que pourra jouer pour commencer à transformer le Royaume le prince héritier, Mohammed Ben Salman, âgé de 32 ans, dont l'actuel roi Salman entend faire son successeur. Or cette transformation est-elle en voie d'un début de commencement?

Des dizaines de princes, de ministres et d'hommes d'affaires ont été arrêtés en Arabie saoudite lors d'une « opération anticorruption » qualifiée de « décisive » par les autorités saoudiennes le dimanche 5 novembre. Selon elles, il s'agit de onze princes, quatre ministres en exercice et plusieurs dizaines d'ex-membres du gouvernement, dont les comptes bancaires seront gelés.

A l'origine de cette purge : une commission anticorruption, dont la création venait d'être annoncée par le roi Salmane et qui est dirigée par le prince Mohammed Ben Salmane. L'identité de toutes les personnes interpellées n'est pas encore connue. La présence de Miteb Ben Abdullah, fils de l'ancien roi et chef de la garde nationale, du ministre de l'économie, Adel Fakih, d'Abdallah Al-Sultan, chef de la marine, et surtout du prince milliardaire Al-Walid Ben Talal ont néanmoins été confirmées par Riyad.

Al-Walid Ben Talal, dont la fortune est estimée à 17 milliards de dollars, est un acteur de premier plan dans l'univers financier saoudien. Il possède des participations dans la banque américaine Citigroup, et autres sociétés internationales via sa société Kingdom Holding. Il avait récemment racheté au Crédit agricole la moitié environ d'une participation de 31,1 % dans l'établissement saoudien Banque Saudi Franci.

Que vont devenir les personnages accusés de corruption? Vont-il disparaitre de l'arène politique ou y revenir après un certain blanchiment? Quoiqu'il en soit le rôle désormais essentiel que s'est arrogé Mohammed Ben Salmane, dit MBS, attire sur lui l'attention. Va-t-il chercher à transformer le Royaume pour qu'il ressemble aux Etats voisins moins archaïques? Va-t-il en cas de succès retomber sous l'influence américaine ou continuer à se rapprocher des autres pays du Brics dont notamment la Russie? On peut encore en douter, vu le poids des forces conservatrices, religieuses, sociétales et politiques, dont l'Arabie saoudite ne paraît pas en voie de se débarrasser. Mais des évolutions seront de toutes façons inévitables.

Le nouveau visage éventuel du Royaume saoudien ne changera pas en profondeur les orientations géopolitiques de la région, où l'Iran est en train de prendre une influence considérable. Néanmoins il s'agira d'un élément que Washington et Moscou ne pourront pas éviter de prendre en considération.

Note. Sur ce sujet, voir un point de vue publié par l'Express 

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/les-dessous-du-coup-de-force-en-arabie-saoudite_1958191.html

 

06/11/2017
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire