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La crise du Doklam

Peu de personne savent en France ce qu'est le Doklam et la crise portant son nom (Doklam standoff). Cette région pourrait pourtant devenir un des points chauds de la planète, opposant les deux superpuissances nucléaires que sont la Chine et l'Inde. Il s'agit d'un plateau disputé à la jonction entre le Sikkim, Etat du nord de l'Inde, le Tibet et le Royaume Himalayen du Bhuttan .

En juin 2017, le Doklam a été le lieu d'une confrontation entre des forces armées de l'Inde et de la Chine, à la suite de la volonté de la Chine de construire une route entre la ville de Yadong au Tibet jusqu'au plateau. L'Inde ne revendique pas le Doklam, cependant elle soutient la prétention du Bhuttan d'en faire un de ses territoires. Or la route prévue par la Chine pénètre par la passe montagneuse de Doka La à la frontière entre l'Inde et la Chine et le Jamphari Ridge , 2 km au sud. Elle frôlera le corridor de Siliguri considéré par l'Inde comme hautement stratégique pour un contrôle de la frontière partagé d'un commun accord avec le Bhuttan.

Les deux pays y disposent de camps militaires. Jusqu'à présent, la Chine, dans un traité de paix avec l'Inde signé il y a quelques années, avait considéré la souveraineté bhutanese comme inviolable. La route à travers le Doklam menacerait donc cette souveraineté. En conséquence, l'Inde a accusé la Chine de violer le traité. Ceci n'a pas empêché la Chine en juillet 2017 d'exiger que l'Inde retire ses troupes du Doklam, ce que celle-ci n'a pas fait. Les deux armées ont au contraire organisé des manoeuvres avec tirs à balles réelles l'une en face de l'autre.

La situation est donc explosive. Mais pourrait-elle dégénérer en un affrontement armé sino-indien , ne fut-ce qu'à la suite d'incidents militaires non voulus ? Il faudrait pour cela que l'Inde et la Chine, toutes les deux membres du Brics et de l'Organisation de Coopération de Shanghai, aient de solides raisons pour briser une entente, ne fut-ce que de façade, qui avec la participation de la Russie, constitue le fondement de l'axe eurasiatique en passe de supplanter, au moins dans la région, la prédominance américaine.

La crise ne devrait pas en principe s'aggraver

Le Global Times chinois (http://www.globaltimes.cn/content/1056783.shtml) considère l'affaire comme une résurgence dangereuse du nationalisme hindou. L'Inde pour sa part affirme que les incursions chinoises au Bhuttan représente une des premières manifestations concrètes de la Nouvelle Route de la Soie que la Chine envisage de mettre en place entre elle et l'Europe avec, au nord, l'accord de divers Etats traversés, dont le Pakistan qui demeure une des bêtes noires de Dehli. Le China-Pakistan Economic Corridor (CPEC) sera la première manifestation de l'entente à ce sujet entre la Chine et le Pakistan. Ceci mécontente fortement le gouvernement indien. Moscou pour sa part n'a pas officiellement réagi, mais des contacts entre diplomates montrent sa préoccupation.

Il reste que le nationalisme indien pourra difficilement empêcher que l'Inde prenne une place importante dans non seulement le BRICS, que devrait rejoindre le Pakistan, mais dans les institutions à prétention mondiale que la Chine s'efforce de mettre en place face à la zone dollar, la New Development Bank et l'Asian Infrastructure Investment Bank notamment. Avec un Brics revigoré, ces différentes institutions visent à une meilleure intégration au sein de la future Eurasie. Malgré les plus qu'excellentes relations de l'actuelle président indien Narendra Modi avec Washington, vent debout évidemment contre ces perspectives, on peut penser que ce mouvement sera irréversible.

Peut-on considérer que la crise du Doklam ne sera qu'un incident vite oublié dans une histoire plus large? Comme nous l'avons indiqué ci-dessus, des affrontements militaires locaux entre l'Inde et la Chine pourraient dégénérer en de véritables confrontations armées entre les deux pays. Ceci retarderait considérablement l'intégration de l'Eurasie – à la grande satisfaction des Etats-Unis qui sont sans doute activement à la manœuvre, du coté hindou, par CIA interposée, pour que les tensions ne s'atténuent pas.

NB au 02/08

On précisera que les pays connectés ne verront pas toujours d'un bon oeil la mise en place par la Chine de l'OBOR. Ainsi, selon l'article référencé ci-dessous, il est vrai publié sur un site américain, certains intérêts pakistanais se plaignent déjà de la concurrence chinoise à travers le CPEC.

http://www.spacewar.com/reports/For_Pakistanis_China_friendship_road_runs_one_way_999.html


29/07/2017
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Nombre de réaction(s) : 1
5 issues possibles à la tension entre Inde et Chine
04/08/2017 20:14:21 | Par : jpb
Voyez sur ce sujet un article remarquable de TheDuran, publié le 04/08
http://theduran.com/5-possible-outcomes-of-the-china-india-border-dispute/
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