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L'euro dans la future crise du système des règlements internationaux.

Le futur G20 d'avril 2009, dont certains avaient voulu faire le point de départ d'un nouveau Bretton-Woods, c'est-à-dire de la refondation du système monétaire international, ne devrait rien faire de la sorte.

On sait que le G20 d'Avril s'efforcera de proposer des modes de régulation du fonctionnement du marché financier mondial. L'Europe aura beaucoup de mal à faire des propositions communes. Même si elle y réussit, elle ne donnera pas l'exemple de la coordination interne puisque les mesures prises par les gouvernements européens à ce jour restent étroitement nationales.

Par ailleurs, le G20 ne traitera pas, sauf évènements nouveaux, des déséquilibres économiques sous-jacents, qui déterminent en partie les dysfonctionnements des marchés financiers : poids excessif et non coordination des politiques économiques de l'Amérique et de la Chine, dont le caractère actuellement complémentaire ne pourra pas durer (l'une achetant à crédit ce que produit l'autre), ignorance des problèmes majeurs que rencontreront de plus en plus les pays  du tiers-monde.  A supposer que le G20 aborde ces questions, qui de toutes façons seront mises sur la table un jour ou l'autre, l'Europe n'aura pas d'exemple de coordination à proposer. Là encore, ses politiques économiques et industrielles, quand elle en a, demeurent étroitement nationales sinon antagonistes.

Enfin, et c'est là le point le plus important, le G20, dont certains avaient voulu faire le point de départ d'un nouveau Bretton-Woods, c'est-à-dire la refondation du système monétaire international, ne devrait rien faire de la sorte. Le dollar est et restera pour le moment la monnaie de référence sur laquelle s'alignent de facto les autres monnaies et par conséquent la situation économique des divers pays du monde. Ceci parce qu'il demeure  pour les épargnants privés ou institutionnels la monnaie de réserve la plus sûre. C'est ce que l'on qualifie encore de fuite vers la qualité. Mais cela ne devrait pas durer. Les experts constatent qu'après la crise financière et la crise économique, le monde s'engage dans une crise des finances publiques mondiales. Ceci veut dire que les Etats, jusqu'ici considérés comme des recours à l'égard des défaillances des finances et des économies privées, du fait de leur capacité à consentir des aides aux agents en difficulté, atteignent les limites de leurs capacités de financement. Celles-ci reposent sur leur capacité à emprunter sur le marché monétaire, en émettant des bons du trésor ou titres équivalents.

Or la dette des Etats, dite aussi dette souveraine, est en train de devenir supérieure à ce que l'on estime être les capacités mondiales prévisibles de financement. Les politiques dites « Obama » aux Etats-Unis imposeront d'emprunter à l'extérieur 3 trillions (ou trilliards ?) de dollars, les besoins cumulés des pays européens avoisineront 2,5 trillions d'euros. Le Japon n'est pas mieux placé. Or qui peut prêter ? Les fonds souverains (Chine, Russie), s'assèchent ou  se tournent vers les besoins intérieurs. Les fonds en pétrodollars vont faire de même. La solution de fait  déjà amorcée aux Etats-Unis, qui s'imposera sera la création monétaire, autrement dite l'inflation, difficilement contrée par des augmentations d'impôts qui resteront nécessairement limitées. Or l'inflation reste à juste titre considérée comme un remède dangereux car incontrôlable. En économie ouverte, elle peut s'emballer en multipliant les mouvements spéculatifs sur des produits vitaux : matières premières, produits agricoles. Elle permet certes de financer des investissements mais elle assèche les épargnes à taux fixe et les retraites, d'où résultent des crises sociales insupportables. Elle entraîne enfin un flottement généralisé des changes, en favorisant les spéculations à court terme.

Le G20 ne pourra que constater l'incapacité des grands Etats à s'entendre sur des politiques économiques et sociales communes permettant  de mieux répartir les appels aux financements internationaux et à plus forte raison d'éviter l'inflation. Il n'existe  évidemment aucune intégration mondiale au niveau des grandes zones économiques. Les taux de change du dollar et du yuan chinois, qu'ils évoluent de conserve ou en s'opposant,  ne tiennent aucun compte des instabilités qu'ils imposent aux monnaies et aux économies des pays plus petits. On verra donc s'accroître dans des proportions considérables les faillites d'Etats. Le FMI, même avec des ressources augmentées, ne pourra pas y faire grand-chose.

Reste l'euro

Qu'en sera-t-il le l'euro et avec lui  des pays européens, membres ou non de l'euro ? Jusqu'ici, on considérait à juste titre que l'euro avait fonctionné comme un bouclier à l'égard des Etats européens dont les finances publiques étaient en difficulté : les PIG (Portugal, Italie, Grèce auxquels il faut ajouter l'Irlande, et auxquels il faudra sans doute ajouter bientôt la France). Mais l'euro ne le fait que dans les limites étroites fixées par le traité de Maëstricht, c'est-à-dire dans le cadre des mesures très stictes permises à la Banque centrale européenne. Nous avons plusieurs fois répété ici que la BCE ne pouvait se substituer à un gouvernement politique et économique de la zone euro dont personne n'avait voulu jusqu'à ce jour, sauf peut-être la France.

Les difficultés croissantes des PIG à boucler leurs budgets et à trouver des financements à leurs besoins en bons du trésor  (qui restent du ressort des banques nationales) sans générer des inflations très contagieuses , posent aujourd'hui, en marge du G20 qui n'en traitera pas, la question de l'avenir même de l'Union européenne. Nous avons indiqué précédemment que l'Union, sauf à se disloquer définitivement,  se devait idéalement de protéger l'ensemble de ses membres, qu'ils soient ou non utilisateurs de l'euro. Mais cette protection ne pourrait se faire sans des changements profonds de gouvernance politique et finalement sans une profonde réforme institutionnelle. (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=239&r_id= )

Comme indiqué dans notre ouvrage précédant,  auquel (petit coup de pub de notre part) il est toujours possible de se référer, «  L'Europe et le vide de puissance »,   face à des puissances souveraines comme la Chine, les Etats-Unis, voire la Russie, les pays européens considérés comme encore  riches ne pourront pas voler au secours des Etats en difficulté (les PIG,  qui seront bientôt une bonne quinzaine) sans que l'ensemble ne se constitue pas enfin lui aussi en puissance souveraine.

Ceci reposera évidemment la question du statut de l'euro et de la BCE, qu'il faudra transformer au plus vite afin de mieux les mettre au service des objectifs de cette future puissance souveraine, ne fut-ce que pour rassurer d'éventuels investisseurs ou épargnants en euro. Mais cette réforme de l'euro sera difficile à promouvoir dans l'état actuel des émiettements de souveraineté caractérisant l'Europe. Certains spécialistes (dont des amis à nous) proposent que sans attendre, pour renforcer l'euro, on ouvre la monnaie unique  à tous les Etats le souhaitant., y compris à la Russie et à l'Afrique. Cela pourrait être une solution collectivement favorable si les éventuels futurs canards boiteux de l'eurozone  se mettaient au travail plutôt que chercher un abri de circonstance.  Pour les y encourager, il faudrait qu'enfin soient  créées les institutions (de droit ou de fait) d'une Europe souveraine. Il s'agirait, répétons-le, non seulement de partager entre les membres charges et ressources, mais aussi de définir des politiques fiscales, sociales, économiques communes, afin d'éviter notamment le parasitage de l'Union par des mafias proliférant dans les désordres qui s'annoncent.  

Soyons persuadés qu'avec l'aggravation de la crise, ceci se fera un jour ou l'autre, malheureusement dans la douleur au lieu de se faire dans l'ordre.

27/03/2009
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