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Scandaleuse condamnation de Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula.

A la suite de la condamnation de Lula, on peut prévoir que le Brésil dérivera inexorablement vers un régime autoritaire au service des intérêts américains.

Nous avions plusieurs fois signalé à l'époque l'importance du rôle qu'avait pris le Brésil au sein du Brics. Ceci avait été du d'abord à l'influence de son précédent Président Luiz Inácio Lula da Silva puis après 2011 à celle de Dilma Rousseff, qui lui avait succédé. Ces deux chefs d'Etat s'appuyaient sur le poids électoral des masses défavorisées, plus ou moins représentées par le Parti des Travailleurs, dont ils étaient membres.

Ceci avait suscité une forte opposition de la part des classes brésiliennes riches, non seulement parce qu'elles perdaient une partie de leur pouvoirs politiques et économiques, mais parce que le BRICS représentait à leurs yeux l'influence de la Russie et de la Chine. Comme nous l'avons à chaque fois rappelé leur opposition était soutenu financièrement et, à travers notamment la CIA, politiquement, par Wall Street et la Maison Blanche. Les intérêts américains ne pouvaient notamment pas accepter que les richesses pétrolières exploitées par Petrobras, comme les considérables réserves dont dispose le Brésil, échappent à leur influence.

Nous avions également relaté comment, en conséquence, Lula puis Dilma Roussef avaient été évincés du pouvoir et remplacés par de pâles mais dociles hommes politiques, l'un d'entre eux, Michel Temer, s'étant retrouvé propulsé à la présidence. Les campagnes contre Lula et Roussef avaient été menées sous prétexte de corruption. Des actions judiciaires ont été ouvertes contre eux. Mais, si corruption il y avait, elle est insignifiante par rapport à celle affectant les actuels politiciens au pouvoir, dont Temer lui-même, actuellement inculpé.

Dans la suite de son éviction et des poursuites menées à son égard par des juges largement aux ordres, Lula, 71 ans, a été condamné, le 12 juillet, à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d'argent. Il reste néanmoins libre, car il entend faire appel de sa condamnation. Un nouveau tribunal examinera donc cette affaire qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Cependant, d'ores et déjà, cette condamnation ruine les ambitions de Lula pour l'élection présidentielle de 2018, à laquelle il avait annoncé vouloir se présenter. Elle compromet également les espoirs de la gauche brésilienne qui, à travers lui, espérait pouvoir se réimposer face aux forces conservatrices brésiliennes et américaines.

Lula a été déclaré coupable d'avoir accepté 3,7 millions de reais (un peu plus de 1 million d'euros), dont un appartement dans une station balnéaire près de Sao Paulo, de la part de l'entreprise d'ingénierie OAS, en remerciement de son intervention pour l'attribution de contrats avec la compagnie pétrolière nommée Petrobras.

Une condamnation plus que contestable

Cette condamnation, dont les motifs restent contestables vu les obscurités de l'enquête, soulève l'inquiétude de tous ceux, au Brésil comme ailleurs dans le monde, dénoncent la dérive actuelle du Brésil sous une forme de dictature souple soumise aux intérêts non seulement de l'aristocratie brésilienne, mais des forces au service des intérêts économiques et géostratégiques américains. Ceux-ci sont en passe de prendre en mains toute l'Amérique latine. Seul le Vénézuela, et pour combien de temps encore, y échappe.

La condamnation de Lula prend place dans l'opération « Lava Jato » (« lavage express »). Elle a mis en évidence depuis son lancement en 2014 de très nombreux faits de corruption en lien avec le pétrolier Petrobras. Des dizaines de chefs d'entreprise, cadres, intermédiaires et politiciens ont été condamnés et sont emprisonnés.

Le Tribunal suprême fédéral, la plus haute juridiction du Brésil, a annoncé le 11 avril l'ouverture d'une gigantesque enquête qui concernera plusieurs dizaines de ministres, députés, sénateurs, y compris 33 anciens présidents : Dilma Roussef, Luiz Inacio Lula da Silva et Fernando Henrique Cardoso.

Il est évident que cette action, dans la plupart des cas fondée, a cependant permis de poursuivre sans preuves avérées des représentants de l'opposition. Lula pour sa part a toujours nié les accusations dont il fait l'objet, affirmant qu'elles ne reposent sur aucune preuve concrète. Peu après le verdict, le Parti des travailleurs (PT), qu'il a fondé dans les années 1980, a appelé à des manifestations et dénoncé une condamnation « éminemment politique ».

Tout laisse penser cependant que le Brésil n'échappera pas aux intérêts pétroliers et politiques en provenance des Etats-Unis. La Russie et la Chine dénonceront verbalement cette dérive, mais ne seront pas en mesure d'intervenir. Le BRICS deviendra inexorablement le RICS.

14/07/2017
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