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L'improbable « défédéralisation » des Etats-Unis

Le phénomène, décrit souvent aux Etats-Unis sous le terme de « devolution », désigne la sortie plus ou moins complète hors de la Fédération des Etats-Unis, d'un certain nombre d'Etats fédérés. Il s'agira d'une forme atténuée de sécession. La tentation a toujours été présente, notamment dans les Etats du Sud souffrant de l'hégémonie relative des Etats du Nord, et plus particulièrement de celle de Washington, siège du pouvoir fédéral.
Aujourd'hui cependant, elle semble de plus en plus répandue, attirant l'attention de nombreux observateurs, tant aux Etats-Unis qu'à l'étranger. La principale raison en tiendrait au refus croissant que suscite la politique de Donald Trump. Celle-ci est jugé de plus en plus dangereuse pour les intérêts d'un certain nombre d'Etats. Ne pouvant espérer que la Maison Blanche, sous l'impulsion de ce Président, prenne en considération leurs intérêts, ils menacent de faire sécession. Dans le cas le plus extrême, ils adopteraient le statut d'Etat indépendant, tel que l'est le Mexique. Mais le plus souvent ils s'efforceraient d'obtenir, sous la pression notamment de leurs représentants au Congrès, de telles espaces de liberté qu'il serait difficile de continuer à les considérer comme appartenant encore à la Fédération.

Si la sécession est juridiquement interdite par la Constitution fédérale, rien n'empêchera en effet que les Etats le souhaitant prennent de plus en plus d'indépendance par rapport au centre. On parlera de dévolution. Les initiative en ce sens se multiplient actuellement, en prenant de jour en jour plus d'importance.

Aujourd'hui, les refus des États par rapport aux exigences du centre répondent à des logiques très diverses. Chaque fois, elles s'insurgent contre des décisions prises par l'Administration Trump. Les domaines sont connus. Il s'agit de la volonté de sortir de l'Accord de Paris sur l'environnement, de la politique limitant les migrations provenant des pays musulmans, d'une quasi-rupture avec Cuba contredisant les accords signés sous Barak Obama, du refus du libre-échange et de la généralisation de mesures protectionnistes. Il s'agira aussi de la sortie d'accords de libre-échange précédemment décidés ou envisagés, notamment le traité transpacifique. De même, les quasi-déclarations de guerre que Trump formule régulièrement à l'égard de la Chine et de l'Iran sont de plus en plus mal acceptées.

La raison en est évidente. Ces mesures et politiques décidées ou envisagées par Washington contredisent directement les intérêts des Etats les plus riches, ceux de la côte Ouest, notamment la Californie, l'Oregon, l'Etat de Washington. D'ores et déjà, il a été constaté que certains de ces Etats ont  pris une large autonomie par rapport au centre, ainsi la Californie qui s'est dotée d'une quasi-ambassade à Pékin. Plus récemment, 44 États ont refusé en commun de communiquer des informations concernant les votants, comme cela avait a été demandé aux États par l'administration Trump.

Dans les prochains mois le manque de constance de l'administration Trump, son désordre, son absence de coordination, autant que la personnalité de Trump et sa façon de gouverner ne feront qu'encourager le mouvement de dévolution.

On peut penser que même dans l'hypothèse d'ailleurs à ce jour improbable d'une destitution de Trump, l'arrivée d'un nouveau Président beaucoup plus fédéraliste ne changerait pas grand chose à ce mouvement. Les Etats dévolutionnistes trouveront tellement d'avantages dans une prise d'indépendance à l'égard de Washington qu'ils n'y renonceraient pas.

L'Empire américain ne se laissera pas affaiblir

Nombreux sont ceux qui dans le monde espèrent voir s'étendre le mouvement de dévolution en espèrent un affaiblissement des attributs par lesquels l'Empire américain continue à s'imposer partout. On citera notamment parmi ces attributs des moyens militaires exceptionnels, une diplomatie très intrusive, un contrôle de la société mondiale de l'information via notamment les services de la CIA et de la NSA, la mise en place d'une politique de militarisation de l'espace.

Cependant, derrière ces politiques résumées par le terme d'Etat profond américain, se trouvent de tels intérêts militaro-diplomatico-industriels qu'il serait illusoire d'imaginer que ceux-ci puissent accepter une sécession des Etats les plus riches. Celle-ci serait pour eux une sorte de suicide. Ils feront valoir d'ailleurs pour maintenir leur pouvoir les menaces, réelles ou imaginaires, que représente selon eux le renforcement actuel de la Russie et de la Chine.

Tout laisse donc penser qu'au cas où le pouvoir fédéral actuel, sous Donald Trump ou même sous un successeur, laisserait se poursuivre les tendances actuelles à la sécession dans certains Etats, ces intérêts provoqueraient la mise en place d'une véritable dictature militaire ou quasi-militaire à Washington qui, entre autres, ferait rentrer dans le rang tous ceux qui dans ces Etats sont tentés par une prise d'indépendance.

12/07/2017
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