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MCR appliquée à la climatologie

Le 4e Rapport du GIEC, établi en 2007 sur des données de 2005 et antérieures, a été reconnu comme bien trop optimiste par les experts du GIEC réunis à Copenhague le 10 mars 2009. Mais vu la lourdeur de l'Organisation, le prochain rapport ne sera publié qu'en 2014. Nous suggérons ici, pour accélérer et affiner les diagnostics. de faire appel à une méthode importée de la physique quantique et mise au point par Mme Mioara Mugur-Schächter.
Le 4e Rapport du GIEC, établi en 2007 sur des données de 2005 et antérieures, a été reconnu comme bien trop optimiste par les experts du GIEC réunis à Copenhague le 10 mars 2009. Mais vu la lourdeur de l'Organisation, le prochain rapport ne sera publié qu'en 2014. Or "les dernières observations confirment que le pire des scénarios du GIEC est en train de se réaliser. Les émissions ont continué d'augmenter fortement et le système climatique évolue d'ores et déjà en dehors des variations naturelles à l'intérieur desquelles nos sociétés et nos économies se sont construites", a affirmé le comité scientifique de la conférence.

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Nous avons cru pouvoir avancer un début d'explication à l'étonnante myopie des Pouvoirs Publics et des intérêts privés face à la grande crise climatique en constatant que si les systèmes anthropiques, fussent-ils scientifiques, sont capables d'anticiper convenablement leur propre devenir, face aux adversaires qu'ils ont identifiés, ils sont incapables le voudraient-ils de mesurer les conséquences qu'auront leurs compétitions pour la conquête du monde. Ceci parce qu'ils ne disposent pas à cette fin d'informations suffisantes. Leur science n'a pas encore acquis la puissance nécessaire à cette fin.

Ceci tient notamment au fait qu'il n'existe pas, sauf de façon embryonnaire, de supersystème cognitif universel, doté d'une vision globale de la Terre et d'un modèle de soi lui-même universel, qui puisse se donner des méta-représentations et émettre des messages d'alerte. Dans ces conditions, on peut craindre que les compétitions entre systèmes anthropotechniques, fussent-ils à dominante scientifique, continuent à préparer des conséquences catastrophiques, d'autant plus catastrophiques qu'elles mettront en œuvre des technologies d'inspiration scientifique.

Mais s'agit-il seulement d'un manque d'informations. En fait, avec la multiplication des réseaux d'observations scientifiques et des commentaires et débats qui se greffent sur celles-ci, la cognition globale ne devrait pas manquer de matière première. Manquent par contre cruellement des méthodologies suffisamment performantes pour exploiter ces informations. Nous abordons là une question épistémologique, déjà évoquée dans de précédents articles et ouvrages , sur laquelle il nous parait urgent de revenir. La question, malgré les apparences, n'est pas simple et mérite quelques investissements intellectuels.

Dans cette direction, nous proposons de faire à nouveau appel à la Méthode de Conceptualisation Relativisée MCR), développée par la physicienne Mioara Mugur-Schächter et que nous avions précédemment commentée dans divers articles en soulignant son caractère profondément novateur. Nous sommes persuadés que cette méthode pourrait être appliquée avec profit à la description des entités et phénomènes concernant la crise climatique actuelle, comme des catastrophes grandes et petites qui s'annoncent dans son sillage. Nous en donnons dans cet article une brève description théorique, suivie d'un exemple d'application.

MCR. Le cadre théorique

Posons deux hypothèses « optimistes » qui seront évidemment à vérifier :

1. Les systèmes anthropiques modernes (anthropotechniques pour reprendre notre terminologie) disposent de suffisamment de ressources technologiques, humaines et informationnelles pour que, sous la pression d'un risque majeur, celui d'une extinction massive les affectant tous, leurs comportements se modifient d'eux-mêmes dans le sens de la prévention. On voit que cette hypothèse n'évoque pas l'intervention de supposées décisions volontaires inspirées par un libre-arbitre providentiel. Nous pensons plutôt à des mesures de correction automatiques ou semi-automatiques apparaissant dans certaines conduites de groupe, étudiées dans le cadre du paradigme de la sélection de groupe. . Le terme de semi-automatique signifie que les actions se produisent d'elles-mêmes, mais qu'elles peuvent entraîner un écho voire un renforcement au sein des bases neurales ou computationnelles génératrices d'états de conscience individuels ou collectifs.

Malheureusement, nous l'avons dit, les systèmes anthropotechniques dominants se montrent encore incapables de mobiliser ces ressources et de prendre les mesures adéquates. Il faut mettre en cause, à la base de cette incapacité, non seulement des conflits d'intérêts, bien identifiés, mais un manque général de méthode, qui ne l'est pas.

2. En effet, pour qu'elles soient efficaces, les mesures de prévention ou de correction nécessaires devraient s'appliquer aux causes « réelles » qui provoquent la crise et non à des causes telles qu'imaginées par les divers acteurs chacun en fonction de leur intérêt. Mais peut-on parler de « réel » en sciences, sans faire référence à la façon dont le produit de la connaissance est construit par un processus complexe associant les observateurs, leurs instruments et une réalité sous-jacente probablement inconnaissable. Un tel processus est connu depuis longtemps, sinon compris, dans le cas de la physique quantique. Il a été clairement décrit par Mme Mioara Mugur-Schächter sous le nom de Méthode de Conceptualisation Relativisée (MCR), s'appliquant aux interactions des observateurs macroscopiques et de leurs instruments avec le monde quantique .

Mais nous ne sommes pas ici, en matière de sciences de la Terre, dans le domaine du quantique. Nous sommes dans le domaine de la physique ordinaire et plus généralement des sciences dites macroscopiques. Or il se trouve que MCR est aussi applicable à cette échelle. Nous pensons pouvoir donc faire ici l'hypothèse selon laquelle cette méthode permettrait sinon de concevoir un monde macroscopique réel « en soi » dont rien ne permet de postuler l'existence ou les règles de fonctionnement, du moins un monde macroscopique relativisé, construit par l'observateur-acteur et ses instruments. Ceci serait suffisant pour provoquer, dans le cas qui nous occupe, des réactions efficaces face à la crise. Dans le processus induit par MCR, l'obervateur-acteur se retrouve modifié sans même qu'il s'en rende compte. Autrement dit, son comportement, découlant du processus, s'adapte de lui-même aux contraintes mises à jour par la construction du réel relativisé. Il en résulte la construction dynamique d'un monde global où les actions respectives des différents observateurs-acteurs se conjuguent (comme dans la nature, que ce soit au niveau microscopique et macroscopique) sans que des conflits destructeurs puissent jamais détruire l'équilibre de l'ensemble.

Ainsi, à partir des comportements de détail des systèmes anthropotechniques revisités par cette méthode, émergeraient sans intervention préalable d'une prétendue volonté humaine ni de finalités volontaristes affichées par elle, des règles prudentielles de comportement global qui permettraient d'éviter ou de réparer les destructions massives actuellement observées.

Il est évident que dans ce cadre, le contenu du concept de Gaïa devrait être reconstruit, ainsi bien entendu que la description de toutes les forces contribuant actuellement à sa destruction ou pouvant participer à sa reconstruction. Ni Gaïa ni ces forces ne nous sont perceptibles en soi. Nous pouvons cependant, grâce à la méthode, nous en donner des représentations relativisés nous permettant d'agir sur elles.

Appliqué au monde macroscopique, dont les complexités sont immenses au regard de la simplicité apparente du monde quantique, l'émergence spontanée de règles prudentielles visant à protéger ou réparer Gaïa ne se fera pas spontanément ni facilement. Elle sera le résultat de processus déjà engagés et qui, sauf accidents, devraient s'étendre, sans interventions humaines délibérées. Ces processus visent à l'observation scientifique de l'univers et au déploiement d'outils nouveaux, notamment dans le domaine des réseaux, de l'intelligence artificielle et de la robotique autonome, susceptibles de produire de nouvelles symbioses avec ce qui demeurera de biologique dans les systèmes anthropotechniques de demain.

Ces ressources technologiques n'existaient pas du temps de l'homo erectus ni même des sapiens récents du 19e et 20e siècles. Ils sont le produit d'une évolution cosmologique plus globale vers la complexité, que l'on retrouverait sans doute sur d'autres Terres que la nôtre. On peut penser que se sont appliquées à ce niveau macroscopique les mêmes lois de décohérence imposées aux microétats du monde quantique quand ils ont pour la première fois interagi avec des particules macroscopiques générées par les fluctuations aléatoires du vide quantique – à supposer que cette formulation ait un sens

Les grandes étapes


Evoquons ici en quelques lignes les grandes étapes indispensables à la construction des connaissances selon MCR. Il s'agit en fait d'une méthodologie pour la production des descriptions, car il n'y a de science que de descriptions, les «phénomènes en soi» étant réputés non-existants. Ces étapes sont identiques, qu'il s'agisse d'opérer dans le monde quantique ou dans le monde macroscopique, notamment celui qui nous intéresse ici, celui des sciences de la Terre.

Le Fonctionnement-conscience. On postule au départ l'existence d'un observateur humain, doté d'un cerveau lui-même capable de faits de conscience. Ce cerveau est tel qu'il peut afficher des buts au service desquels mettre une stratégie. Mioara Mugur-Shächter considère que l'organisme vivant, ceci à plus forte raison s'il est doté de conscience, est capable de téléologie.

La téléologie (à ne pas confondre avec l'étude des causes finales ou finalisme) est l'étude des systèmes finalisants acceptant différentes plages de stabilité structurelles et capables, en général, d'élaborer des buts ou de modifier leurs finalités, (en anglais:" purposeful systems"). Dans les systèmes humains psycho-socio-politique, cette téléologie peut se nommer "autodétermination". La téléonomie est l'étude des systèmes finalisés par une stabilité; recherche de la stabilité structurelle et non du changement, (en anglais: "goal seeking systems"). En psychologie et en sociologie, la téléonomie peut se nommer "autonomie".(wikipedia) Ces mots sont suspects pour les matérialistes. Mais il est tout à fait possible d'accepter les définitions ci-dessus sans se référer à des causes finales imposées par une divinité quelconque

Nous pensons pour notre part que le concept de Fonctionnement-conscience peut être étendu au fonctionnement de tous les êtres vivants, et peut-être même à celui de précurseurs matériels de la vie biologique, aux prises avec la Réalité telle que définie ci-dessous. Le terme de conscience ne peut donc alors être conservé que sous forme de métaphore. Les concepteurs de robots véritablement autonomes espèrent que ces robots pourront procéder de même afin de se doter de représentations ayant du sens pour eux.

Dans l'étude du milieu terrestre, des crises qui l'affectent et des risques qui le menacent, le rôle de l'observateur, générant le fonctionnement conscience, sera rempli de fait par tous les individus, organismes et instruments observant la Terre et s'efforçant d'en tirer des conclusions pouvant provoquer des actions adaptatives. Plus ces observateurs et les données recueillies seront fédérés, notamment au sein des grands réseaux d'observation scientifique, plus la portée des conclusions sera grande. Plus en d'autres termes des actions correctrices pourront voir le jour.

On notera que dans cette approche, l'ensemble de ces processus s'accomplit sur un mode semi- automatique, même lorsque des consignes ou décisions se disant volontaires en endossent la responsabilité. Si des robots sont utilisés afin de mettre en œuvre de leur côté la méthode MCR, ils travailleront sur un mode entièrement automatique, sans interventions humaines. Les rendements pourront alors devenir considérables. Finalement, la multiplication des risques et des alertes en découlant, conjugué au développement spontané des réseaux d'observation et de communication, générera une conscience collective attribuable au vaste système anthropotechnique cognitif sur le mode scientifique découlant du progrès « non voulu » mais combien efficace des technologies concernées.

- La Réalité. On postule qu'il existe quelque chose au-delà des constructions par lesquelles nous nous représentons le monde, mais (pour éviter les pièges du réalisme), qu'il est impossible – et sera à jamais impossible - de décrire objectivement cette réalité. Peut-être pourrait-on (la suggestion est de nous) assimiler cette réalité à ce que la physique contemporaine appelle le Vide quantique ou l'énergie de point-zéro, à condition d'admettre que ce Vide est et demeurera indescriptible, d'autant plus qu'il ne s'inscrit ni dans le temps ni dans l'espace propres à notre univers. Seules pourront en être connues les fluctuations quantiques en émanant, si elles donnent naissance à des particules qui se matérialiseraient par décohérence au contact avec notre matière. Ces diverses entités d'ailleurs n'acquérront de « réalité » que dans les conditions de formalisation des connaissances proposées par la méthode.

Dans l'étude du milieu terrestre, des crises qui le touchent et des risques qui le menacent, on ne considérera pas ce milieu terrestre (Gaïa), non plus que les évènements qui l'affectent (réchauffement, extinctions massives) ou les systèmes anthropotechniques qui s'y expriment, comme représentant la Réalité. Celle-ci sera postulée comme sous-jacente à tout, indescriptible en soi mais pouvant donner naissance à la construction de connaissances utiles pour y agir, dans les conditions décrites ici. Ces connaissances porteront alors sur des objets-générés (Gaïa, le réchauffement....etc.) sur lesquels il deviendra possible d'intervenir.

- Le Générateur d'Entité-objet et l'Entité-objet générée par ce générateur. Il s'agit d'un mécanisme permettant au Fonctionnement conscience, dans le cadre de ses stratégies téléonomiques, de créer quelque chose (un observable) à partir de quoi il pourra procéder à des mesures. Il n'y aurait pas de science sans ce mécanisme. Nous procédons de cette façon en permanence dans la vie courante. Nous construisons des « objets » d'étude, qui n'existaient pas avant notre intervention. Dans l'étude du milieu terrestre, il s'agira comme indiqué ci-dessus, de Gaïa, du réchauffement ou de tels ou tels acteurs supposés agir sur eux.

- Les Qualificateurs. Il s'agit des différents points de vue par lesquels nous décrivons d'une façon utilisable par nous les Entités-objets que nous avons créées. Ces Qualificateurs sont les moyens d'observation et de mesure, biologiques ou instrumentaux, dont nous disposons. Il n'y a qu'une qualification par mesure et celle-ci n'est pas répétable car généralement l'Entité-objet a changé. Mais la multiplication des qualifications donne ce que MCR appelle des Vues-aspects proposant des grilles de qualifications effectives et intersubjectives. L'opération peut conduire à la constatation de l'inexistence relative de l'Entité-objet créée aux fins d'observation (inexistence relative car il serait contraire à MCR de parler de faux absolu). Ceci montre que l'on ne peut pas inventer n'importe quelle Entité-objet et construire des connaissances solides à son propos. Il faut qu'elle corresponde à quelque chose dans la Réalité telle que définie plus haut et qu'elle puisse être mise en relation avec les grilles de qualification déjà produites. Ainsi les connaissances construites s'ajoutent-elles les unes aux autres, donnant naissance à des méta-connaissances. Ces dernières sont indispensables dans la perspective de comprendre un monde global, aux actions et réactions enchevêtrées.

Dans l'étude du milieu terrestre, des crises qui l'affectent et des risques qui le menacent, la multiplication (par millions et davantage si possible) des observations, des observateurs et des mesures obtenues, ainsi que leur mutualisation au sein de grands réseaux scientifiques susceptibles de provoquer des décisions collectives réparatrices, permettra d'affiner les diagnostics et les actions.

- Le Principe-cadre. Il s'agit du cadre d'espace-temps dans lequel on décide d'observer l'Entité-objet afin de la situer. Dans notre domaine, cela pourra être la Terre dans le système solaire d'une part, l'année, la décennie, le siècle ou au-delà, d'autre part, abordés séparément ou en superposition.

Tout ceci permet d'obtenir un canon général de description, utilisable dans n'importe quel domaine. Il repose sur le postulat de la non-possibilité de confronter la description avec un réel en soi ou réel métaphysique quelconque. Il débouche par contre sur une « description relativisée », individuelle ou probabiliste, à vocation inter-subjective, c'est-à-dire partageable par d'autres Fonctionnements-consciences, à travers ce que MCR appelle des Descriptions relativisées de base Transférées. La somme de celles-ci devrait correspondre à la somme des connaissances scientifiques relativisées que grâce à MCR nous pouvons obtenir sur le monde.

Mioara Mugur-Shächter, depuis les premières années passées à élaborer la méthode, lui a donné plusieurs applications d'un intérêt méthodologique considérable. Elles apportent la preuve de l'intérêt de la révolution épistémologique qui découle de la généralisation de MCR à d'autres domaines de la représentation des connaissances que le seul domaine quantique. On y voit en effet remis en cause, d'une façon qui sera certainement fructueuse, l'essentiel de ce que l'on considérait jusqu'ici comme les bases de la conceptualisation dans les disciplines évoquées. Il ne devrait plus jamais être possible, dans ces disciplines, de continuer à raisonner selon les précédentes méthodes, sauf à le faire intentionnellement dans le cadre de recherches limitées.

Nous ne pouvons ici résumer l'argumentaire des démonstrations proposées par Mioara Mugur-Shächter. Elles concernent la logique, les probabilités, le concept de transmission des messages chez Shannon, la complexité et finalement le temps, vu sous l'angle des changements identité-différence qui peuvent s'y produire.

Bornons nous à dire que, dans chacun de ces cas, on retrouve le postulat de MCR selon lequel on ne peut pas imaginer et moins encore rechercher une prétendue réalité ontologique ou en soi de phénomènes qui sont en fait des constructions du Fonctionnement-conscience et du Générateur d'Entité-objet tels que définis par la méthode. Prenons l'exemple de la logique. Si celle-ci était considérée comme un instrument du même type que les mathématiques (dont la plupart des mathématiciens n'affirment pas qu'elles existent en soi), on pourrait lui trouver quelque utilité, mais seulement pour donner de la rigueur aux raisonnements abstraits. Elle ne servirait pas à obtenir de descriptions du monde. Or la logique prétend au contraire décrire des classes d'objets, auxquelles elle applique des prédicats. Mais ces objets et ces prédicats sont présentés comme existant dans la réalité ou traduisant des relations réelles entre éléments de la réalité. La logique ne se pose donc pas la question du processus de construction par lequel elle les obtient. Elle suspend dont quasiment dans le vide l'ensemble de ses raisonnements. Faire appel à ceux-ci risque alors d'être inutile, voire dangereux, en égarant l'entendement dans des cercles vicieux (comme le montre le paradoxe du menteur). La logique ne retrouvera de bases saines qu'en utilisant MCR pour spécifier les objets de ses discours.

Il en est de même du concept de probabilités tel que défini notamment par le mathématicien Kolmogorov. L'espace de probabilité proposé par ce dernier ne devrait pas être utilisé dans les sciences, sauf à très petite échelle. Il ne peut que conduire à des impasses. Si l'on pose en principe qu'il existe des objets en soi difficilement descriptible par les sciences exactes, dont la connaissance impose des approches probabilistes, le calcul des probabilités est un outil indispensable. Ainsi on dira que la probabilité de survenue d'un cyclone dans certaines conditions de température et de pression est de tant. Mais si, pour analyser plus en profondeur les phénomènes de la thermodynamique atmosphérique et océanique, on admettait que le cyclone n'existe pas dans la réalité, pas plus que l'électron ou le photon, mais qu'il est la construction ad hoc unique d'un processus d'élaboration de qualification selon MCR, le concept de probabilité changera du tout au tout. On retrouverait, à une échelle différente, l'indétermination caractéristique de la physique quantique et la nécessité de faire appel à des vecteurs d'état et à la mathématique des grands nombres pour représenter concrètement de tels phénomènes.

La mesure de la complexité oblige aux mêmes restrictions. Pour la science « classique » de la complexité, il existe des entités réelles (en soi) dont les instruments classiques de mesure ne peuvent pas donner, du fait de leur imperfection, de descriptions détaillées et déterministes. D'où une impression de complexité. Il faut donc tenter de mesurer les systèmes ainsi prétendus complexes par des méthodes détournées. Mais si l'on admettait que l'objet, complexe ou pas, est une création du Fonctionnement-conscience et relève dont de MCR dans la totalité de son étude, les choses se simplifieraient. On cesserait en fait de parler de complexité. On se bornerait à dire que l'on a créé une Entité-objet accessible aux opérations de qualifications, qui n'aurait pas d'intérêt en soi, mais seulement comme élément d'un processus plus général de construction de connaissances. Le même type de raisonnement s'appliquera à la théorie de Shannon et au concept de temps.

Ajoutons que tout ce qui précède peut s'appliquer au concept de système. La science des systèmes s'évertue à identifier ceux-ci dans la nature et se noie évidemment dans le nombre immense des candidats-systèmes qu'elle peut identifier. Mieux vaudrait admettre d'emblée que le système en général, ou tels systèmes en particulier, n'existent pas en soi, mais doivent être spécifiés en tant qu'Entités-objets créées par un Générateur ad hoc. Les premiers systèmes à qui faire subir ce traitement seront évidemment les systèmes anthropotechniques objets de notre essai.

Une application à la climatologie

Les processus de la physique étant encore mal connus du grand public, proposons au lecteur une application simplifiée de MCR, en nous situant dans le champ des connaissances intéressant les sciences de la Terre, qui sont des sciences du domaine macroscopique. Nous avons vu que MCR peut en effet être utilisée dans de tels domaines, même si la méthode à été élaborée à partir d'une réflexion sur l'acquisition des connaissances dans le domaine quantique.

Supposons un climatologue qui cherche à comprendre le réchauffement de température qui affecte l'ensemble des climats du monde depuis quelques décennies. Ce climatologue constate que les définitions classiques du réchauffement de température ne suffisent pas à expliquer les phénomènes à court terme plus ou moins erratiques constatés par les météorologues. Ceci conduit les sceptiques à nier le phénomène tout entier, enlevant de la crédibilité aux politiques destinées à lutter contre la production anthropique des gaz à effets de serre. L'opinion en vient à les critiquer. Ces définitions sont-elles pertinentes ?

Dans les sciences de la Terre “ réalistes ”, c'est-à-dire persuadées de l'existence d'un réel existant indépendamment de l'homme, on a tendance à considérer qu'il existe des objets en soi, le réchauffement de température, la désertification, le dépeuplement des océans..., que l'on peut étudier de l'extérieur et décrire de façon objective, en “ tournant autour ” comme on le fait en étudiant une machine ou un phénomène relativement objectif, par exemple une éruption volcanique. Mais un peu de réflexion montre que le réchauffement de température ou la désertification sont des entités construites pour les besoins de tel ou tel discours. Le réchauffement de température n'est pas conçu ni décrit de la même façon par les lobbies pétroliers, les écologistes, le ministère de l'environnement ou par tel ou tel scientifique travaillant sur le terrain : air, océan, continents terrestres... En d'autres termes, on ne peut pas “ réifier ” le réchauffement de température, c'est-à-dire parler de lui comme s'il s'agissait d'une réalité dont la définition s'imposerait à tous. L'entité réchauffement de température ne peut être décrite d'une façon qui fasse abstraction de la personne qui en parle. Les deux sont inséparables.

Que faire alors? Maintenir l'hétérogénéité des discours, reposant sur la diversité des personnes parlant du réchauffement de température et sur la non-compatibilité de leurs motivations ? C'est en général ce qui se passe. On aboutit à une sorte de babélisation, chaque personne (chaque locuteur) désignant sous le même mot des choses différentes et surtout, voulant provoquer des réactions politiques différentes. Ceci explique pourquoi la science climatologique est généralement considérée comme inexacte sinon menteuse, au même titre que la météorologie qui en constitue un volet, réputée non fiable par le prétendu bon-sens populaire.

Mais si l'on voulait introduire de la rigueur dans le discours sur le réchauffement de température, il faudrait pour bien faire que celui qui en parle précise qui il est, à qui il veut s'adresser, ce qu'il veut démontrer, la définition qu'il propose de donner au concept de réchauffement de température, les raisons qu'il a de considérer que cette définition est scientifiquement pertinente et, finalement, les raisons qu'il a de considérer que les autres définitions ne le sont pas. On constatera alors que la plupart des gens parlant prétendument scientifiquement du réchauffement de température refuseront cette façon de relativiser leur discours, non pas parce qu'il s'agirait d'un processus trop complexe susceptible de créer une autre sorte de cacophonie, mais parce qu'ils refuseront d'admettre qu'ils ne sont pas objectifs quand ils abordent la question du réchauffement de température.

Chacun en fait s'appuie sur la prétendue réalité de l'entité dont il parle pour se crédibiliser, c'est-à-dire pour donner de la “ réalité ” à son discours et à sa personne (voire à sa carrière quand il s'agit d'un « expert » appointé). Nous sommes face à une tentative de prise de pouvoir sur ceux à qui ce discours est destiné. Le réchauffement de température est une question politiquement sensible et donne lieu à de multiples exploitations partisanes.

Que me propose MCR pour éviter cela ? Il faut d'abord que j'accepte une régression conceptuelle : je dois poser en principe que le réchauffement de température n'existe pas en soi. Je décide ensuite de créer une entité virtuelle inobservable que j'appellerai réchauffement de température, puis de la fixer en tant objet d'étude, c'est-à-dire de connaissance. Connaître veut dire décrire et décrire qualifier. Quand il s'agit de qualifications par des opérations physiques, il faut spécifier une " opération de mesure " et l' " appareil de mesure " correspondant. Je réaliserai donc un certain nombre d'appareils non-virtuels pouvant fournir, à partir d'interactions avec cet objet virtuel supposé, des marques ou mesures qui me soient perceptibles. Il pourra s'agir de prélèvements d'échantillons d'air ou d'eau, portant sur le présent ou sur le passé (carottages glaciaires par exemple), des résultats d'enquêtes auprès d'archives scientifiques ou professionnelles, mais aussi pourquoi pas de sondages d'opinion ou toutes autres formes d'observation. En préparant ce matériel, par exemple en définissant les questions et les réponses possibles, j'accomplis ce que les physiciens nomment une "opération de préparation d'état" et je pose en principe que cette opération produit un état virtuel "correspondant" qui est précisément l'objet de l'étude que présuppose toute tentative de description.

J'admets a priori que l'entité virtuelle “ réchauffement de température ”, lorsqu'elle est soumise au mode d'interaction, change d'une façon que je ne connais pas. Mais ce changement inconnu peut être défini factuellement (objectivement), à savoir: " celui qui correspond au mode opératoire mis en action" et que je constate sur l'appareil de mesure. L'interaction ne détecte pas une propriété intrinsèque de l'objet, elle crée une propriété perceptible d'interaction. Supposons que je veuille étudier le réchauffement de température s'étant produit globalement dans le monde durant le 20e siècle. Si j'enquête auprès de la Météorologie nationale, l'entité virtuelle réchauffement de température ainsi étudiée, susceptible d'innombrables observations et donc de définitions différentes, est (dans mon esprit ou dans mon enquête) modifiée par cette enquête et devient, à travers celle-ci (et seulement à travers elle), le réchauffement de température tel que se le représente la Météorologie pour la période considérée. Lorsque j'enquêterai auprès de l'Agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), l'entité virtuelle sera à nouveau modifiée. Elle deviendra le réchauffement de température tel que le voit ce service.

Les manifestations perceptibles de l'observable virtuel sont dénommées ses "valeurs propres". L'ensemble des valeurs propres d'un observable virtuel constitue son "spectre". Le mode opératoire d'interaction qui définit l'observable virtuel crée une valeur propre perceptible de cet observable. Mais l'observable n'est pas une propriété de l'entité virtuelle. C'est une opération d'interaction d'une entité virtuelle avec un appareil matériel. De ce fait la valeur propre créée qualifie l'interaction et non l'entité. Si l'enquête auprès de la Météorologie française me dit que le taux de réchauffement de température est de 1° centigrade en moyenne depuis 1900, ce chiffre qualifie l'interaction de l'entité virtuelle réchauffement de température avec les moyens d'information dont disposent cet organisme , et non l'entité virtuelle réchauffement de température toute entière.

Ainsi, afin de qualifier une entité virtuelle, je définirai des dimensions de qualifications opératoires qui seront des interactions entre cette entité et des appareils d'observations et qui créeront des effets d'interaction perceptibles interprétables selon certaines règles en termes prédéfinis de "valeurs propres d'observables...". On voit que dans le but de connaître une entité virtuelle du type du réchauffement de température, je suis obligé d'adopter une attitude de description radicalement active. Je dois créer aussi bien les objets de descriptions que les qualifications.

Imaginons maintenant que je refasse un grand nombre de fois l'opération de mesure, en m'adressant à d'autres interlocuteurs, la NOAA, le pétrolier Total, Greenpeace, le ministère de l'environnement.... Imaginons aussi que je change d'instruments de mesure, par exemple en réalisant des prélèvements d'eau, puis d'air, puis des observations sur la végétation, puis des sondages individuels auprès d'un échantillon de population ... Imaginons enfin qu'à chaque fois je trouve le même résultat (soit un réchauffement de température estimé à 1° centigrade en un siècle. A ce moment je pourrai dire : “ la qualification de l'entité virtuelle réchauffement de température, soumise à telles opérations de mesure, conduit invariablement au résultat « Augmentation de 1° en un siècle ». Donc la caractérisation du réchauffement de température face à ces opérations de mesure est terminée. Elle consiste dans la valeur propre 1°, rapportée aux plages de temps choisies pour l'évaluation.

Mais en général, la réitération d'un grand nombre de fois une opération de mesure et le recours à un grand nombre d'opérations de mesure différentes font apparaître tout un spectre de valeurs propres de l'entité virtuelle réchauffement de température, allant par exemple de 0,5 à 1,5 degrés centigrade et portant sur des éléments très divers. La situation se révèle être statistique.

Dans ces conditions, la valeur propre 1°, à elle seule, n'est pas caractéristique du réchauffement de température. Je suis obligé de faire un nouveau pas vers la caractérisation de cette entité virtuelle en établissant la distribution statistique des fréquences relatives obtenues pour l'entier spectre des valeurs propres. Mais je dois me souvenir que la distribution statistique du spectre des valeurs propres est elle aussi relative aux diverses opérations de mesure mises en jeu. Aussi, afin d'augmenter les probabilités d'avoir véritablement caractérisé le réchauffement de température, je rechercherai la distribution des fréquences relatives des "valeurs" de qualification obtenues par plusieurs biais de qualification différents. Je choisirai plusieurs observables différents tels que les opérations de mesure correspondantes soient mutuellement exclusives.

On résumera en disant que par un très grand nombre de réitérations d'opérations de mesure mutuellement exclusives, j'obtiens de l'entité virtuelle réchauffement de température une certaine connaissance globale, probabiliste, qui est un invariant observationnel pouvant lui être associé et le caractériser. Je puis aller plus loin en établissant un algorithme mathématique prévisionnel donnant une représentation abstraite du résultat obtenu. J'établirai, pour toute opération de préparation, une fonction d'état ou fonction de probabilités qui représentera l'ensemble de tous les résultats expérimentaux en fonction du temps – ce qui s'impose dans le cas du réchauffement de température puisque celui-ci est supposé évoluer dans le temps.

Une fois que cette fonction de probabilité a été construite, des calculs simples permettront d'obtenir des prévisions quantitatives. Mais il ne s'agira que de prévisions probabilistes globales et pas de prévisions individuelles affirmées avec certitude. Elles pourront cependant se révéler d'une précision déconcertante. Ainsi l'entité réchauffement de température qui au départ n'était qu'un simple étiquetage subit finalement une transmutation en un outil mathématique de description probabiliste prévisionnelle, qui me sera fort utile dans la suite de mes travaux, notamment pour convaincre des décideurs de l'urgence des mesures à prendre afin de contrer le phénomène. Ce sera en quelque sorte, pour reprendre le terme utilisé par la physique quantique, la fonction d'onde ou vecteur d'état de l'entité virtuelle réchauffement de température. L'opacité qui sépare le supposé niveau virtuel du réchauffement de température et mon propre niveau de perception et d'action sera – en ce sens et en ce sens seulement - levée. Une structure descriptionnelle prévisionnelle et vérifiable aura été mise en place.

Malgré les apparences, on voit que la méthode MCR est très différente des méthodes classiques. Ainsi, en ce qui concerne le réchauffement de température, l'observateur climatologue classique affirme a priori l'existence d'un phénomène, le réchauffement de température, tel qu'il le définit. Il exclut toute autre définition et c'est à partir de cette définition qu'il travaille. Ainsi tel auteur inclura dans le calcul du réchauffement de température les variations de températures observées dans la circulation océanique profonde dite thermohaline, et tel autre les migrations d'animaux obligés à s'adapter. Tel autre ne tiendra pas compte des niveaux d'enneigement observés dans les stations de ski. Ces auteurs procéderont ensuite à des mesures statistiques qui donneront une apparence de scientificité à leurs définitions, dont ils se garderont bien d'annoncer le caractère partiel. Evidemment, les climatologues honnêtes ne sont pas tous incapables d'efforts destinés à exclure la subjectivité et le caractère partisan de leurs travaux. En croisant les points de vue, ils peuvent aboutir à des caractérisations, toujours relatives mais plus générales, des phénomènes qu'ils étudient. Mais dans ce cas, ils retrouveront sans le savoir les procédures de la physique quantique résumées dans la méthode MCR exposée ci-dessus. Ils courront cependant à tous moments le risque de retomber dans l'erreur de la réification – ce qui est plus difficile, bien que pas totalement impossible, en matière de physique quantique.

Généralisation de la méthode

On le voit, l'application de la méthode ne se limite pas aux représentations scientifiques du monde mais plus généralement à celles qu'en donnent tous les langages symboliques – y compris le langage politique, grand consommateur de références à de prétendus “ existants ” qui n'existent que par la volonté des acteurs de la vie politique. Sa portée est donc universelle. Selon nous, elle devrait donc être dorénavant enseignée et appliquée partout.

Il faut bien voir que c'est la transposition à la science macroscopique de la pratique épistémologique de la physique quantique qui représente la nouveauté de ce travail. Divers chercheurs en sciences de la complexité, par exemple Edgar Morin avec ses célèbres notations récursives avaient essayé de proposer des modèles tenant compte de l'implication de l'observateur dans ses descriptions, mais ces tentatives n'ont jamais été convaincantes ni généralisables. Pour y réussir, il fallait d'abord interroger au fond la démarche du physicien quantique, puis la constituer en méthode utilisable dans tous les autres domaines de l'acquisition de connaissance.

Si on veut l'appliquer constamment, la méthode MCR paraîtra peut-être au premier abord un peu raffinée ou perfectionniste, étant donné que ses performances spécifiques ne sont vraiment frappantes que dans des cas relativement peu courants de la vie quotidienne. Notre lecteur n'aura pas manqué de se moquer, nous en sommes persuadés, du luxe de précautions méthodologiques que nous avons évoquées pour traiter du réchauffement de température. Comme on dit, c'était un peu se noyer dans un verre d'eau. Mais il s'agissait d'une démonstration d'école. Par contre, ces précautions apparaissent indispensables quand on est confronté à des paradoxes ou à des faux problèmes qui semblent insolubles (par exemple, est-ce que Gaïa tel que définie par James Lovelock existe vraiment ?).

Plus généralement, la méthode s'impose quand il s'agit, comme l'indique James Lovelock, de rapprocher des sciences qui refusent de le faire spontanément, bien qu'elles traitent toutes du même sujet, Gaïa : géologie, vulcanologie, océanologie, météorologie, biologie et anthropologie. On devra utiliser aussi la méthode dans des domaines qui, suite à telle ou telle pratique particulière (météorologie marine à court terme, par exemple) sont d'ores et déjà abordées par des méthodes professionnelles locales englobant de fait la méthodologie MCR, bien qu'à l'état implicite et non-systématisé. Il sera alors possible de réintégrer leurs résultats dans les méta-connaissances recherchées. On voit que tout impose dans tous ces cas d'utiliser MCR comme référence explicite générale, tout en employant les raccourcis que cette méthode définit elle-même, à chaque fois que ceux-ci sont " légalement " acceptables sans introduire des contresens. On disposera ainsi d'une sécurité de conceptualisation permanente.

Serait-il possible de trouver dans cette direction, sinon des solutions efficaces au drame actuel, qui nous semble hélas irréversible, mais des perspectives dessinant les contours d'un monde différent, où seraient conservés les acquis cognitifs de l'actuel ? Nous en sommes persuadés, mais il faudra que se mettent en place des techniques et des procédures de gouvernance représentant des sauts qualitatifs considérables par rapport à ce qui se pratique aujourd'hui.

Pour en savoir plus
Sur MCR, voir en particulier Mioara Mugur-Schächter, L'infra-physique quantique. Une révolution épistémologique révélée dans es descriptions de microétats. Dianoïa PUF, parution fin mars 2009 .
21/03/2009
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