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Avant le G20, brouillage de l'image des chefs d'Etat

Les chefs d'Etat, face à la crise qui se généralise, perdent de leur crédibilité. Mais c'est en partie parce qu'ils n'ont pas su sauvegarder celle des Etats dont ils sont les chefs.

Ceux qui attendaient du futur G20 de Londres des réformes profondes du système financier international seront sans doute déçus. N'anticipons pas mais constatons cependant que l'image des chefs d'Etat présentés comme porteurs des grandes réformes est de plus en plus brouillée, sinon affaiblie. Barack Obama semble avoir épuisé une grande partie de sa crédibilité, devant sa faiblesse supposée à l'égard d'AIG (laquelle aurait financé sa campagne) et plus généralement les critiques qu'il reçoit ouvertement maintenant des conservateurs et d'une partie des démocrates. Les chefs d'Etat européens qui comptaient sur son adoubement en seront pour leur frais. Gordon Brown incarnant  une  inoxydable « relation spéciale »,  s'est fait sèchement répondre que celle-ci était désormais du passé. On ne voit pas en effet le bénéfice que les Etats-Unis tireraient d'une relation spéciale avec un pays qui continue à tout miser sur la finance internationale et qui s'enfonce avec elle. Quant à Nicolas Sarkozy, il vient de se faire préférer Chirac dans le discours d'Obama à l'égard du « rôle historique » de la France. Obama n'a pas tort sur ce point, évidemment.

Mais le brouillage de l'image des chefs d'Etat ne se limite pas, au moins dans les opinions, à celle d'Obama et de Brown. Qui peut décrire avant le G20 les positions de l'Allemagne,  de la Russie, de la Chine, du Japon. Quant à Nicolas Sarkozy, pour revenir à lui, il donne l'image d'une agitation de plus en plus affaiblie, tout en restant aussi stérile qu'auparavant. Ce qui devrait figurer dans les anthologies comme l'une de ses meilleures phrases : « S'il y en a des qui s'imaginent qu'il faut baisser les impôts » semble montrer, dans la forme comme dans le fond, la profondeur de sa pensée. On peut croire qu'un Chirac ou un Villepin auraient épargné cela à notre pays.

Ne pas confondre chef d'Etat avec Etat, ni Etat avec République


Si les chefs d'Etat perdent l'image de recours qu'un moment les opinions avaient cru voir en eux, c'est qu'un chef d'Etat, fut-il un homme exceptionnel, ne peut se substituer à un Etat. Ceux-ci, en Europe, avaient été construits par des décennies, sinon des siècles, de traditions régaliennes. Des corps administratifs nombreux et efficaces avaient été sélectionnés (y compris par la lecture de la Princesse de Clèves) pour gérer les services publics et l'intérêt général. Ils y ont réussi assez bien, malgré quelques dysfonctionnements  qui auraient pu être réparés par des politiques intelligentes de modernisation. Mais, après avoir attaqué sans répits les administrations et les services publics pour les  remplacer par des sociétés privés et du capital spéculatif, les libéraux ou néolibéraux de par le monde ont réussi à priver partout les nations de ce qui faisaient leurs colonnes vertébrales. La crise n'a rien appris à cet égard à Nicolas Sarkozy, puisqu'il persiste par des mesures plus dangereuses les unes que les autres, à déconsidérer les administrations françaises et leur nécessaire neutralité. Voyez entre autres l'affaire de la nomination du président des Caisses d'Epargne/Banques populaires (ou plus exactement celle de la commission de déontologie) ou celle qui se prépare à Radio-France.

Mais l'Etat lui-même ne peut pas grand-chose s'il n'est pas soutenu, dans l'esprit de ses serviteurs comme dans celui des citoyens, par une haute idée de la République à laquelle ils ont l'honneur d'appartenir. Ne nous engageons pas ici dans l'énumération des valeurs incluses dans ce concept de République, beau comme l'Antique. Disons seulement que des images effroyables, telles celles du film Gomorra et du tout récent téléfilm « La Journée de la Jupe » (Arte, 20 mars, 20h45) montrent bien ce que devient une société quand les serviteurs de l'Etat sont vendus aux maffias ou livrés sans défense aux communautarismes et aux guerres tribales.

Malheureusement, ces guerres tribales, y compris en Europe, vont se multiplier avec l'exacerbation de la crise systémique mondiale.  Tous ceux qui, en Europe,et ailleurs, ne se seront pas ressaisis pour redonner du sens  au concept de République et du contenu à celui d'Etat, porteront une responsabilité majeure devant l'histoire.
21/03/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Sublime !
22/03/2009 22:00:10 | Par : wykaaa
Votre dernière phrase est sublime mais la question est : y en aura-t-il qui se ressaisiront ?
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