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Le nouveau départ de la science américaine

L'arrivée au pouvoir des démocrates et à la présidence d'un personnage tel que Barack Obama, apparemment plus réaliste que ne l'était son prédécesseur, a redonné manifestement beaucoup de tonus non seulement à la communauté scientifique et universitaire américaine, mais à tous les intérêts économiques et politiques pour qui la puissance scientifique et technologique sera sans doute pour l'Amérique la seule façon de maintenir sa suprématie.

L'Amérique, depuis la 2e guerre mondiale, a toujours fondé sa domination sur les quelques années d'avance que lui donnaient des recherches scientifiques soutenues sans faiblir tant par le secteur des entreprises que par les laboratoires publics et les fondations privées. Une grande partie de ces recherches étaient financées et développées par ce qu'il convient d'appeler le lobby militaro-industriel. Il s'agissait d'assurer la suprématie physique de l'empire américain, dans les airs et l'espace, sur terre et sur mer. Mais une grande partie visait aussi à soutenir le soft power, c'est-à-dire l'emprise  du savoir-faire intellectuel de l'élite politique et scientifique américaine sur le reste du monde.

Avec l'arrivée des néoconservateurs et la Global War on Terror lancée par G.W.Bush et ses supporters politiques à partir de 2001, l'importance donnée à la science a paru diminuer. Certes les recherches et applications dédiées aux armements (aéronautique, espace, informatique, robotique, biologie, sciences cognitives)  sont restées à peu près constantes, mais elles ont visé en priorité des applications à court terme, en négligeant de plus en plus  la recherche fondamentale. Dans le même temps cependant, les principaux  budgets civils de recherche, soutenus  par le budget fédéral, ont été fortement réduits, car l'Etat devait financer la guerre en Irak et sur les autres fronts, coûts estimés à plus de 3 trillions de dollars – et sans doute davantage.  

Sur le plan politique, le monde entier a pu aussi constater la véritable chasse aux sorcières menées par les intégristes religieux contre l'indépendance d'esprit et le refus des mots d'ordre qui avaient jusqu'ici caractérisé beaucoup de grands scientifiques américains et fait leur renom dans le monde entier, attirant aux Etats-Unis une grande part des jeunes élites mondiales. Le ban mis par l'Administration sur le financement publique des recherches intéressant les cellules souches ou l'expérimentation sur  des embryons de 4 cellules seulement avait fortement nui à l'image des Etats-Unis dans le monde scientifique. Les contrôles de sécurité imposés aux mouvements et immigrations de chercheurs étrangers en avaient découragé beaucoup.

Le « surge »

L'arrivée au pouvoir des démocrates et à la présidence d'un personnage tel que Barack Obama, apparemment plus réaliste que ne l'était son prédécesseur, a redonné manifestement beaucoup de tonus non seulement à la communauté scientifique et universitaire américaine, mais à tous les intérêts économiques et politiques pour qui la suprématie scientifique et technologique sera sans doute pour l'Amérique l'un des seuls moyens de survivre dans un monde multipolaire empli de concurrents agressifs. Restaurer cette suprématie s'impose notamment vis-à-vis de la Chine, de l'Inde, de la Corée et accessoirement du Japon, où le nombre des bons scientifiques et des projets ambitieux ne cesse de grandir. Indiquons en passant que l'Europe, pour sa part, n'a jamais été globalement considérée comme susceptible de rivaliser avec les Etats-Unis sur ces plans et ce n'est pas son atonie actuelle en matière de financement de la science qui fera changer cette opinion.

En dehors de la levée spectaculaire de l'interdit sur les recherches concernant les cellules-souches embryonnaires, les premières décisions de la nouvelle présidence ne déçoivent pas les milieux scientifiques. Jamais autant d'argent, semble-t-il, ne sera injecté dans les sciences et technologies. Il est difficile d'en faire le compte, car les mesures sont dispersées au sein du méga-budget de $3,6 trillions proposé pour 2010 et du plan de relance (stimulus package) de $787 milliards destiné comme son nom l'indique à relancer l'économie dite réelle. Ces sommes devront être dépensées en 2 ans, ce qui représentera un afflux de fonds jamais connu, même du temps du projet Manhattan et du programme Apollo (respectivement §200 milliards et $35 milliards en valeur d'aujourd'hui). Les difficultés de gestion seront donc importantes. Mais mieux vaut être riche que pauvre quand il s'agit d'optimiser l'emploi de ses économies.

Aujourd'hui, dans le plan de relance de $787 milliards, $120 milliards devraient aller à la recherche et aux technologies, soit :
-    $46 milliards pour le développement des énergies propres
-    $24 milliards pour les infrastructures de communication à large bande, la télémédecine, la gestion électronique des fichiers médicaux, etc.
-    $11 milliards pour l'amélioration du réseau de distribution d'électricité.
-    $10 milliards pour les National Institutes of Health, dont une part importante aux recherches médicales.
-    $7 milliards pour la dépollution et mesures associées (environmental clean-up)
-    $5,5 milliards au Département de l'énergie dont une part importante aux recherches avancées et à l' « Office of Science ».
-    $3 milliards à la « National Science Foundation », dont le budget actuel est de $6,16 milliards.
-    $2 milliards à diverses agences de recherche : NOAA, NIST, USGS, ARS et DOD (Darpa)
-    $1 milliard à la Nasa dont le budget actuel est de $17 milliards.

(source NewScientist 7 march 2009, p. 8)

Ces chiffres devraient évidemment être augmentés des financements consentis, malgré la crise, par différents ministères, comme le Département de la défense en matière de systèmes spatiaux militaires et de robotique de défense. Il faudra y ajouter les financements fournis par les grandes entreprises et les Fondations privées, beaucoup plus intéressées à la recherche que leurs homologues en Europe et particulièrement en France.

Cependant, l'allocation des ressources entre les différentes parties prenantes, dans chacune de ces grandes enveloppes, ne se fera pas facilement. Les résultats ne viendront pas immédiatement. L'effet sur la relance sera alors contesté. Certains scientifiques craignent un coup de fouet en retour, de la part d'une opinion déçue. Mais dans l'ensemble, l'idée d'intervenir massivement et sur tous les fronts est soutenue par l'ensemble des intérêts concernés.

Vive la crise


On rappellera que pour trouver les crédits nécessaires sans accroire vertigineusement la dette et l'emprise des capitaux asiatiques, Barack Obama s'est engagé dans un désinvestissement diplomatique de grande ampleur. Comme nul n'en ignore, il recherche, avec l'aide des démocrates, à normaliser ses relations avec la Russie, l'Iran et les pays du Moyen Orient en général, tout en diminuant le soutien actuel inconditionnel à Israël. Le seul caillou dans la chaussure demeure pour lui l'Afghanistan et en arrière plan le Pakistan. L'Amérique n'a plus les moyens de tout faire. Elle sauvegarde donc l'essentiel.

Comme on le voit, la crise est bonne conseillère pour les Etats-Unis, dans le domaine diplomatique comme en ce qui concerne la relance à donner à la science. Terminons cependant par notre question de routine : que fera dans le même temps l'Union européenne ?  que fera le Royaume-Uni, où les chercheurs s'inquiètent déjà de rester à la traîne ? que fera la France, hormis continuer à « réformer » à coups de restrictions budgétaires le secteur de la recherche publique ?

10/03/2009
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