Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Trump et Merkel. La gifle ?

Le 17 mars, Angela Merkel s'était rendue à Washington pour une rencontre qu'elle avait fait demander à Donald Trump. C'est la première fois qu'un chef de gouvernement européen fait une telle démarche.
Trump n'avait jamais pensé utile de rencontrer des leaders européens ou des responsables de l'Union européenne, UE, en dehors de contacts diplomatiques. Il avait toujours manifesté une sorte de mépris à l'égard des Européens, dont il avait souligné le peu d'importance politique – ceci non sans raisons lorsque l'on constate l'effacement de ceux-ci sur les problèmes géopolitiques qui l'intéressent actuellement, notamment la lutte contre l'Etat islamique et les relations avec la Russie. Il reproche par contre aux Européens, et notamment à Angela Merkel, de ne faire aucun effort dans le contrôle des migrations ou sur les questions de protectionnisme économique.

L'on a guère souligné en Europe, et notamment pas en France, le caractère quelque peu humiliant de voir Angela Merkel, le chef d'un des deux grands piliers de l'UE, courir aux ordres à Washington après les propos humiliants de Trump, comme si elle cherchait à se faire pardonner. De plus elle s'érigeait de facto comme la responsable de la diplomatie de l'UE, ce qu'elle n'est pas, malgré l'importance du rôle de l'Allemagne sur le continent. L'on peut constater avec ironie qu'après cette rencontre, Angela Merkel a reçu de Trump une sorte de gifle diplomatique qui ne la grandit pas, non plus que l'Europe en général, et dont elle ne devrait pas se vanter. La forme la plus évidente de cette gifle, notée par tous les médias, est que Trump contrairement à tous usages avait refusé la traditionnelle photo où lui et Merkel se seraient serré la main au terme de l'entretien.

Certes, dans la conférence de presse ayant suivi la rencontre, les deux responsables ont souligné leur accord sur le fait que l'Allemagne accroitrait sa participation à l'Otan et que les Etats-Unis continueraient à participer à cette Organisation. De même, ils ont convenu qu'ils travailleront ensemble à la résolution des problèmes en Afghanistan, Syrie et Irak.

Politique commerciale

Par contre aucun accord sur les questions de politique commerciale n'est apparu. Trump a insisté sur le caractère non correct (unfair) des Européens et notamment de l'Allemagne à l'égard des Etats-Unis. Sans le dire explicitement il menaçait l'Allemagne d'une guerre commerciale à laquelle il avait fait allusion lors de sa campagne électorale. Il avait ainsi indiqué qu'il comptait augmenter de 35% les droits sur les exportations de l'industrie automobile allemande. Plus généralement, Trump fait aujourd'hui préparer une taxe d'équilibre aux frontières, « border adjustment tax », par laquelle les exportations américaines paieraient moins d'impôts, le manque à gagner étant reporté sur les importateurs européens, notamment allemands, aux Etats-Unis.

Lors de la dernière rencontre du G20 à Baden Baden, le nouveau secrétaire d'Etat au commerce Steven Mnuchin, ancien banquier de Wall Street, avait refusé de signer un communiqué commun prônant le libre échange et le refus du protectionnisme. La Chine sera la première victime de cette politique, mais l'Allemagne en souffrira beaucoup aussi. En 2015 le surplus commercial allemand avait atteint la somme considérable de 260 milliards dont 54 concernant le commerce avec les Etats-Unis. Ceci est le résultat de la politique de quasi libre-échange dont Berlin est le champion et que Merkel avait poussé Trump à continuer d'accepter.

En Allemagne, la rencontre de Washington, et ses résultats négatifs sur ce point essentiel, n'ont pas grandi le prestige d'Angela Merkel. Le vice président du parti social démocrate partageant le pouvoir avec la démocratie chrétienne, Carsten Schneider, a menacé l'Amérique de mesures de rétorsion. Celles-ci pourraient prendre la forme, comme vient de l'indiquer la ministre de l'économie allemande Brigitte Zypries (SPD), d'un procès devant l'Organisation mondiale du commerce. Mais l'Allemagne ne pourra à elle seule mener une contre -offensive commerciale contre Trump. Elle aura besoin de l'appui de tous les Etats européens. Jeromin Zettelmeyer, le chef économiste du ministre de l'économie allemand, vient d'indiquer au Handelsblatt qu'il convenait de se préparer à une guerre tarifaire commune avec les Etats-Unis.

 Pour rompre l'isolement de l'Allemagne dans cette perspective, la diplomatie germanique espère convaincre de la nécessité du libre échange les pays du Mercosur, le Japon et la Chine. Elle n'aura pas de mal dans ce dernier cas vu la nécessité selon le président Chinois d'une telle politique. Il n'échappe à personne que ces mêmes pays sont dans le viseur du gouvernement américain compte tenu de leur soutien au libre échange dont, selon Trump et non sans raisons, souffre actuellement l'Amérique.

Qu'en est-il de la France? La fragilité de l'économie française est telle que dans tous les cas elle souffrira des positions adoptées par les Etats-Unis et les Européens dans leurs futures négociations.Il est en attendant curieux que nul en France ne réagisse au rôle que s'attribue l'Allemagne dans cette conjoncture. Il est plus étonnant encore de constater que les candidats à l'élection présidentielle française, en dehors de généralités, ne proposent pas, sauf peut-être Jean-Luc Mélanchon, de choix politico-économiques convaincants pour notre pays.

Note

Ceci dit, ne désespérons pas de Merkel. Elle compte se rendre prochainement à Moscou, pour une rencontre bien préparée avec  Vladimir Poutine. Hollande, lui, restera chez lui.

Voir
http://theduran.com/germanys-merkel-heads-moscow/

 

18/03/2017
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire