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Faut-il s'indigner de voir Siemens s'allier dans le nucléaire avec Rosatom

L'allemand Siemens et le groupe d'État russe pour l'énergie atomique, Rosatom, ont annoncé le 4 mars la signature d'un protocole d'accord en vue de la création d'une joint-venture dans le nucléaire, dont le conglomérat russe aura la majorité. Les deux parties veulent notamment construire ensemble des centrales du futur et développer les projets de réacteurs russes à eau pressurisée. Est-ce une nouvelle défaite pour l'unité européenne?

Beaucoup de commentateurs observeront que les Européens marquent une nouvelle fois leur incapacité à s'entendre sur des stratégies communes pour l'énergie, que ce soit dans le domaine nucléaire ou pour le pétrole et le gaz. Au-delà de décisions impliquant des entreprises à qui rien n'interdit de se faire concurrence, dans l'état actuel du marché européen, certains y verront  peut-être aussi les conséquences d'un refroidissement récent des relations entre la France et l'Allemagne. Si c'était le cas, ce serait effectivement très dommageable. Le gouvernement français a-t-il une responsabilité dans cette affaire ? Nous ne nous prononcerons pas, connaissant trop mal les dessous du dossier. Il est certain que Nicolas Sarkozy a émis quelques paroles désagréables concernant l'attitude des Allemands face à l'énergie nucléaire. Il a paru par ailleurs jouer au mécano industriel en recherchant de nouveaux partenaires pour Areva. Ceci a sans doute déplu à  Siemens chez qui on n'oublie pas, malgré le temps passé, la « trahison »  des Français en 1973 au sein de l'entreprise électronique Unidata.  

Mais la question de fond est que l'Allemagne a dorénavant pris la pleine mesure de sa situation : elle est le centre incontournable de l'Europe. En tant que telle, elle s'estime tout à fait légitime, non seulement à préserver ses propres intérêts, mais à développer des relations fortes de coopération avec l'Est, notamment avec la Russie. Les Européens que nous sommes tous devraient s'en féliciter. La diversité de ressources que l'Europe peut déployer, en tant que système géostratégique global, bénéficiera à chacun. Pour le comprendre, il faut effectivement posséder un minimum de culture systémique et géostratégique. Les Français n'en ont jamais été très pourvus. Jacques Delors, dans un entretien avec Alain Minc pour Le Figaro, explique « Il faut comprendre qu'on est passé de l'Allemagne de Bonn à celle de Berlin. On n'a pas assez compris que ce pays était dans une position clé entre les membres de l'est et ceux de l'ouest de l'Europe». Certes, mais qui l'a dit en France ? Jacques Delors lui-même n'a peut-être pas assez insisté sur ce point.

Pour la suite des relations entre Siemens et Areva, faut-il dans ces conditions que l'entreprise française ouvre une procédure pour défendre ses droits, compte-tenu  de la décision du groupe allemand, prise au début de l'année, de se retirer de la filiale commune Areva NP, en charge de la construction des réacteurs, dont il détenait 34 %. ? Entre autres conditions liées à son retrait d'Areva NP, Siemens doit respecter une clause de non-concurrence (en principe jusqu'en 2020). De son côté, en vertu des modalités contractuelles initiales, Areva doit trouver 2 milliards d'euros avant 2012 pour racheter les 34 % de son ex-partenaire dans Areva NP. Mais cela, c'était avant l'annonce de l'accord  germano-russe. Alors que les discussions s'annonçaient serrées entre Areva et Siemens, va-t-on maintenant se diriger vers une sévère bataille juridique ?

Nous pensons que ce serait une erreur. Selon Siemens et le président de Rosatom, Sergueï Kirienko, d'ici à 2030, 400 nouvelles centrales devraient être construites à travers le monde, ce qui représente un enjeu d'au moins 1 000 milliards d'euros. Compte tenu d'un marché qui va rester très compétitif, comportant, outre Areva, l'américain General Electric (lié à Hitachi) et le japonais Toshiba-Westinghouse, les gouvernements européens et russe devraient veiller à préserver les possibilités d'expansion de leurs industriels respectifs. En l'absence de l'Agence européenne de l'énergie qui aurait été fort utile, y compris pour négocier avec les Russes dans le nucléaire et le gaz, il serait important qu'ils fassent front commun  dans la grande crise environnementale et économique qui s'annonce. Le nucléaire y jouera un rôle géostratégique essentiel.

Il ne faut surtout pas dramatiser cette situation, ni surtout, quelle que soit l'importance politique et géopolitique du nucléaire, en faire une affaire d'Etat et moins encore une affaire d'Europe.  Le marché du nucléaire est immense. Il y a place pour deux grands champions européens. Pour nous, que l'on ne peut pas accuser d'être exagérément libéraux, l'idée d'une concurrence entre ces deux géants, qui,  de fait, sont des entreprises quasi publiques, n'est pas mauvaise en soi. Quant au  reste, en France, on devrait  faire confiance à la sagacité et à la compétence de Mme Lauvergeon, souvent présentée comme la femme la plus puissante du monde, pour régler le problème industriel.
 
Par contre, ce dossier  présente un autre intérêt, celui de montrer à quel point le développement du partenariat Euro Russe, lancé en 1994 mais qui depuis patine un peu (il est vrai que Vladimir Poutine  n'y met pas toujours du sien...) demeure  une priorité absolue. Dans le nouvel équilibre qui s'installe, un tel partenariat s'impose pour des raisons de complémentarité  entre ressources et technologie, comme pour la communauté historique des cultures et le partage des champs stratégiques. Mais il ne sera pas bien entendu exclusif, ni pour l'un ni pour l'autre des partenaires, lesquels  conserveront évidemment leur indépendance respective.
 
Cependant  et c'est là-dessus que nous souhaitons conclure, la construction de ce partenariat ne peut aboutir sans une étroite entente franco-allemande. C'est aux politiques de faire leur travail sur ce plan.
04/03/2009
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Nombre de réaction(s) : 1
la honte siemens
04/11/2009 01:29:37 | Par : honte siemens

Siemens a copié la technologie française.
Siemens reste dans Areva en touchant les bénéfices des ventes françaises.
Et Siemens refuse de quitter Areva, sauf pour un prix honteux et arnaque.
Et Siemens s'allie avec un concurrent russe, brisant tous les accords commerciaux et de confidentialité.
Quadruple arnaque honteuse de la part des Allemands.
Ils doivent le payer très cher, j'espère que justice sera faite contre Siemens.
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