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Pour une nouvelle économie sociale

Nous avions écrit précédemment que la situation des DOM-TOM français constitue une lentille grossissante permettant de mieux percevoir les faiblesses structurelles qui handicapent les sociétés européennes en général. C'est vrai dans plusieurs sens. Mais là aussi pourraient se dessiner les solutions qui vont bientôt s'imposer à l'ensemble du monde.

Concernant les DOM-TOM, on évoque beaucoup et à juste titre ce qu'il faut bien appeler l'apartheid latent qui continue à séparer depuis l'ère coloniale les blancs des noirs. Ce même apartheid pèse évidemment sur les relations entre européens de souche (il parait qu'il faut dire souchiens) et immigrés ou descendants d'immigrés en Europe, notamment dans les banlieues des villes. Mais s'y ajoute (ce n'est sans doute pas un hasard) un autre problème pérennisant cet apartheid: l'impossibilité de voir s'implanter dans ces territoires, îles tropicales ou banlieues, des activités réellement productives, qui donneraient de l'emploi et donc un statut social aux personnes qui y vivent.

Dans les DOM-TOM, le vieux principe colonial règne encore à plein. Pas un bien de consommation, fut-ce un simple clou,  ne doit être produit sur place. Il faut tout importer de la métropole, pour le plus grand bénéfice des métropolitains ou des négociants. Les seules productions locales admises sont celles  de l'agriculture coloniale ou du tourisme, qui ne profitent  là encore que très peu aux descendants des esclaves. Comme on ne peut pas néanmoins laisser ceux-ci mourir de faim, la métropole les « assiste », à grands frais et avec beaucoup de pertes en ligne. Dans les banlieues européennes, le même scénario se répète sous des formes multiples. Les entreprises « blanches » se donnent  beaucoup de bonnes raisons pour ne pas y investir. Les Etats, à coup de « plans banlieues » et de mesures sécuritaires, « assistent » les habitants des cités, sans résultats évidemment. Les « jeunes » en provenant, diplômés ou pas,  n'y ont pas besoin d'assistance, mais de possibilités concrètes de s'employer honnêtement.

On objectera que la grande crise qui affecte dorénavant le monde entier, et pas seulement la France, rend la perspective de donner du travail utile à tous de plus en plus improbable. Concentrations, mécanisations, délocalisations multiplieront les licenciements et les chômeurs. Mais ceci n'est vrai que dans la perspective du capitalisme financier mondialisé, dans une économie où les valeurs  sont définies par les seules entreprises actuellement dominantes, obligeant à force de publicité intrusive les consommateurs à s'endetter pour des produits dont ils n'ont pas besoin. Il est certain que si le modèle industriel que se donne le monde capitaliste consiste à fabriquer des automobiles de luxe dans de grandes usines situées dans le tiers-monde, il serait vain d'espérer que ces productions puissent être implantées dans les DOM-TOM ou dans les banlieues européennes.

Heureusement, si l'on puis dire, la crise environnementale qui ne va que s'amplifier ( voir notre éditorial  http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=246&r_id= ) rendra ces processus économiques d'une part écologiquement insupportables et d'autre part commercialement inviables, car bientôt il n'y aura plus de clients pour acheter les voitures. On le voit bien aujourd'hui aux Etats-Unis. Ce ne sera donc pas ce type d'industrie qui pourra réduire les inégalités.

De nouveaux processus productifs


Supposons par contre qu'il soit désormais possible, nouvelles techniques aidant, de fabriquer localement, quitte à les payer un peu plus cher, des biens de consommation utiles à ceux qui les produisent, sans avoir ni à les importer ni à les exporter. Dans ce cas, le problème des débouchés mais aussi de l'emploi serait résolu, dans les territoires dits défavorisés eux-mêmes. On a rappelé avec justesse que les Antilles pourraient devenir auto-subsistantes en agriculture, quitte à rogner sur les plantations de bananes et à dépolluer les sols empoisonnés par les pesticides. Mais elles pourraient aussi produire localement la plupart des biens de consommation industriels vendus dans les supermarchés, des clous aux bicyclettes, voire des voiturettes électriques, plus adaptées que les 4/4 aux besoins de la circulation insulaire. Le même raisonnement, transposé aux banlieues, montre que d'innombrables produits, de la culture maraîchère de proximité aux logements et à divers biens industriels, pourraient être fabriqués localement.  Dans les deux cas, il faudrait ajouter évidemment les innombrables biens immatériels, de l'éducation, de la culture et de la science, qui eux aussi pourraient et devraient être « fabriqués » sur place.

Mais bien évidemment tout ceci ne se fera pas sans des changements politiques et économiques multiples : renoncer au libre-échange à tout-va, décentraliser la gouvernance politique et administrative au profit des minorités actuellement privées de représentation efficace, renforcer en parallèle le rôle des Etats planificateurs et régulateurs...Il faudrait aussi que les citoyens eux-mêmes se persuadent que leur bonheur ne consistera plus à rêver de consommations luxueuses, bling-bling, qui leur seront de plus en plus inaccessibles. Le bonheur consistera à travailler dans les nouvelles conditions offertes par un progrès technique bien compris. Parler de bonheur à travailler suscite aujourd'hui la moquerie. Ainsi, lorsque les militants  « verts » évoquent le retour à une agriculture européenne biologique qui emploierait 20% de  la population active au lieu des 4% requis  par l'agriculture productiviste, ils se font répondre que jamais les actuels chômeurs n'accepteraient de retour à la terre. Ils préféreront toujours, nous disent les psychologues de comptoir, l'assistanat et « la glande ». Nous pensons pour notre part que cela est faux. Cependant les mutations nécessaires ne pourraient  se faire spontanément, face à la concurrence des grandes exploitations industrielles.  C'est une reconversion complète des économies, dans l'agriculture comme dans l'industrie,  qu'il faudra décider, en vue  non de l'économie productiviste mais de l'économie sociale.

Nous refusons, répétons-le, l'objection courante selon laquelle une telle économie sociale nous reconduirait au Moyen-Âge, où les villages étaient effectivement auto-suffisants (quand tout allait bien) parce qu'ils produisaient eux-mêmes ce dont ils avaient besoin. Beaucoup de gens sont suffisamment avertis pour savoir qu'aujourd'hui, avec les nouvelles technologies intéressant les matériaux et les modes de production- diffusion, il devient très possible de répartir la production de valeur ajoutée tout au long des  filières de production, en intéressant à chaque stade un très grand nombre d'acteurs locaux. Outre l'agriculture, on cite souvent en exemple la génération d'énergies renouvelables par des techniques locales parfaitement efficaces, faisant de chaque consommateur son propre producteur. Il s'agit d'exemples parmi de nombreux autres. Mais pour que ces solutions soient viables, il faut qu'elles suscitent un effort considérable d'invention et d'organisation intéressant, en Europe, les Etats nationaux et l'Union toute entière.  

C'est en ce sens et non autrement que s'impose l'assistance collective aux régions actuellement frappées par le chômage et l'exclusion. Tout le monde doit s'y mettre. L'Europe peut le faire. Les crises de société frappant aujourd'hui les  DOM-TOM français, comme celles plus latentes couvant dans les banlieues européennes et autres zones dites défavorisées,  devraient donner l'occasion d'entreprendre ce changement radical.  

03/03/2009
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