Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Les mauvais exemples donnés à l'Europe par la France (suite). La chasse à l'administration.

Dans cette rubrique inaugurée il y a maintenant quelques mois, il faut ajouter un sujet particulièrement préoccupant : il s'agit de la destruction qui s'accélère de l'efficacité de l'administration française.

Cette destruction résulte de l'action directe du gouvernement et plus précisément encore du président de la République. Est-elle voulue ou seulement la conséquence indirecte de la marche à l'hyperprésidence ? Nous pensons que, à supposer qu'elle ne soit pas explicitement voulue, elle résulte d'un ensemble de démarches politiques, dont Nicolas Sarkozy se fait l'instigateur, visant à diminuer les responsabilités des  administrations et des services publics au profit des intérêts privés, jugés sans doute plus proches et plus faciles à instrumentaliser.

L'hyperprésidence, pour reprendre cette expression qui nous parait encore un euphémisme, serait actuellement critiquée, selon les gazettes, au sein même de la majorité parlementaire. Elle le serait aussi, mezza voce, par beaucoup de ministres eux-mêmes. Tous s'interrogent sur leur rôle et les moyens dont ils disposent pour participer efficacement à la définition et la mise en œuvre d'une politique d'ensemble.  Mais au-delà de leur poids personnel exact vis-à-vis de l'hyperprésident, les ministres commencent à constater que les appareils administratifs (ne mentionnons pas les cabinets) dont ils disposaient traditionnellement sont tellement attaqués actuellement qu'au mieux ils se réfugient dans l'attentisme. C'est le cas des directions des administrations centrales, indispensables dans un pays qui (heureusement) a conservé un minimum de coordination. C'est aussi le cas des services dits déconcentrés (ex-services extérieurs) représentant l'Etat dans les régions et départements.

Une double instabilité les affecte actuellement, outre  les réductions de crédits et de personnels qui les touchent tous sans exceptions. Il s'agit de la politique d'évaluation et de révision des politiques publiques et de la refonte des circonscriptions et des responsabilités des administrations locales. Les deux sont utiles. La France et l'Europe d'aujourd'hui imposent des changements. Mais lancer des idées générales (quand il ne s'agit pas de critiques non fondées) sans engager un véritable travail d'adaptation, partagé avec les intéressés, conduit à ce que les personnels concernés se bornent en attendant de connaître leur sort à l'expédition des affaires courantes.  Ceci affecte tous les ministères sans exception et ne se limite pas seulement à l'Education nationale et la Recherche. Même l'Intérieur et la Défense, présentés comme des soutiens obligés du pouvoir, ont depuis longtemps commencé à s'interroger sur leur avenir.

Il est dans l'esprit de tous, comme ce fut le cas aux Etats-Unis, que de telles offensives profitent à ceux qui tireront partie de la démission de l'Etat pour imposer leurs services (payants). L'exemple de l'éducation nationale est dans les  esprits, où l'on recrute aujourd'hui des auxiliaires faute de titulaires  et où par ailleurs l'on pousse les établissements confessionnels à remplacer les services de l'Etat. En ce qui concerne la sécurité-défense, le ver est depuis longtemps dans le fruit, avec la croissance des effectifs d'agents privés loués à des sociétés de service dont le nombre et le coût dépassent  largement ceux des fonctionnaires. Le problème est le même à la poste, dans les hôpitaux et bien d'autres administrations vitales pour la collectivité. A des niveaux moins visibles du grand public, les réductions d'effectifs et de pouvoir administratif atteignant la diplomatie, les services fiscaux, la justice entraînent  un désengagement croissant des organisations. Les attaques contre l'ENA et les Instituts régionaux d'administration  procèdent des mêmes manœuvres. Derrière la démagogie on ne peut que détecter la volonté de rendre l'administration française inefficace.

Il ne faut pas voir dans cette constatation,  que  font de plus en plus de directeurs et ministres eux-mêmes, un combat en  retardement destiné à bloquer les réformes. Le démantèlement des administrations publiques (pour reprendre un terme cher aux syndicats) est particulièrement dangereux à une époque où, crise globale aidant, le recours aux Etats et à leurs compétences humaines s'imposera de plus en plus, ceci dans toute l'Europe. A la lumière de cette crise, on voit que les pays européens disposant encore d'une administration publique ayant conservé une tradition d'efficacité, d'indépendance et de résistance à la corruption sont rares. Beaucoup au contraire, du fait du communisme, de l'ultra-libéralisme, de l'ultra-atlantisme, du poids des maffias, se retrouvent sans administration valable et donc sans capacité de réaction positive. Si ces pays veulent rester dans l'Union européenne et ne pas tomber dans des désordres pré-insurrectionnels, ils devront tirer parti de l'expérience des Etats ayant derrière eux une infrastructure administrative solide. Ce n'est donc pas le moment le meilleur pour que la France abandonne, afin de répondre aux vues personnelles d'un hyperprésident, un des atouts qui jusqu'ici lui avaient permis de se distinguer avantageusement des moins bien lotis.
01/03/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire