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Consensus sino-américain, mais pour quoi faire et pour combien de temps?

La visite d'Hillary Clinton, en Chine, les 21 et 22 février, symbolise l'évolution actuelle de la politique extérieure des Etats-Unis. Le thème sous-jacent de ce déplacement fut la crise économique et la principale demande américaine concerne la poursuite du soutien financier de la Chine par l'achat de bons du trésor. Mais ne s'agit-il pas d'une politique à courte vue?

Ce thème confirme certes l'importance nouvelle de la Chine dans les relations internationales et dans la politique extérieure des Etats-Unis. Certains observateurs sont allés jusqu'à dire qu'Hillary Clinton était venue tendre la sébile. Nous pensons quant à nous que le fond du problème, comment lutter efficacement contre la crise, n'a pas été abordé. On verra donc inévitablement revenir des affrontements de puissance.

L'argument principal d'Hillary Clinton, exposé aux Chinois, repose sur le thème que les deux superpuissances sont dans la même galère («Clinton says U.S. and China are in the same economic boat). La Chine n'a pas plus intérêt que les Etats-Unis à ce que ces derniers coulent. Elle doit donc continuer à acheter des bons du trésor américains. Un autre domaine important abordé lors de la rencontre fut celi de la lutte contre le réchauffement climatique, par la réduction des émissions de CO2. Là aussi, la conception américaine  est que Chine et Etats-Unis “sont dans la même galère”, étant à la fois les deux plus gros pollueurs et les deux pays qui sont les plus en retard et les plus réticents à entamer cette réduction. Les Etats-Unis  proposent à la Chine un effort de coopération d'une nouvelle ampleur, sans doute dans la perspective de l'important programme de relance (180 milliards d'euros) qui vient  d'être décidé par Pékin, dont une partie importante porte sur des investissements supposés « verts ». (voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=235&r_id. )

On ne peut que se réjouir de voir la nouvelle administration américaine renoncer à faire de la Chine un ogre contre lequel il fallait mobiliser. Mais on peut se demander si cette nouvelle posture est à plus long terme dans l'intérêt des deux partenaires. Par ailleurs, résistera-t-elle  à des retours inévitables d'affrontements.

On comprend bien que les Etats-Unis et la Chine aient pour le moment partie liée. Les Chinois veulent éviter l'effondrement du dollar et la perte de leurs prêts au trésor américain. Ils veulent aussi continuer à exporter leurs productions industrielles aux Etats-Unis  pour que le chômage ne s'accroisse pas chez eux. Les Américains  de leur côté ont besoin des prêts chinois pour  poursuivre leurs programmes militaires et lancer quelques timides réformes sociales qui coûteront très cher.

Mais ce faisant les deux économies  s'enferment dans un système d'échange de mauvais procédés responsable en partie de la crise actuelle. Les Chinois ne reconvertissent pas suffisamment leur production en vue du marché intérieur et en vue de diminuer les pollutions liées à une croissance sans précautions. Les Américains ne s'attaquent pas au fond de leur problème, qui est de cesser de vivre à crédit, cesser de dépenser dans des politiques  de puissance de plus en plus mal fondées, se mettre enfin au travail, sur le plan industriel et de la recherche, notamment dans l'économie verte et, finalement, commencer à réparer les dégâts de l'absence de politique sociale d'où naîtront les prochains troubles intérieurs (amiral Dennis Blair dixit).

A plus long terme, on peut penser que cette apparence d'accord ne changera pas en profondeur les antagonismes qui opposent les deux pays. Ainsi, les Américains craignent, et ils ont raison, les efforts incessants que font les Chinois pour renforcer leurs programmes spatiaux, militaires et de recherche. Ils craignent également les visées chinoises sur les ressources minières du monde, en Afrique et en Australie notamment.

On sait sur ce point précis que ce n'est pas seulement en Australie que les milieux politiques commencent à s'inquiéter de l'ambition des fonds souverains chinois, encore très puissants. Ainsi le groupe chinois de l'aluminium Chinalco a fait part, le 12 février, de son intention d'investir 19,5 milliards de dollars américains (15,2 milliards d'euros) dans le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, criblé de dettes. Quatre jours plus tard, le géant chinois des mines, Minmetals, faisait une offre de 2,6 milliards de dollars australiens (1,3 milliard d'euros) pour prendre le contrôle du groupe australien OZ Minerals. Précédemment, le gouvernement australien avait donné son feu vert fin septembre à une prise de participation de 49,9% du sidérurgiste chinois Sinosteel dans le groupe minier australien Murchison. Ceci lui a été reproché à Washington, où l'on est de plus en plus soucieux de protectionnisme. Là où la Chine prend pied, l'influence américaine recule. D'autant plus que le gouvernement chinois n'autoriserait jamais des opérations de cette nature touchant ses propres groupes industriels, à supposer que des firmes australiennes ou américaines disposent des capitaux nécessaires.

Hillary Clinton savait tout cela, mais elle s'est bien gardée d'en parler.
23/02/2009
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