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Enseignements du Forum social de Belem

Le Forum social de Belem s'est tenu simultanément avec le Forum économique de Davos. Il a rassemblé plus de 100.000 participants, dans un foisonnement de commissions et de propositions qui font la vigueur de l'altermondialisme mais qui rendent aussi ses messages difficilement lisibles pour ceux qui n'essayent pas d'en valoriser l'esprit général. Il se trouve cependant que c'est à Belem et non à Davos qu'ont été faites les propositions les mieux à même de combattre la crise systémique actuelle.

Les déclarations quelque peu populistes d'un Chavez, liées à des stratégies géopolitiques latino-américaines,  ne doivent pas occulter le fait que le Forum de Belem s'est, comme les précédents, adressé à l'ensemble du monde, y compris à ceux qui dans les pays européens ne veulent pas se laisser enfermer dans l'idéologie libérale. Il a rejoint notamment les propositions de décroissance des consommations gaspilleuses et de protection de l'environnement qui sont désormais partout à l'ordre du jour.

Aujourd'hui, alors que les deux manifestations se sont terminées, il apparaît que les débats du Forum social ont été les seuls à mentionner  les réformes du système économique et financier mondial que les participants à Davos n'ont pas su ou pas voulu aborder.  Sans céder à l'altermondialisme béat, il faut reconnaître que ces propositions sont très proches de celles dont les Etats européens devraient se saisir s'ils voulaient sortir d'une façon coordonnée de la crise dans laquelle ils s'enfoncent.

Le Forum social est trop divers pour que les participants en soient capables de s'accorder sur des communiqués communs. Cependant, une synthèse des travaux ayant porté sur les remèdes à la crise ayant éclaté en septembre 2008 peut être établie. Au-delà de la condamnation générale du système actuel élaborée par les quelques 30 assemblées générales, on peut retenir des propositions groupées sur le thème de la « remise de la finance à se place ».  Il s'agit d'abolir les paradis fiscaux et les fonds spéculatifs, généraliser  des mécanismes sévères de contrôle des activités bancaires ou financières et, de façon plus originale, développer une « alterfiscalité » (sur le modèle de la taxe Tobin) permettant de lever des fonds pour financer le développement des pays pauvres.

On pourrait penser que les altermondialistes vont dans ces conditions se retrouver proches des délégations gouvernementales qui se réuniront à Londres le 2 avril au sein du G20. Celles-ci devraient en principe proposer des objectifs similaires. La différence importante tient à ce que les altermondialistes demandent des mesures effectives et non pas des déclarations d'intention. Or il est très vraisemblable que le G20 se limitera à l'affichage de principes, chaque Etat étant laissé libre de les appliquer ou non. Le cas des paradis fiscaux est emblématique. Si les membres du G20 décidaient de les supprimer effectivement, ceci pourrait être fait dans un délai de 6 mois. S'ils acceptaient  que tel ou tel pays ne le fasse pas ou maintienne le secret bancaire, rien ne serait changé à la situation actuelle.

Le Forum social ne s'est pas limité aux questions de régulation financière. Il a repris ses exigences traditionnelles relatives à la protection de la planète, à la valorisation des biens dits gratuits tels que l'eau et l'air, au provisionnement des quelques milliards de dollars qui pourraient faire disparaître la malnutrition et les grandes épidémies...Toutes ces mesures figurent déjà, en principe, à l'agenda des Nations-Unies ou même de l'Union européenne. Mais là encore, il parait impossible de passer des déclarations d'intention aux décisions effectives.

Voilà pourquoi nous pensons pour notre part que des rapprochements politiques sont désormais indispensables entre tous ceux qui, notamment au sein de l'Union européenne, veulent changer le système économique et les politiques publiques en découlant. Certes, aujourd'hui, la volonté de certains altermondialistes de refuser de se rapprocher des partis de gouvernement, fussent-ils de gauche, nuit à la réalisation des convergences. Mais sous la pression de la crise grandissante, de nouvelles alliances s'établiront certainement, autour de programmes véritablement novateurs.

C'est ainsi, qu'il conviendra dorénavant d'étudier les effets bénéfiques d'une "inflation" modérée délibérée à base de crédits publics en faveur d'investissements et de consommations éco-compatibles, d'un protectionnisme sélectif  assorti d'un contrôle des changes, le tout évidemment dans le cadre d'un gouvernement économique et politique des Etats de la zone euro, qui n'existe pas encore. Des convergences en ce sens se produisent déjà, chez des experts de formation diverse. Il nous semble ainsi que l'économiste français Jacques Sapir,  directeur d'Études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales où il  dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS),  n'est pas très éloigné de telles propositions. Nous y reviendrons.
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03/02/2009
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