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Enseignement de la grève du 29 janvier. Refonder la société globale.

La tradition française
La grève générale réussie du 29 janvier, qui a mobilisé un nombre inusité de manifestants, devrait mettre en évidence aux yeux des Français d'abord, mais peut-être aussi des Européens, un certain nombre de réalités qu'il n'est plus désormais possible d'éviter par des mesures partielles ou de prétendues « réformes ». Elles imposent un retour au concept de service public et son extension à l'ensemble des économies mondiales.


Le système  capitaliste libéral mondialisé donnant la maîtrise de l'évolution globale  aux spéculateurs financiers n'est plus acceptable, car il mène le monde à la catastrophe. Mais les solutions de rechange envisagées actuellement sont soit trop timides soit utopiques car elles ne prennent pas en compte  la triple crise qui affecte le monde, démographique, environnementale, économique (distorsion entre les besoins et les ressources).

La crise étant globale nécessite une approche globale. Celle-ci ne peut être que d'esprit scientifique, en ce sens que la démarche scientifique est la mieux à même de prendre en compte la totalité des contraintes et de proposer des mesures harmonisées.

Une démarche scientifique doit d'abord porter sur les perspectives technologiques susceptibles de répondre aux besoins des populations mondiales en ménageant les capacités de réaction de la planète. On connaît les grands besoins en ce domaine, énergies nouvelles, nouveaux modes d'habitat et de transport, nouvelles pratiques agricoles, mais il en est bien d'autres que le développement des  sciences et des technologies permettront de satisfaire – à condition qu'elles soient financées par la collectivité à partir des gains de productivité permis par les avancées technologiques. Du fait de l'épuisement des ressources naturelles, le développement doit s'inscrire dans une perspective de décroissance des modes de consommations gaspilleuses et de croissance des modes de production-consommation reposant sur la formation, la recherche scientifique et la création culturelle. Une part importante de la recherche scientifique visera de toutes façons à ajuster en permanence les dépenses aux ressources, afin d'éviter les tensions inflationnistes pour le présent comme pour le futur.

Une démarche scientifique doit aussi porter sur les méthodes de gestion permettant de mobiliser les ressources humaines en rémunérant équitablement le travail tout en dégageant les épargnes nécessaires aux investissements du futur. L'entreprise libérale traditionnelle n'offre plus l'outil adéquat, mais l'appel aux méthodes de planification bureaucratique non plus. Les technologies de  l'information permettent aujourd'hui d'envisager de nouvelles méthodes de production participative scientifiques laissant aux travailleurs comme aux citoyens la possibilité de coopérer dans l'intérêt général.

Une démarche scientifique n'exclut pas, au contraire, de s'appuyer sur les ressorts éthiques inhérents au plus grand nombre des individus et des organisations. Les concepts d'intérêt général et de service public vont dans ce sens. Même s'ils sont susceptibles de larges divergences d'interprétation, ils doivent être considérés comme la base indispensable de toute refondation.  

Ceci conduit à proposer le concept de service public à la française (ou assimilé) comme une des meilleures solutions permettant d'assurer l'innovation, la production et la participation dans tous les domaines essentiels de l'économie. Les services publics à la française ont subi ces dernières années de nombreuses offensives inspirées par l'idéologie libérale. Il reste que, comme plus généralement le « modèle économique et social français », ils bénéficient d'un retour de faveur dans l'opinion par suite de la crise majeure actuelle du système capitaliste

Mais dans notre esprit, il ne s'agit pas de reprendre sans changements des solutions datant d'un demi-siècle. Il faut comme indiqué ci-dessus utiliser la démarche scientifique pour définir ce que pourraient être des services publics adaptés au besoin du monde de demain. Le concept de service public n'impose pas aujourd'hui de généraliser les entreprises publiques ni les « nationalisations », notamment dans les PME/PMI. Les services publics peuvent prendre des formes très variées. Ils peuvent éventuellement se faire concurrence les uns aux autres, si des règles générales fixent des limites à des compétitions que ne justifierait pas l'intérêt général.

Concernant les rémunérations, dans les services publics, les travailleurs de tous niveaux  sont rémunérés selon des grilles de salaires collectivement acceptées, selon lesquelles les hiérarchies ne bénéficient pas d'avantages exorbitants. Les rémunérations peuvent admettre certains intéressements compte tenu de la productivité individuelle, mais celles-ci ne doivent pas dépasser le montant du salaire principal. Pour le reste, toutes les valeurs ajoutées (ou bénéfices) produits par les services publics doivent être réinvesties dans les investissements ou retournées à l'Etat en contrepartie des prêts à moyen et long terme que celui-ci a pu consentir.

Par ailleurs, les services publics peuvent et doivent avoir comme objectif la valorisation des compétences des travailleurs de tous niveaux. La refondation du régime économique et social qu'ils doivent permettre reposera sur le concept de 1/3 temps dans le temps d'activité  : 1/3 de travail productif, 1/3 d'activités de formation, recherche et création, 1/3 de vie personnelle.

Au niveau des Etats, des collectivités super-étatiques telles que l'Union européenne  et finalement des organisations internationales, la coordination et la planification de toutes les actions macroéconomiques nécessaires au bon fonctionne ment de l'économie mondiale supposeront la mise en place d'organismes régulateurs puissants. On trouvera notamment des organismes de planification analogues à ce qu'était l'ancien Commissariat au plan français. Ils seront dotés des moyens suffisants pour réaliser les analyses et projections nécessaires à une bonne connaissance d'un monde de plus en plus complexes. A côté des banques centrales, responsables des ajustements monétaires à court terme, il faudra mettre en place de puissants établissements publics de crédit susceptibles de mobiliser les épargnes privées en les réinvestissant dans des opérations rentables à long terme.

Ces organismes techniques ne se substitueront pas aux institutions de la démocratie politique traditionnelle, là où elles existent, mais il faudra prévoir des méthodes permettant d'arbitrer entre les besoins collectifs incompressibles et des exigences éventuellement démagogiques de type électoraliste.

Au plan international, la régulation globale devra tenir compte des inégalités profondes séparant encore les pays dits riches des pays pauvres. Vouloir aligner les premiers sur les seconds serait destructeur pour le monde entier. Il conviendra donc de retenir le principe du protectionnisme basé sur la base de la réciprocité des efforts. Que ceux qui font des efforts de reconversion et d'investissement ne soient pas condamnés d'avance à l'impuissance. Le protectionnisme est parfaitement viable au niveau d'un grand ensemble comme l'Union européenne. Par ailleurs, comme le monde ne sera pas avant longtemps composé de groupes pacifiques, il conviendra de poursuivre aussi longtemps que nécessaire des investissements de défense axés sur la dissuasion.

Les pays européens sont encore réticents vis-à-vis des méthodes de gestion publique et de régulation dont la France avait jusqu'à ces dernières années une grande expérience, généralement jugée très positive.  Il convient donc que les défenseurs de cette solution sachent la préciser et la faire admettre, non seulement à ceux des citoyens français qui seraient encore hostiles, mais à tous les Européens, voire au reste du monde.

Le spectacle de la vie politique française actuelle montre malheureusement que les concepts développés ici sont ignorés ou combattus tant par la majorité que par l'opposition de gauche. Mais les réactions des manifestants interrogés dans la rue le 29 janvier laissent penser que beaucoup de citoyens français seraient prêts à s'y investir. Quel sera le mouvement politique capable de mobiliser ces énergies sur les bases esquissées ci-dessus ?  

29/01/2009
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