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Jean-Claude Empereur

Jean Claude Empereur est vice-président délégué de l'ONG Paneurope-France. Il réagit ici aux propos d'Henri Guaino dans le Figaro du 24/01/2009 et propose de transposer son analyse au niveau de l'Europe en organisant dès cette année, des « Assises pour une politique européenne de civilisation ».

Suite à l'analyse  très pertinente  de Jean-Paul Baquiast publiée par ailleurs (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=212&r_id= ), je reviens sur l'entretien accordé par Henri Guaino au Figaro.  

Pour comprendre l'importance de cet entretien,  il faut le resituer dans son contexte et s'interroger sur le sens à lui  donner.  Henri Guaino a nécessairement eu l'aval du Président pour s'exprimer. Il doit donc être considéré en l'occurrence comme son porte parole. Dans cette perspective il faut d'abord se demander d'où l'on vient et ou l'on va.

D'où l'on vient : trente ans d'une  politique ultralibérale non régulée d'inspiration thatchérienne et reaganienne. On en mesure mieux les conséquences, aujourd'hui en constatant, avec Barak Obama et Gordon Brown,  la situation dans laquelle se trouvent les Etats-Unis et la Grande Bretagne. L'entretien est en rupture totale avec cette inspiration ultralibérale.

Ou l'on va : vraisemblablement vers une crise financière et économique majeure dont l'ampleur réelle va se révéler lorsque les banques vont devoir publier leurs comptes et mettre en évidence le fait  qu' à cause de la dépréciation de leurs actifs et de la présence d'éléments toxiques dans beaucoup d'entre eux, elles ne seront pas en mesure de respecter les ratios prudentiels « Bâle II » qui imposent aux banques de ne pas dépasser un volume de prêts supérieur à quinze fois le montant de leurs fonds propres. Or, d'après certains observateurs, ce rapport serait aujourd'hui de dix huit  en moyenne et pour certaines institutions très supérieur. Ceci pourrait correspondre, au niveau mondial, à un besoin en  fonds propres, pour les banques, d'environ 3000 milliards de dollars...
 
 Je rappelle que Joseph Leddet nous a alerté depuis plusieurs mois déjà sur la gravité de cette situation. (cf. Appel d'Opatija, lancé par l'Union paneuropéenne Internationale).

Tant du point de vue du constat que de celui des mesures à prendre,  les positions d'Henri Guaino marquent une rupture fondamentale avec la vulgate  politico médiatique de ces trente dernières années. Je reprendrai  quelques unes des constatations ou propositions  qu'il a formulées. Elles sont courageuses et parfaitement explicites.
 
«  Qui sait exactement ce qu'il y a dans les bilans des banques du monde entier, ni jusqu'où peut aller l'engrenage de la récession » ?
 «  Cette crise a quelque chose d'unique : c'est la première crise de la mondialisation ».
  « Il n'y a pas le choix.  Dès lors que le système financier n'est plus en mesure de mobiliser l'épargne pour financer l'économie, il faut bien que l'Etat et les banques centrales le fassent ».
 «  La crise change les rapports entre la politique et l'économie »
« Ce qu'il faut c'est mettre en place des règles du jeu économique qui rétablissent l'équilibre entre le capital et le travail »
« Ce que nous voulons, c'est un Etat qui entreprend, qui investit, qui innove, qui instruit, qui protège ».

Et enfin : « La crise rend de nouveau libre, en même temps qu'elle impose d'imaginer, de penser, d'inventer ».

Quand avons nous entendu ce langage chez nos responsables politiques ou médiatiques, de gauche comme de droite confondus ?

De ce point de vue on peut comprendre l'inquiétude de ceux qui, à droite, adeptes de la pensée unique,  ont soutenu naguère le Président, en pensant naïvement que la mondialisation heureuse, long fleuve tranquille et le « doux commerce » allaient, par enchantement, résoudre tous les problèmes de la société et du monde et le désarroi de ceux qui, à gauche, par manque d'idées et de projets, mais aussi par  résignation, venaient de se rallier bien imprudemment au libéralisme économique.

Il me semble que la publication de cet entretien le jour d'un Conseil National destiné à relancer le principal parti de la majorité est un avertissement particulièrement clair, adressé aux uns et autres.  

Cependant, si le texte d' Henri Guaino constitue  un vigoureux exposé des motifs  il reste maintenant à lui donner un contenu politique détaillé. En effet l'Europe en est un peu absente Sur ce point Paneurope France a son rôle à jouer.

Le moment est venu de transposer cette analyse au niveau de l'Europe.


Je propose que Paneurope France et l'Union Paneuropéenne Internationale se saisissent  du sujet en organisant, dès cette année, des « Assises pour une politique européenne de civilisation ».

Ces assises  devraient aborder  trois thèmes  principaux :

•    Indépendance et souveraineté de l'Europe face à la première crise de la mondialisation multipolaire ;
•    Une nouvelle politique économique régulée alliant initiative privée et intervention massive mais coordonnée d'Etats protecteurs et innovateurs ;
•    Un nouveau modèle de société reposant sur un meilleur équilibre entre le capital et le travail, la réduction des inégalités et la relance de l'ascenseur social.

D'une manière plus générale il s'agira, au cours de ces Assises, en partant des analyses que nous développons depuis plusieurs années, de montrer que, face à la compétition multipolaire, laquelle constitue  le vrai visage de ce processus de mondialisation/globalisation se déroulant  sous nos yeux de manière chaotique et imprévisible, les Européens ont enfin compris qu'ils devaient allier vision géopolitique du monde et politique de civilisation.






26/01/2009
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