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Montée du crime organisé à l'intérieur d'Israël

Alors que la bataille déchire Gaza, alors que l'action d'Israël et les effets de sa politique militaire agressive sont de plus en plus contestés, l'observation d'un fait social déstructurant méconnu prend une dimension intéressante. Un article du Los Angeles Times du 6 janvier 2009 offre une perspective sur le “crime organisé” en Israël, qui semble être devenu un phénomène social majeur.
 
Pendant que le pays concentrait  son attention sur les conflits à l'extérieur, il a laissé le crime organisé proliférer sans contrôle à l'intérieur même de l'Etat." Par bien des aspects, nous perdons la bataille " , dit Menachem Amir, professeur de criminologie à l'Hebrew University. Il faut affronter désormais un réseau sophistiqué de jeux, prostitution et trafic de drogues, ayant Los Angeles comme l'une de ses plaques tournantes.

 Le rapport entre le développement des organisations criminelles et celui de la politique de sécurité nationale, – effort maximal et constant contre différents “ennemis”,  militarisation de l'Etat, politique axée sur l'emploi de la force, – vient évidemment à l'esprit. Il est largement confirmé par les faits, s'ajoutant à la corrélation de date (naissance et développement du crime organisé dans les années 1980). Israël est une société lourdement militarisée où les armes circulent librement.  Pendant que l'armée est occupée aux frontières, les organisations criminelles utilisent un étroit réseau de connivences pour dérober  aux militaires  des armes à feu, des missiles et des explosifs. De plus, la conscription obligatoire pourvoit les gangs en personnels habitués à toutes les sortes de combats. Beaucoup, rendus à la vie civile et au chômage, se font recruter par le crime organisé.

Certains aspects de la situation renvoient à des références que l'on connaît bien ailleurs dans le monde, que ce soit aux Etats-Unis et au Mexique, en Russie et en Italie du Sud. La police et la justice, en Israël comme dans ces pays, se révèlent impuissantes à identifier et poursuivre les délinquants ou  protéger les témoins.

Il s'agit d'un aspect d'Israël qui est peu connu par rapport à l'image que l'actualité nous restitue de ce pays, et qui nous apparaît comme extrêmement spectaculaire quand il est connu. Comme pour le cas de la transformation, de l'américanisation de l'armée israélienne, – Tsahal devenant symboliquement l'IDF, ou Israël Defense Force, – le développement du crime organisé répond au calendrier de l'américanisation d'Israël parallèle à l'introduction d'une économie libérale qui favorise notamment l'individualisme, l'atomisation de la société, sa fragmentation et les petits et grands trafics. L'autre aspect de la question découle de la transformation de la politique de sécurité en obsession sécuritaire. La bataille permanente contre le terrorisme, puis ”contre la terreur” à l'image de la bataille menée par les USA, avec l'usage de moyens de plus en plus violents et de plus en plus déstructurants, nourrit un choc en retour  général à l'intérieur d'Israël. D'une certaine façon, l'illégalité foncière de l'action extérieure d'Israël se retrouve dans l'évolution intérieure; que cette illégalité soit justifiée ou pas importe peu, du moment qu'elle existe d'une façon ouverte, affichée, et qu'elle soit quasi-permanente.

Cette évolution qui apparente par certains côtés Israël à un de ces failed states que ce pays, comme les USA, affirment considérer avec le plus grand mépris, rejoint finalement celle de tout le système. De même, aux USA, de plus en plus d'aspects de la société et des infrastructures renvoient au Tiers-Monde. Il y a là une disparité criante et de moins en moins supportable, entre les affirmations officielles  et une certaine réalité d'Israël se traduisant par le développement du crime organisé. Des  “valeurs” s'apparentant aux valeurs occidentales, justifiant un combat ininterrompu  pour  la justice et à la liberté, sont remises en question par  l'impuissance ou l'incompétence des services de sécurité face au crime organisé. De grandes familles dominantes sont désormais atteintes, notamment dans les milieux provenant de Juifs émigrés d'Egypte et du Maroc.

On peut toujours prétendre  que les actions menées par l'IDF, comme à Gaza actuellement, contribuent opérationnellement à la sécurité d'Israël. Ce qui nous semble par contre indiscutable, c'est que l'usage forcené de la violence au mépris des règles et des structures légales qui en découle a fortement relativisé la perception qu'ont les citoyens israéliens de la valeur et la nécessité de leurs cadres intérieurs légaux et moraux.  Le concept de failed state, ou éventuellement de failed nation, risque de progresser plus vite dans la psychologie collective que dans les faits sociaux. Tout n'est sans doute pas perdu, mais il serait temps de réagir.

NDLR : On ajoutera que cette évolution plus que préoccupante, déjà de plus en plus marquée aux Etats-Unis, risque de se développer rapidement en Europe si les gouvernements, à commencer par celui de la France, désorganisent  les services publics d'éducation, de justice et de police pour les remplacer par des entreprises  privées  travaillant tout autant pour leur profit propre que pour la sécurité générale.


12/01/2009
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