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La Corée du Nord n'a jamais menacé personne.

Le seul tort de la Corée du Nord est d'avoir toujours refusé d'être transformée par les Etats-Unis en un espace ouvert au néolibéralisme de Wall Street et en un instrument militaire contre la Chine. En d'autres termes, elle refuse de devenir ce qu'est devenu la Corée du Sud et le Viet-nam, pour ne pas en mentionner d'autres.

Par un miracle de l'histoire géopolitique, que les spécialistes du domaine pourraient expliquer mieux que nous, elle a conservé relativement intactes les ambitions d'un marxisme asiatique quelque peu dégradées dans la Chine d'aujourd'hui. Il ne s'agit pas seulement d'ambitions stratégiques, mais d'ambitions sociétales. La population, et pas seulement le gouvernement de Pyongyang, veut apparemment le droit à la stabilité politique, à l'encontre des tentatives américaines permanentes de changement de régime (regime change).

Elle veut aussi conserver son indépendance politique face à Washington. Elle veut conclure des accords avec la Russie et la Chine si elle le désire. Elle veut choisir ses propres voies de développement, qui ne mettent pas nécessairement en priorité une ouverture à une consommation effrénée. Elle veut aussi conserver des valeurs communistes à l'ancienne, telles que la fraternité et l'égalité entre les hommes et les femmes.

Pour cela, la Corée du Nord continue à refuser énergiquement toute soumission à la politique américaine. C'est ce refus fondamental qui fait que l'Amérique, relayée par les gouvernements et les médias occidentaux, la présente comme un danger majeur pour la paix du monde. Mais la Corée du Nord a appris, tout au long de son histoire, de même qu'en étudiant la chute ignominieuse de Saddam Hussein et de Khadafi, que l'on ne peut pas résister à l'impérialisme américain en renonçant à l'arme suprême de dissuasion qu'est la bombe nucléaire et les vecteurs, missiles et autres, capables de la déployer.

Lors de la guerre de Corée, la Corée du Nord a supporté des bombardements et des destructions provenant de l'armée américaine que certains historiens estiment supérieurs à ceux employés contre l'Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale. L'Occident l'a très vite oublié, mais la culture nord-coréenne aujourd'hui reste empreinte de ces expériences terribles.

Si elle veut se doter d'une arme nucléaire, en sacrifiant bien d'autres formes de consommation et d'équipement, c'est pour ne pas avoir à supporter éventuellement aujourd'hui de tels bombardements. La bombe nord-coréenne ne sera jamais employée en première frappe contre l'Amérique ou toute autre puissance à sa portée. Ceci serait suicidaire.

Mais elle pourra l'être sous la forme, popularisée à l'époque en France par Charles de Gaulle, comme frappe en retour, autrement dit frappe de dissuasion. C'est d'ailleurs la politique adoptée aujourd'hui par la Russie et la Chine. Face au risque d'une frappe en retour, Washington sera obligé de respecter l'indépendance nord-coréenne, comme il respectera inévitablement celle de la Russie et de la Chine.

Le crime de la Corée du Nord, aux yeux des Etats-Unis, justifiant les multiples efforts de renforcement de l'arsenal militaire américain actuellement entrepris, n'est pas de s'être doté d'un grand leader jugé en Occident comme un peu ridicule, mais d'une défense comportant des missiles dotés de bombes classiques à fission, « boostés » par une tête à fusion 1). Il ne s'agit donc que d'armes défensives, mais autrement plus efficaces que celles de la bombe A.

L'on peut prévoir que Washington multipliera des menaces de plus en plus offensives à l'égard de Pyongyang, s'efforçant d'y associer la Chine. Mais celle-ci devrait se rendre compte que tout l'arsenal contre la Corée du Nord dont sous la pression du lobby militaro-industriel se dote actuellement le Pentagone, présente, si l'on peut dire, l'avantage d'être déployable contre la Chine. En fait Pékin, Dieu merci, ne nous a pas attendu pour s'en rendre compte, non plus d'ailleurs que des opposants de plus en plus nombreux aux Etats-Unis contre les politiques irresponsables d'Obama en Asie 2).

Notes


1) Une bombe boostée fait appel à la fusion d'une petite quantité d'hydrogène au coeur d'une bombe à fission classique. Cette tête à fusion délivre suffisamment d'énergie pour déclencher facilement la réaction en chaine au sein de l'uranium de la bombe classique.


2) Les médias « alternatifs » américains, qui font l'honneur de ce pays, font la même analyse que la nôtre à propos de la Corée du Nord et de la prétendue menace qu'elles représenterait. Nous citons ci-dessous quelques titres

    http://www.wsws.org/en/articles/2016/01/08/lead-j08.html
    http://www.counterpunch.org/2016/01/08/whats-so-crazy-about-north-korea/
    http://www.counterpunch.org/2016/01/08/on-north-koreas-nuclear-test/
    http://www.counterpunch.org/2016/01/08/does-north-korea-need-nukes-to-deter-us-aggression/
    http://www.counterpunch.org/2016/01/08/north-koreas-h-bomb-no-ado-about-something/

Il faudra lire aussi un article tout récent de Philippe Grasset, auquel nous souscrivons pleinement :
http://www.dedefensa.org/article/a-chacun-sa-fin-des-temps



13/01/2016
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