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Adieu aux méthaniers français ?

Nicolas Sarkozy répète depuis plusieurs semaines qu'il veut un Etat « investisseur, entrepreneur et protecteur ». Il a raison de le dire. Mais les illustrations de cette politique tardent à venir, alors que l'on évoque ici et là des privatisations d'entreprises publiques plutôt que des investissements dans des secteurs stratégiques. Plus concrètement, des rumeurs assez sinistres nous viennent de Saint Nazaire.

Le gouvernement a comme l'on sait  annoncé le 6 novembre 2008  l'acquisition d'une participation de 33,34 % par une augmentation de capital de 110 millions d'euros dans le capital des  Chantiers de l'Atlantique devenu Aker Yards sous pavillon sud-coréen. Il était en juin dernier convenu que l'Etat prendrait  9% du capital dans le dernier grand chantier naval français spécialisé dans les navires à haute valeur ajoutée, méthaniers, paquebots de croisière, navires militaires.  Alstom  conservait une participation de 25 % sur laquelle l'Etat avait un droit de préemption lors de sa cession probable en 2010. Le reste était dévolu à STX Europe, ex-Aker Yards.

Selon le communiqué de l'Elysée « L'Etat français va acquérir 33,34% des ex-Chantiers de l'Atlantique par une augmentation de capital de 110 millions d'euros. Les Chantiers de l'Atlantique, jusqu'alors détenus à 75% par la société norvégienne STX Europe et à 25% par Alstom, seront désormais détenus à 50,01% par STX Europe, à 33,34% par l'Etat et à 16,65% par Alstom,  L'Etat va acquérir une participation de 33,34% par une augmentation de capital de 110 millions d'euros. Ce prix sera le cas échéant augmenté en 2012, en fonction des performances de l'entreprise, d'un complément d'un montant maximum de 83,3 millions d'euros ». 

Comme le prévoit le protocole de juin 2008, la minorité de blocage acquise par l'Etat lui ouvre des droits étendus sur les décisions critiques, qu'il s'agisse du management ou des grandes évolutions de l'outil industriel et du capital de la société. Lors de la constitution du fonds stratégique d'investissement dont le président de la République a annoncé la création, l'État apportera sa participation dans les Chantiers de l'Atlantique (STX France) en dotation au fonds.

Selon la ministre des Finances, cette opération illustre la volonté de l'Etat d'être immédiatement un actionnaire clé aux côtés de STX et de soutenir fortement et dans la durée le développement des chantiers de l'Atlantique.  

Il semble que l'Elysée ait voulu dans la perspective de la crise économique grandissante sécuriser l'assise financière du groupe.  Ceci d'autant plus que les Chantiers de l'Atlantique sont en conflit depuis quelques semaines avec l'un de leurs clients, l'armateur Norwegian Cruise Line (NCL) : la construction d'un des deux paquebots commandés est pour l'instant suspendue, ce qui a contribué à rendre la situation plus tendue, même si les Chantiers ont bénéficié cet été de la commande de deux nouveaux bateaux par MSC.

Pillage industriel?


Mais les syndicats de l'entreprise ne sont pas rassurés pour autant. Ils évoquent un évènement autrement plus grave, qui se serait produit il y a quelques jours ou semaines : la compétence des chantiers dans le domaine du transport par méthanier de gaz naturel liquéfié aurait été entièrement reprise par les Coréens, privant les Chantiers d'un de leur fleuron, sur lequel pourtant Nicolas Sarkozy avait mis l'accent lors de sa visite à St Nazaire  alors qu'il était en campagne électorale.

Nous n'avons pas d'informations précises sur les conditions dans lesquelles se serait produit ce véritable pillage industriel. En tous cas, si l'information était exacte, il ne resterait plus aux Chantiers de l'Atlantique que la compétence en matière de paquebots de luxe – sur laquelle d'ailleurs les Coréens ont aussi des visées. Mais apparemment ils ont préféré s'assurer en priorité du savoir faire très spécial en transport de gaz liquéfié, filière autrement plus porteuse aujourd'hui que celle des paquebots.

Rappelons – ceci n'ayant apparemment rien à voir avec cela – que les Chantiers ont enregistré ces derniers mois divers problèmes  avec les navires méthaniers commandés par Gaz de France. Gaz-de-France-Energy , le méthanier de 74.000 m3 qui devait être livré fin 2004 ne l'a été que deux ans après, ayant rencontré  des problèmes d'étanchéité.  Par ailleurs, alors que GDF et Sonatrach viennent de signer d'importants accords concernant notamment la livraison de gaz algérien via Medgaz, le Provalys, le plus gros méthanier du monde, d'une capacité de 153 500 mètres cubes, appartenant au groupe Gaz de France, sorti en novembre dernier des chantiers de Saint-Nazaire, a connu  une avarie lors de sa première traversée. Un incident survenu sur l'axe de l'hélice du méthanier a obligé le Provalys a décharger sa cargaison en Espagne, à Sagunto, avant de se diriger à vitesse réduite pour réparation sur Marseille.

Les Coréens, très avertis de la qualité des compétences françaises dans la filière des méthaniers, ne se seraient donc pas laissés arrêter par ces problèmes techniques dans leur volonté de récupérer à leur profit le savoir-faire des Chantiers de l'Atlantique.  Les syndicats, et nous avec eux, souhaiteraient savoir comment vont réagir les actionnaires publics face à cette situation, si elle était confirmée.

 
08/11/2008
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